[ENTRETIEN] Christine Le Gal, directrice de la Fondation Paris Saint-Germain

[ENTRETIEN] Christine Le Gal, directrice de la Fondation Paris Saint-Germain
On connaît l'engagement caritatif de nombreuses stars du foot, on sait moins que les clubs, comme nombre d'entreprises, ont eux aussi une place importante dans le paysage du mécénat français. Pionnière en son genre, la Fondation du Paris Saint-Germain, a aidé 150 000 enfants depuis sa création, il y a 15 ans. Rencontre avec Christine Le Gal, son étonnante directrice de toujours, qui parle avec passion et humilité des actions de cette fondation qui intervient auprès de la jeunesse en suivant trois axes. « Donner le goût d’apprendre et accompagner vers la réussite » : accompagnement de jeunes de 18 à 25 ans, sans formation et sans emploi, pour favoriser leur insertion professionnelle ; création des écoles Rouge et Bleu qui sont une combinaison d’activités physiques et pédagogiques. « Faire découvrir le sport et partager ses valeurs : vacances à Clairefontaine, rencontres, sensibilisation des jeunes filles aux pratiques sportives et actions internationales. « Faire vivre des moments magiques et réaliser des rêves » : journées des enfants, des rêves, de la solidarité et de visite aux enfants malades.


De la formation des jeunes à la première fondation d'un club de sport français 

Christine Le Gal a fait des études de commerce, plutôt « classiques ». Après une business school, elle a orienté sa carrière vers le secteur des ressources humaines et plus particulièrement dans le domaine de la formation. Elle s'est spécialisée dans les questions d'insertion, de formation et de reconversion professionnelle. Elle a été recrutée par le Club Paris Saint-Germain sur ces compétences précises pour travailler sur la formation des jeunes puis plus généralement sur le volet citoyen de l'entreprise. 

Il y a 15 ans, l'entreprise a eu la volonté de s’engager plus en avant sur ce point et a demandé à Christine Le Gal de prendre en charge la création de la première fondation d’entreprise d'un club de football, et même de sport, français. Après avoir rassemblé une équipe, Christine Le Gal s'est attelée à cette mission, à l'époque très atypique : « les choses ont énormément changé depuis ». 

Il était important pour l’entreprise de dissocier son activité sociale, caritative et humanitaire de ses objectifs de compétition et commerciaux. La fondation, comme le club éponyme, porte les couleurs de la capitale française, ce qui lui confère une résonance particulière, tant en terme d’enracinement local que de rayonnement national. À l'époque le club était le seul club de première division, ce qui lui donnait un « devoir supplémentaire » en terme d'engagement.  

 

La fondation aujourd'hui : une activité grandissante et de grandes ambitions 

L'entreprise du football est la « locomotive du sport français », Christine Le Gal rappelle le contexte économique de l'industrie du football : les clubs fonctionnent comme des entreprise à part entière.  

Pourquoi avoir choisi cette structure ? Parce que la fondation d'entreprise est un « outil que l'on peut calibrer » et qui « répond aux objectifs du club ». Cette fondation a une rotation de 5 ans [Les fondations d'entreprises sont pluri-annuelles], ce qui permet de construire des projets sur le long terme.

L'équipe se compose d'une petite quinzaine de salariés en temps plein, le poste de directrice est à la charge du club, indépendamment. La fondation, comme un « département » détaché, bénéficie des services supports du club pour l'épauler (marketing, communication, juridique etc). 

Le fondation finance assez peu de programmes externes. Elle réalise ses propres programmes, avec une moyenne extrêmement élevée de 250 à 300 jours par an sur le terrain. La majorité des projets se déroule, de façon naturelle, en Île-de-France. 

Devant les chiffres, la volonté du club comme de l'équipe de la fondation et l'énergie déployée, Christine Le Gal reste modeste : « on est bien humbles par rapport à ce qui est à faire ». À l'international, la fondation intervient de temps en temps avec des actions sur-mesure et lorsque les circonstances s'y prêtent. Christine Le Gal donne l'exemple de la Fondation Pedro Pauleta – des enfants des Açores sont conviés à un séjour de découverte de Paris et du Paris Saint-Germain – mais aussi de son partenariat avec Teach for India à l'occasion du déplacement des joueurs à New Dehli – 500 enfants des quartiers défavorisés ont pu prendre part à une ligue de football.

Le PSG comporte plusieurs équipes (football masculin et féminin, handball), et les joueurs et joueuses des équipes sont engagés dans les actions de la fondation. Les joueurs passent du temps dans les hôpitaux partenaires – dont l'hôpital Necker – auprès des enfants malades. Ils sont également présents lors des galas, conciliant des univers très différents, de l'émotion aux projecteurs.

Christine Le Gal confie que la fondation est très « fière » de ses joueurs et, on serait tenté d'écrire « surtout », de ses joueuses. On le comprend d'autant plus facilement quand elle nous parle du programme dans lequel les joueuses de l'équipe féminine sont les marraines de petites filles de 8 à 12 ans qui découvrent non seulement l'intérêt de pratiquer le sport, mais aussi la diversité des pratiques sportives et la possibilité de les choisir pour les aider à « se construire librement », dans des univers où l'on devine que ce n'est pas toujours une évidence. 

Le dernier projet phare en date de la fondation, ce sont les écoles Rouge et Bleu. À la rentrée ouvrira la structure pilote. Sur un terrain du XIX ème arrondissement de Paris, mis à disposition par la ville, a été construit un bâtiment qui accueillera par rotation une centaine d'enfants. Ces élèves de primaires (CE2-CM2) intégreront un programme mêlant le sport et les apprentissages « fondamentaux ». L'équipe de la fondation s'est entourée d'experts de la pédagogie pour utiliser l'image du PSG et du sport afin de mobiliser les enfants, de leur donner confiance en eux mais aussi de leur donner l'envie de progresser afin qu'ils entrent au collège munis des bases indispensables dans les matières scolaires. 

La plus belle preuve de reconnaissance des actions de la fondation, au-delà de l'épanouissement des bénéficiaires, c'est,  selon Christine Le Gal la mobilisation des sponsors du club, des financeurs, des entreprises avec qui le PSG travaille et celle des supporters... 

 

Un vision européenne du mécénat et des partenariats accrus

Quand on demande à Christine Le Gal de nous parler de sa vision du mécénat, elle nous nous répond : « l'Europe ». Elle explique qu'il faut nourrir de grandes ambitions et regarder ce qui se passe ailleurs. En ce qui concerne les fondations, le secteur sportif est en France à ses débuts. Elle explique que pour agir plus encore, le PSG a créé un fonds de dotation pour passer de la Fondation PSG à la communauté du PSG. 

Concernant les entreprises de façon plus générale, Christine Le Gal pense qu'elles sont conscientes de leurs responsabilités et qu'elles s'engagent de plus en plus. Le « mécénat de demain », c'est selon elle un mécénat qui se construit avec les acteurs extérieurs. Il faut « développer des actions avec des entreprises privées ». 

Christine Le Gal évoque Manchester, où elle était il y a peu et qui a une fondation qui accomplit un travail colossal. Elle explique que les fondations de sport sont un secteur non concurrentiel, qu'elles s'inspirent les unes les autres, et que les équipes en « partagent les réussites et les échecs ».

Le secteur d'activité qu'est le football tourne autour du sport mais aussi du commercial, du marketing et de tous les secteurs de l'entreprise qui sont mis, via la fondation, à la disposition de ceux qui n'en ont pas les moyens ; ce qu'il faut, dans le contexte actuel, développer. Vaste programme, ancré dans une réalité que Christine Le Gal et son équipe tente, chaque jour, d'améliorer. 

Crédit Photo PSG

 

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