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Par Carenews PRO - Publié le 21 janvier 2021 - 08:00 - Mise à jour le 21 janvier 2021 - 08:00
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3 questions à Alix de Nicolay (Helen Keller Europe) au sujet du programme PlanVue

Le programme PlanVue, porté par l’association internationale Helen Keller Europe, continue à se déployer en faveur du dépistage des troubles visuels chez les élèves d’établissements scolaires de la région parisienne. Une première nationale.

Alix de Nicolay (Helen Keller Europe) et le programme PlanVue. Crédit photo : Helen Keller Europe
Alix de Nicolay (Helen Keller Europe) et le programme PlanVue. Crédit photo : Helen Keller Europe

 

Après une première année pilote amorcée en 2018 dans cinq établissements scolaires REP de Nanterre (92), l’opération PlanVue a été étendue en 2019 auprès de huit autres établissements REP+ de la même préfecture. Depuis septembre 2020, ce sont 13 établissements qui bénéficient du dispositif, soit environ 1 100 enfants et adolescents nanterriens. Nous avons voulu en savoir plus en rencontrant (virtuellement !) Alix de Nicolay, directrice générale d’Helen Keller Europe. 

 

Comment est né le projet PlanVue ?

L’association internationale Helen Keller Europe a pour mission de lutter contre la malnutrition et la prévention de la cécité des enfants dans diverses régions du monde. PlanVue est l’adaptation d’un programme qui existe déjà dans d’autres pays, auprès de populations défavorisées dans les écoles. Il a pour vocation de sensibiliser, dépister et traiter les troubles visuels. Nous nous sommes rendu compte qu’en France, malgré les réglementations de l’Éducation nationale qui prévoient de dépister à 6 et 12 ans, la médecine scolaire n’avait pas toujours les moyens de le réaliser pour tous les enfants. Les études montrent que 80 % des apprentissages passent par les yeux. Il est donc très important de mener ce dépistage.  Nous savons aussi que la myopie est un phénomène en explosion partout dans le monde, et en France aussi. Les élèves passent de plus en plus de temps sur les écrans et en particulier sur les petits comme le téléphone, ce qui favorise la myopie. Ils sont de moins en moins en extérieur, en cour de récréation par exemple, à la lumière naturelle, environnement très important pour le développement de l'œil et qui freine la myopie. 

Nous sommes donc partis de ce constat et nous avons monté un pilote pour le vérifier. Nous avons rencontré un directeur de collège à Nanterre, qui était très enthousiaste, ainsi que les pouvoirs publics (la mairie). Nous avons donc commencé une première phase de test à la rentrée de 2018, dans un groupe scolaire de cinq établissements classés REP, soit près de 600 élèves au total. Et nous avons effectivement constaté une prévalence importante du trouble visuel chez les élèves dépistés de 5 à 16 ans. Nous avons surtout identifié qu’un certain nombre d'adolescents n’avaient jamais consulté un ophtalmologiste et présentaient des troubles visuels

Suite à ce premier pilote concluant, l’inspection académique nous a demandés de déployer PlanVue à la rentrée de 2019 dans les établissements du réseau REP+ d’à côté. Nous sommes donc passés à 13 établissements au total, soit 1 100 bénéficiaires. Nous avons amélioré notre méthodologie de dépistage et avons observé une prévalence des troubles visuels de 38 %, soit un élève sur quatre ayant été testé. C’est beaucoup. Cette année, nous sommes à nouveau dans ces deux réseaux REP et REP+, ce qui va représenter environ 1 100 élèves testés.

 

Qu’est-ce que PlanVue apporte comme soutien aux familles ?

Il faut savoir que le programme PlanVue est un vrai partenariat avec les ressources locales, la médecine scolaire, la mairie, les établissements scolaires, l’inspection académique et d’autres associations qui nous soutiennent. Mais également avec les familles. Il s’agit d’un long cheminement entre le moment où l'enfant est dépisté et l’appareillage des lunettes. Un constat : quand la médecine scolaire fait son dépistage et met un papier dans le cartable pour informer les parents que l’enfant à un trouble visuel et qu’il nécessite une prise en charge, cela peut mettre du temps à se concrétiser. Les parents ne sont pas tous armés pour répondre efficacement aux difficultés visuelles de leur enfant. Nous nous sommes aperçus que nous avions un rôle majeur à jouer dans l'accompagnement des familles. Grâce à PlanVue, les élèves participent à des ateliers de sensibilisation à l’école puis ils sont dépistés par les orthoptistes professionnels de l'association CADET, qui nous aident au quotidien dans les établissements. Ensuite, une lettre d’information est envoyée aux parents. Nous leur téléphonons pour leur donner rendez-vous à l’école et les conduire chez l'ophtalmologiste. Puis on les emmène chez l’opticien partenaire pour commander les lunettes de l’enfant.   

Depuis le début de la crise sanitaire, c’est devenu un peu plus compliqué. Les parents venaient très souvent avec la fratrie aux rendez-vous. Mais avec la Covid-19, il n’y a plus qu’une personne autorisée à accompagner l’enfant chez l'ophtalmologiste, ce qui pose la question de qui va garder le reste de la fratrie. Tout prend beaucoup plus de temps. Mais  l’équipe PlanVue sur Nanterre reste mobilisée et aide les familles notamment pour que tous les documents nécessaires soient conformes, et, si besoin, nous les orientons vers les acteurs locaux compétents pour obtenir toutes les pièces institutionnelles.

 

Quels sont les projets après l’année scolaire de 2021 ? 

Quand nous avons débuté la phase pilote, nous avons promis de rester au moins trois ans. Les établissements étaient très en demande. Nous travaillons actuellement sur la pérennité du programme et nous allons bientôt commencer à construire, ensemble, avec les établissements et autres acteurs locaux, un plan d’action pour la suite. De la même façon, il existe trois autres réseaux classés REP à Nanterre où nous avons très envie d’aller pour mettre en place le programme PlanVue. Et autour de Paris, dans la couronne, il y a un certain nombre de besoins.

Ce qui nous semble primordial aujourd'hui, dans l'association, c’est d’ajouter un volet de plaidoyer à notre action, pour interpeller les pouvoirs publics sur ce sujet. Il nous faut leur soutien pour déployer PlanVue et qu’il devienne vraiment un enjeu de santé publique. Dans l’idéal, il s’agirait de tisser un partenariat entre le privé, le public et l'associatif. C’est ainsi que le programme pourra essaimer sur tout le territoire national. 

 

Christina Diego 

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