[HORS-FRONTIÈRES] Qu’est devenu l’or du Rhin ? La philanthropie allemande

[HORS-FRONTIÈRES] Qu’est devenu l’or du Rhin ? La philanthropie allemande
Malgré la longue histoire des relations franco-allemandes, l’organisation du secteur non-marchand et du mécénat outre-Rhin nous restent largement méconnus. Et pourtant, saviez-vous qu’Hambourg compte plus de 1 300 fondations sur son territoire ? Que le dynamisme de sa philanthropie fait de l’Allemagne l’un des leaders mondiaux sur ce sujet ? Alors, suivez les traces de Wagner et retrouvez l’Or du Rhin.


 


 

Le plus vieux et le plus large réseau de fondations d’Europe

Si la philanthropie allemande reste méconnue dans notre pays, celle-ci est pourtant extrêmement dynamique. L’association des fondations locales (le Bundesverband Deutscher Stiftungen) existe en effet depuis 1948 et regroupe 3 900 membres. Pourtant, elle ne représente qu’une fraction des 21 806 fondations établies dans le pays (4 546 en France). Bien implanté et extrêmement large, le réseau des fondations allemandes est également le plus riche avec près de 100 milliards d’euros sous gestion (22 milliards en France selon le dernier rapport de l’IGF [Inspection générale des finances]) et un tiers des dépenses des fondations en Europe. Il existe 24 fondations pour 100 000 habitants dans le pays (6 en France, 162 en Suisse). Dans la majorité des cas, ce sont des familles qui en sont à l’origine (90 %).

 

Don et religion, le rôle de la fiscalité

Si les différences entre France et Allemagne sont nombreuses, et l’une des plus marquantes est certainement le fait que le pays ne soit pas séculier. En effet, il existe une taxe spécifiquement dédiée aux cultes, la Kirchensteuer, qui est reversée aux cultes catholiques et protestants. Ce type de taxe, qui existe dans d’autres pays en Europe, semble avoir pour effet de diminuer le niveau global de dons. En 2012, cette taxe représentait tout de même 5,2 milliards d’euros pour la seule église catholique (31,4 % des Allemands sont catholiques, 30,8 % protestants, 5 % musulmans, 0,14 % juifs). 33 % de la population allemande donne à des organismes d’intérêt général au-delà de cet impôt ce qui représente 23 millions de donateurs (49 % de donateurs en France).

 

Des pratiques de dons différentes et une générosité en trompe-l’œil

Les données à disposition ne permettent pas de comparer exactement les montants donnés par les individus entre France et Allemagne. Ce qui est certain, c’est que les Allemands donnent beaucoup par le biais du legs. Une campagne nationale, “Mein Erbe tut Gutes”, a développé cette pratique au point que les montants donnés par ce biais (5 milliards) dépassent l’ensemble des dons de moins de 2 500 euros (4,1 milliards).

 

Le rapport de l’Observatoire de la Fondation de France met en avant le fait que, une fois la contribution à l’Église catholique ajoutée, le montant global des dons des Allemands atteint 0,33 % du PIB. Ce ratio mettrait l’Allemagne au second rang européen derrière le Royaume-Uni (0,56 %) et devant la Hollande (0,29 %), très loin devant la France (0,11 %). Notre pays se rattrape toutefois une fois comparés les dons au PIB par habitant (1,25 %), l’Allemagne étant à 0,56 %. Enfin, il faut ici souligner que plusieurs fondations allemandes sont actionnaires et utilisent ainsi les dividendes des entreprises qu’elles possèdent pour leur action, une pratique peu répandue en France.

 

Aide internationale, réfugiés et... Hambourg

L’aide internationale représente 74 % des dons des Allemands. Les associations humanitaires allemandes reçoivent ainsi un euro de donation sur 12 euros versés en Europe. Il semble que ce soit à l’occasion des catastrophes naturelles ou humanitaires que les Allemands donnent pour la première fois. Un engagement particulier s’est d’ailleurs fait jour sur la question des migrations. Si l’engagement financier (8 % des dons) est relativement marginal, il apparaît que 2 millions de personnes, la plupart du temps âgées de plus de 60 ans, se sont portées volontaires à travers tout le pays.

 

Hambourg - Bruxelles

Avec 1 301 fondations hébergées sur son territoire, Hambourg peut être décrite comme la capitale de la philanthropie allemande. Ville hanséatique historiquement commerçante, elle est particulièrement attractive grâce à l’action des autorités locales, comme le prouve l’implantation en 2017 de la Joachim Herz Foundation avec 1 milliard d’euros de capital. Malgré un enracinement parfois très local, les fondations allemandes regardent vers l’Europe. La Körber Foundation et la Robert Bosch Foundation ont ainsi récemment financé le DAFNE (Donors and Foundations Networks in Europe) pour la mise en place d’une fonction de plaidoyer auprès des institutions européennes.

 

Au-delà des chiffres : la dynamique et l’histoire

Au-delà des chiffres, il convient de pointer le dynamisme du secteur philanthropique allemand. Il existait 10 000 fondations en 1990, plus du double aujourd’hui dont près de 500 sont des fondations actionnaires. D’après le Gfk Charity Scope, les dons auraient augmenté de 12% entre 2014 et 2015. NB - cette augmentation qui n’est pas prise en compte dans les chiffres cités plus haut (données de 2013). Si le dynamisme est indéniable, le poids de l’histoire l’est aussi et, si le rideau de fer est tombé, celui-ci est encore bien visible sur le plan philanthropique. L’ancien ouest du pays compte 37% de donateurs et l’Est 27%, pour seulement 7% des sièges de fondations.

 

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