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Par Le Labo de l'ESS - Publié le 4 novembre 2020 - 15:53 - Mise à jour le 4 novembre 2020 - 15:59
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[Edito d’Hugues Sibille] Les heures sombres

Hugues Sibille, Président du Labo de l'ESS propose son analyse de la situation actuelle et le rôle que l'ESS doit jouer.

Photo de Hugues Sibille, crédits : Kathleen Rengnet

 

Mais quand cela finira-t-il ? Mais dans quel état en sortirons-nous ?

La deuxième vague, et maintenant le confinement, créent, après la parenthèse d’un été « dansons sur un volcan », un climat anxiogène d’incertitudes, de perte de repères. Il n’y a pas que les bourses qui n’aiment pas l’inconnu : la peur du lendemain fait subir au corps social un violent stress, d’abord sanitaire, mais aussi mental et économique. Dans ce contexte, pouvant conduire à une collapsologie morbide, à une irritabilité collective ou à des sauve-qui-peut individuels, l’ESS a comme premier devoir de rester solide, de tenir bon, au plus près de la société civile, d’être l’économie de résilience, résistante et transformatrice à partir de ses valeurs de solidarité et de démocratie. Une première chose à faire est de partager un diagnostic.

La crise économique et sociale va être lourdement accrue par le confinement. Parlons de sauvegarde plutôt que de relance. La deuxième vague va faire boire la tasse à de nombreuses petites entreprises, y compris de l’économie sociale. Une association qui ferme ne fait pas de bruit, mais la société civile organisée en ressort affaiblie. Le Prêt Garanti par l’Etat (PGE) et le chômage partiel avaient reporté les échéances difficiles. Elles n’ont pas disparu et sont vivement accrues par la seconde vague. Les mécanismes de solidarité et d’accompagnement sont essentiels. Solidarité vers les premières lignes, les primo accédant sur le marché du travail, les auto-entrepreneurs fragilisés, les chômeurs de longue durée et ceux qui basculent dans la pauvreté. Le RSA et les demandes d’aide alimentaire explosent. L’ESS doit être en première ligne, actrice et bénéficiaire de cette solidarité.

Accompagnement ensuite, porté par les têtes de réseau, les pouvoirs publics, les professionnels de l’accompagnement pour ne pas laisser les acteurs et dirigeants dans une solitude mortelle. Face à ce constat le Labo de l’ESS tient bon, fait son travail de think tank en lançant un chantier sur la santé, en sortant une importante série de propositions pour lutter contre la précarité alimentaire, en démarrant, à la demande d’Olivia Grégoire, Secrétaire d’État à l’ESS, un travail sur la situation et les potentialités des Pôles territoriaux de coopération économique (PTCE) et en étant aux côtés de l’extension des Territoires Zéro chômeurs de longue durée. Pas question d’attendre ou de renoncer.

L’urgence du court terme sanitaire risque de balayer les menaces écologiques et sociales du long terme. Plutôt que de relance, parlons donc de transition. Dans la durée, la crise écologique se révèlera plus dangereuse que la Covid, dont nous sortirons. La montée des inégalités sociales se révèlera également plus dangereuse. L’angoisse immédiate de la croissance, le chantage local à l’emploi conduiraient à de mauvaises décisions. L’ESS doit accélérer sa mutation vers une économie sociale, solidaire et écologique (ESSE) et se porter en première ligne de la résistance aux inégalités sociales. Certains ressortiront plus riches de la Covid tandis que d’autres s’enfonceront dans la fragilité. Face à ce constat, le Labo de l’ESS mène la bataille des idées pour des solutions de transformation sociale. En ce mois de l’ESS si triste, nous serons actifs pour les Journées de l’économie autrement (JEA de Dijon) quelle que soit leur forme, en saluant la mémoire de leur fondateur, Philippe Frémeaux. Nous nous rapprochons des grandes villes françaises, pour travailler avec elles sur la place de l’ESS comme acteur de transition, dans le prolongement de nos travaux sur les dynamiques collectives de transition dans les territoires. Nous sommes également présents dans la préparation du plan Européen de développement de l’ESS porté par le Commissaire Schmit.

Au-delà de la crise sanitaire, la Covid révèle et accroit une crise culturelle du modèle socio-économique. Celles de nos modes d’hyper consommation, d’une valeur de concurrence poussée à l’excès, d’un individualisme roi, de fractures générationnelles...L’Économisme ambiant, tendant à tout expliquer par les facteurs économiques, doit être dépassé. La priorité donnée à la santé sur l’économie (Trump et Bolsonaro mis à part) est un premier progrès fragile, à confirmer. Il faut re-encastrer l’économie, disait Polanyi. Si nous voulons maintenir un État de droit et un système démocratique, nous devrons aussi faire un nouveau progrès de responsabilité collective et de citoyenneté. Notre civisme n’a pas été à la hauteur des attaques de la Covid. Là encore, l’ESS peut jouer un rôle fondamental. En se plaçant à la pointe des pratiques de coopération. On voit que la réponse à la crise sanitaire passe par des coopérations renforcées. Il doit en être de même en économie. D’où un intérêt marqué pour les PTCE, les coopératives d’intérêt collectif, les tiers lieux etc. Ensuite, en relançant des pratiques modernes d’éducation populaire car l’école ne peut pas tout faire seule. Enfin en portant ce débat à l’échelle européenne. L’ESS devrait être d’avantage portée par les institutions européennes comme porteuse d’un projet civilisationnel : par exemple en introduisant en droit européen l’entreprise à lucrativité limitée.

Hugues Sibille, Président du Labo de l’ESS

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