Nouvelles formes d’engagement des jeunes : quelles implications pour les associations et fondations ?
Les discours sur un supposé désengagement des jeunes ont la vie dure. Pourtant, sur le terrain, une autre réalité s’impose : l’engagement des 15-30 ans est bien vivant, mais il a changé de forme. Ce sont désormais les organisations qui se retrouvent face à un défi majeur : adapter leurs cadres, leurs pratiques et leurs postures à des attentes nouvelles. Les jeunes ne désertent pas l’engagement, ils refusent des modèles qui ne correspondent plus à leurs réalités.
Pour les associations et fondations, cette mutation n’est pas marginale. Elle pose des questions stratégiques profondes :
- Comment mobiliser sans contraindre ?
- Comment fidéliser sans injonction ?
- Comment créer des cadres à la fois structurants et émancipateurs ?
Les pratiques observées sur le terrain permettent d’identifier plusieurs implications clés pour le secteur associatif.
1. Passer d’une logique de mobilisation à une logique de partenariat
Première implication majeure : le changement de posture.
Les jeunes ne s’inscrivent plus dans des schémas descendants où l’organisation décide et le bénévole exécute.
Ce que ça implique pour vous
- Accepter de partager le pouvoir d’agir.
- Ouvrir des espaces de co-construction réelle, y compris sur les orientations des projets.
- Reconnaître les jeunes comme des partenaires à part entière, capables de penser et de décider.
Nous devons donc accepter une part de lâcher-prise en échange d’un engagement plus durable et plus incarné.
Ce que ça donne sur le terrain
Des mouvements comme Coexister illustrent cette transformation. Leur fonctionnement repose sur une gouvernance partagée, une forte autonomie locale et une logique de confiance. Les jeunes y portent des projets, arbitrent collectivement et développent leurs compétences par l’action.
2. Faire de l’écoute un levier stratégique, pas un simple outil
Deuxième enseignement fort : l’écoute n’est plus optionnelle.
Les jeunes attendent des organisations qu’elles comprennent leurs contraintes avant de proposer des formats d’engagement.
Ce que ça implique pour vous
- Interroger en amont les besoins, les freins et les motivations.
- Adapter les formats aux réalités vécues : précarité, charge mentale, temps fragmenté.
- Sortir des logiques culpabilisantes ou normatives.
Investir du temps dans le diagnostic et l’écoute permet de gagner en pertinence, en fidélisation et en impact.
Ce que ça donne sur le terrain
Animafac, réseau national d’accompagnement des associations étudiantes, construit ses dispositifs à partir des retours directs des jeunes. Les formats proposés sont modulables, évolutifs et pensés pour sécuriser l’initiative plutôt que la contrôler.
3. Repenser l’échelle de l’action : le local comme point d’entrée
Troisième implication structurante : l’échelle locale devient centrale.
Les jeunes s’engagent plus facilement lorsque l’action est proche, concrète et humaine.
Ce que ça implique pour vous
- Développer des actions à petite échelle, immédiatement compréhensibles.
- S’appuyer sur des lieux familiers : quartiers, écoles, tiers-lieux, espaces publics.
- Favoriser le pair-à-pair et les dynamiques collectives rassurantes.
Le local n’est pas un repli stratégique, mais un accélérateur d’engagement.
Ce que ça donne sur le terrain
Avec ses missions de bénévolat de proximité, **Benenova** démontre que des formats courts (1 à 3 heures), locaux et collectifs permettent à de nombreux jeunes de franchir un pas, parfois pour la première fois.
4. Hybrider les canaux pour créer des parcours fluides
Autre enseignement majeur : aucun canal ne fonctionne seul.
Les organisations doivent penser l’engagement comme un parcours multicanal.
Ce que ça implique pour vous
- Combiner présentiel et digital, sans les opposer.
- Utiliser les réseaux sociaux comme des portes d’entrée, pas comme une finalité.
- Aller physiquement à la rencontre des jeunes dans leurs espaces de vie.
Il est important d’investir dans la cohérence des points de contact plutôt que dans un canal unique.
Ce que ça donne sur le terrain
Le Service Civique illustre cette hybridation réussie : plateforme digitale intuitive, forte présence terrain, témoignages incarnés sur les réseaux sociaux, et logique d’ambassadeurs pairs.
5. Reconnaître la pluralité des engagements et sortir des hiérarchies
Enfin, les nouvelles formes d’engagement interrogent directement la notion de reconnaissance.
Ce que ça implique pour vous
- Valoriser les engagements ponctuels autant que les engagements longs.
- Nommer et reconnaître les compétences développées.
- Accepter des formes hybrides, créatives, parfois informelles.
Reconnaître l’engagement, c’est créer les conditions de sa pérennité.
Ce que ça donne sur le terrain
Le mouvement **makesense** a intégré cette pluralité dans son ADN : droit à l’expérimentation, reconnaissance explicite des compétences, valorisation des parcours plutôt que des statuts.
Ce que les associations et fondations peuvent retenir
Les nouvelles formes d’engagement des jeunes ne sont pas une contrainte, mais une opportunité de transformation pour le secteur associatif.
Elles invitent à :
- revoir les cadres sans renoncer aux valeurs,
- sécuriser sans rigidifier,
- structurer sans enfermer.
Le Giving Tuesday agit comme un laboratoire collectif : un espace pour tester, apprendre et faire évoluer les pratiques, ensemble.
L’enjeu n’est pas de “faire entrer” les jeunes dans des modèles existants, mais de faire évoluer ces modèles pour qu’ils deviennent accueillants, justes et durables.
C’est à cette condition que l’engagement des jeunes pourra continuer à irriguer la société civile… et à la transformer en profondeur !