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Par Citoyennes pour l'Europe - Publié le 9 avril 2017 - 07:09 - Mise à jour le 9 avril 2017 - 07:17
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UNE SORTIE DE L’EURO : QUELLES CONSÉQUENCES POUR LES CITOYENNES ET LES CITOYENS

Citoyennes pour l’Europe vous propose le texte de grande actualité que nous a envoyé Laurence d’Andlau, économiste européenne et coach, membre de Citoyennes pour l’Europe.

UNE SORTIE DE L’EURO : QUELLES CONSÉQUENCES POUR LES CITOYENNES ET LES CITOYENS FRANÇAIS ?

par Laurence d'Andlau, pour Citoyennes pour l'Europe, 13 mars 2017

 

Selon eux, le retour au franc permettrait à la France de regagner de la compétitivité, et de renouer avec la croissance et le plein emploi.

Serait-ce vraiment le cas ?

 

UN ENCHAÎNEMENT DE CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES

Comprenons qu’une sortie de la France de la zone euro aurait des impacts économiques qui s’enchaîneraient les uns les autres.

 

1) DÉPRÉCIATION DU FRANC

Le retour au franc s’accompagnerait d’une dépréciation - chiffrée autour de 30% par de nombreuses études.

Cette dépréciation favoriserait les exportations françaises, et renchérirait les importations en provenance notamment des pays qui seraient restés dans la zone euro.

On pourrait imaginer que les entreprises françaises seraient en mesure d’exporter plus, ce qui pourrait compenser le surcoût des importations.

Mais la question est : notre appareil productif est-il en mesure d’exporter plus ?

La réponse est non.

Probablement pas avant une longue période pouvant aller jusqu’à une génération.

 

2) HAUSSE DES TAUX D’INTÉRÊT

Favorable aux épargnants français.

Défavorable aux emprunteurs français, aussi bien les ménages que les entreprises dont elle pénaliserait les investissements productifs.

 

Pourquoi bénéficions-nous aujourd’hui de taux d’intérêt aussi bas ?

Parce que, avec l’euro, nous avons un très faible écart de taux avec l’Allemagne qui bénéficie sui generis et dans tous les cas des taux d’intérêt les plus faibles de toute la zone euro. Cet écart, appelé souvent « spread », commence depuis quelque temps déjà à s’élargir car les marchés financiers ont peur de la menace du Front national. Cette menace devient une « prime de risque » : les marchés financiers augmentent les taux d’intérêt sur les dettes à risque, comme le deviendrait la dette française. Le remboursement coûterait donc plus cher à l’Etat français, qui pourrait être amené à faire tourner la planche à billets pour rembourser la dette convertie en francs, à moins de réduire drastiquement ses dépenses…

 

Rq : avec de l’inflation, il est moins difficile de rembourser une dette.

 

3) INFLATION et BAISSE DU POUVOIR D’ACHAT

Les Français connaîtraient une baisse de leur pouvoir d’achat, en raison de l’inflation « importée » du fait du renchérissement des produits importés : l’inflation s’accroîtrait donc avec le surcoût des produits que les Français achètent.

L’inflation augmenterait également pour une autre raison : la dépréciation du franc augmenterait la dette  publique française dans la même proportion. Il faudrait donc rembourser 30% de plus. Où trouver l’argent, sinon en le créant, démarche éminemment inflationniste ?

 

Or qui dit inflation (prévue de monter jusqu’à 20-25%) dit érosion du pouvoir d’achat. Sauf si les salaires augmentent à proportion du taux d’inflation. L’expérience montre que, au début, les salaires suivent l’inflation (sont « indexés sur l’inflation »), puis de moins en moins, et leur hausse va souvent jusqu’à être bloquée.

 

4) UN POSSIBLE « DÉFAUT » DE L’ETAT FRANÇAIS

et ses conséquences sur les épargnants et sur les contribuables

Car notre dette publique française est détenue à 70% par des investisseurs étrangers (dits « non-résidents »), sur lesquels nous n’avons pas la main. L’Etat français pourrait ne pas faire face à une augmentation de sa dette extérieure ; il pourrait alors « faire défaut » sur la partie détenue par les non-résidents, donc à hauteur de 70%, i.e. il déciderait d’arrêter ou de suspendre les remboursements. A ce moment-là, nous ne trouverions plus grand-monde pour nous prêter.

Et si, pour ne pas se couper de la communauté financière internationale (comme l’a fait l’Argentine),  l’Etat décidait de continuer à rembourser un peu, ne risquerait-il pas de nationaliser l’épargne privée (par exemple l’assurance-vie), et même d’augmenter lourdement les impôts pour obtenir les financements nécessaires ?

Avec un autre risque : celui de revenir à un contrôle des changes.

 

Rq : dans ce contexte, les ménages pourraient considérer que leurs avoirs déposés dans les banques françaises seraient en danger, et décider de les transférer dans des banques « étrangères » plus sûres.

 

Au-delà des conséquences économiques, l’impact politique serait d’une extrême gravité.

LES RISQUES POLITIQUES : UN EFFET DOMINO REDOUTABLE

Une sortie de l’euro provoquerait un effet de domino sur d’autres pays, à commencer par l’Italie ou l’Espagne suivis par les Pays-Bas et d’autres.

 

Une sortie de l’euro par la France finirait par entraîner une explosion du marché unique, puis un éclatement de l’Union européenne. Avec le risque de voir revenir des conflits entre pays européens. Est-ce cela que nous voulons ?

Est-il besoin de rappeler que l’union fait la force, et que la désunion fait la faiblesse ?

Je vais régulièrement en Amérique Latine.

Chaque fois, je rencontre des gens qui me disent : « on vous supplie de préserver votre Union européenne, votre modèle social, votre démocratie, votre efficacité ; votre sensibilité à l’environnement (aujourd’hui votre conscience de ce qu’il faut faire pour la survie de notre terre). Si vous ne restez pas le continent où tout cela est encore possible, alors le monde court à sa perte, nous sommes tous foutus ».

Il est réconfortant de voir qu’aujourd’hui, trois Français sur quatre sont opposés à une sortie de l’euro.

 

 

NOTES

 

1 Lorsqu’il y a dévaluation (décidée volontairement par un Etat) ou dépréciation (à l’initiative des marchés financiers) d’une monnaie par rapport à une autre (ici le franc contre l’euro), les produits exportés coûtent moins cher aux pays qui les achètent, les produits importés coûtent plus cher aux consommateurs du pays dont la monnaie est dépréciée ou dévaluée.

 

2 Les marchés financiers sont composés de personnes qui achètent et vendent nos monnaies sur un marché mondial qui fonctionne 24/24 et 6/7. Ils établissent donc le cours (taux) de change des monnaies les unes contre les autres en fonction de la loi de l’offre et de la demande ; sauf  si les grandes Banques centrales du monde interviennent simultanément, ce qui arrive rarement.

 

3 Taux d’intérêt et taux de change

Le taux d’intérêt est celui auquel on emprunte et prête, il s’exprime en pourcentage

Le taux (cours) de change est le prix de vente d’une monnaie contre une autre

 

4 Si la Banque centrale fixe les taux courts, ce sont les marchés financiers qui déterminent les taux longs (ceux auxquels empruntent les Etats (l’Etat français) pour rembourser leurs dettes et investir ; et les entreprises pour investir).

Les marchés financiers n’ont qu’un seul critère : le risque qu’ils estiment prendre. Plus le risque est grand, plus ils augmentent les taux d’intérêt (prime de risque, spread).

 

5 Le contrôle des changes  vise à lutter contre la fuite des capitaux en réglementant la vente de francs (faibles) pour acheter des monnaies étrangères, jugées plus sûres. La France a été l’un des derniers pays à supprimer le contrôle des changes, en 1990.

 

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En savoir plus sur l'association Citoyennes pour l'Europe, Lauréate du prix du Citoyen européen 2016.

 

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