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[DANSLESMURS] Jacques-Olivier Bosco, rencontre mixte à la prison de Nice

[DANSLESMURS] Jacques-Olivier Bosco, rencontre mixte à la prison de Nice
Jacques-Olivier Bosco a exercé beaucoup de métiers, il est aujourd'hui écrivain de polars pour son plus grand plaisir. Il a accepté avec beaucoup de simplicité de venir, en voisin, il est niçois - parler d'un de ses derniers livres aux personnes détenues de la Maison d'Arrêt de Nice. Hommes et femmes étaient réunis pour parler écriture, tours et détours de la vie, sous l'oeil et la participation bienveillante des deux enseignantes qui avaient accompagné les détenus dans la lecture et dans la préparation de la rencontre. Jacques-Olivier Bosco nous raconte ses impressions.


Je l’avoue, je ne faisais pas le fier en arrivant devant cette prison que j’avais tant de fois longée avec ma voiture ou mon scooter. Je n’avais que mes fantasmes, ce que j’avais lu dans les journaux, vu à la télé, et ce qu’offre à l’imaginaire collectif l’emballage de murs gris et tristes d’une prison. Accompagné de Léna et Roxane de l’association Lire pour en Sortir qui organisait la rencontre, j’ai donc pénétré pour la première fois les murs de la prison. Ma première impression, fût une non-impression, il n’y avait pas de peur, de tension, ou de violence tapie, dès le portail franchi. Au contraire, les surveillants m’ont paru détendus, vigilants, presque « bon enfant ». Après avoir passé les contrôles nous avons été mené à travers des couloirs à la peinture jaune maintes fois recouverte, des grilles comme ils en existaient au temps des Romains, sous une lumière artificielle de ce même jaune que l’on retrouve dans les banlieues, l’hiver, sous les lampadaires des cités. Puis nous sommes arrivés à la fameuse rotonde, la même que dans tous les films sur les prisons. Dans les couloirs des matelas étaient entassés contre les portes, certaines ouvertes, d’autres fermées et j’ai tout de suite pensé à la surpopulation à l’intérieur des cellules.

Après avoir pénétré l’amphithéâtre où allait avoir lieu la rencontre, les détenus hommes et femmes, sont arrivés, la main tendue, le regard curieux, un peu inquiet pour certains, car le vivre ensemble en prison exige une tenue, une confiance en soi, un « jeu », qui permet de se sociabiliser, d’exister ou se retirer. J’ai trouvé que ces hommes et ces femmes étaient courageux et forts et je les remercie d’avoir eu la volonté de participer à cette rencontre.   

Les hommes, de toutes origines et de tous âges, avaient pour certains le « visage du prisonnier » tel que l’on peut l’imaginer, pour d’autres celui de Monsieur tout le monde. Mais peu importe qu’ils aient été bandits ou cadres dans une autre vie car tous étaient là pour parler d’une chose : le livre.

Les femmes quant à elles étaient extraordinaires et fascinantes, quelques unes terriblement apprêtés et belles comme pour aller dîner, d’autres plus jeunes et plus réservées, mais derrière une timidité affichée ou dissimulée se cachait surtout beaucoup de curiosité.

Nous avons passé plus de deux heures à parler de mon livre, Le Cramé*, de mes choix concernant les personnages de mes romans mais aussi du métier d’auteur.

J’ai été impressionné par l’investissement des personnes détenues qui ont participé à cette rencontre. Certaines femmes ont joué des scènes de mon livre, ayant appris le texte par cœur, la veille à peine. En récitant des passages du livre, elles ont ressenti et fait ressortir une forme de poésie dans mes textes dont je n’avais moi-même pas conscience jusqu’alors.

Nous avons également parlé de ce destin, de cette chance ou cette malchance, qui nous a fait naître dans une certaine cité, un certain quartier ou une certaine famille, illustrée par cette phrase que prononce le personnage principal de mon livre ; « Je n’ai pas choisi d’être hors la loi, c’est la vie qui a choisi pour moi. »

A la fin de la rencontre j’ai eu le plaisir de pouvoir offrir plusieurs de mes livres aux personnes détenues présentes et j’espère avoir l’occasion de refaire une rencontre comme celle-ci pour avoir leurs avis sur ces lectures.  

Jacques-Olivier Bosco

 

* Le Cramé a été publié en octobre 2015 aux éditions Jigal

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