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Par Carenews INFO - Publié le 27 avril 2026 - 17:46 - Mise à jour le 27 avril 2026 - 18:22 - Ecrit par : Léanna Voegeli
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4 millions de personnes renoncent à des produits d’hygiène en France

Difficultés à se procurer du savon, du dentifrice ou des protections menstruelles : la précarité hygiénique s’installe dans le quotidien de nombreux ménages. Les travailleurs pauvres sont particulièrement touchés, selon le baromètre 2026 « Hygiène et précarité en France » réalisé par l’Ifop pour l’association Dons solidaires.

L'association Dons solidaires publie son baromètre « Hygiène et précarité en France » depuis 2019. Crédit : iStock
L'association Dons solidaires publie son baromètre « Hygiène et précarité en France » depuis 2019. Crédit : iStock

 

La précarité hygiénique désigne les difficultés d’accès à des produits d’hygiène de base, faute de moyens financiers suffisants. Elle se traduit par des renoncements ou des arbitrages contraints entre plusieurs dépenses essentielles, comme l’alimentation et les produits du quotidien. 

« L’emploi ne protège pas de la précarité hygiénique. Les travailleurs pauvres sont en première ligne », souligne Anthony Ikni, directeur communication et plaidoyer pour Dons solidaires. L’association qui redistribue des produits essentiels (vêtements propres, couettes, savon, protections hygiéniques) aux plus démunis a publié pour la huitième année consécutive son baromètre « Hygiène et précarité en France », réalisé par l’Ifop. 

L’édition 2026 se concentre sur l’impact de cette précarité sur les travailleurs pauvres. Le baromètre retient une définition fondée sur un niveau de vie inférieur à environ 1 080 € par mois. Ce seuil correspond à une approximation du seuil de pauvreté défini par l’INSEE, qui varie selon les années et s’établit plus récemment autour de 1 288 € pour une personne seule. 

Selon les auteurs du baromètre, ces actifs en situation de pauvreté sont « particulièrement exposés à la précarité hygiénique ». 42 % ont par exemple déjà dû choisir entre l’achat de nourriture ou de produits d’hygiène, en raison d’un manque de moyens. Soit un niveau trois fois supérieur à celui observé dans l’ensemble de la population. De manière générale, ce sont quatre millions de Français qui font face à la précarité hygiénique, soit un million de plus qu’en 2019. 

L’emploi ne protège pas de la précarité hygiénique. Les travailleurs pauvres sont en première ligne".

Anthony Ikni, directeur communication et plaidoyer pour Dons solidaires.

 

15 % des travailleurs pauvres dépendent de l’aide associative 

 

En matière de produits quotidiens, 25 % des travailleurs pauvres interrogés déclarent renoncer régulièrement à acheter du savon ou du gel douche. Ce pourcentage atteint 23 % pour les brosses à dents, 21 % pour le papier toilette et 19 % s’agissant du dentifrice.  

Parmi les personnes ayant déjà renoncé à des produits d’hygiène, 31 % déclarent ne pas se sentir bien au travail. Ce chiffre atteint 43 % chez les travailleurs pauvres concernés. 30 % d’entre eux ont déjà renoncé à se rendre à un entretien d’embauche et 25 % ne sont pas allés travailler à cause du manque de produits d’hygiène. Par ailleurs, alors que 5 % des interrogés dépendent de l’aide associative, cette proportion atteint 15 % chez les travailleurs pauvres. 

Précarité menstruelle : 2,3 millions de Françaises concernées 

 

Les jeunes sont aussi touchés par la précarité hygiénique. 60 % d’entre eux limitent la consommation de ces produits, contre 43 % de la population générale. Parmi les 18-24 ans, 45 % ont adopté au moins une stratégie pour limiter leur consommation de produits pour le linge. 43 % des 25-35 ans sont aussi concernés (contre 33 % de la population française). 32 % des 18-24 ans ont par exemple gardé leurs vêtements plus longtemps afin de réduire leur consommation de lessive ou le nombre de machines. 

57 % des 18-14 ans ayant été contraints de diminuer leur consommation de produits d’hygiène déclarent perdre confiance en eux à cause de cela (contre 46 % de l’ensemble des Français). 38 % déclarent même ne pas se rendre à un rendez-vous amoureux, soit 10 points de plus que l’ensemble de la population.  

13 % des Françaises, soit 2,3 millions de femmes manquent quant à elles, régulièrement de protections hygiéniques.  Parmi elles, 11 % utilisent autre chose à la place des protections périodiques par manque d’argent. 57 % des femmes touchées se sentent stressées par cette situation et 40 % déclarent perdre confiance en elles. 

Une précarité hygiénique aux nombreuses conséquences sociales 

 

Les parents de jeunes enfants sont aussi confrontés à la précarité hygiénique. « Equiper le logement, faire garder son bébé, le faire soigner… Des dépenses incompressibles qui, dans un contexte économique dégradé, bousculent l’équilibre financier du foyer », relèvent les auteurs du baromètre. Ainsi, 19 % des jeunes parents interrogés renoncent à l’achat de couches pour leur bébé et 18 % utilisent une protection « bricolée » (essuie-tout, tissu) en raison d’un manque d’argent. 63 % des jeunes parents qui ont renoncé à l’achat de couches se sentent « mauvais parents ».  

Les familles monoparentales sont particulièrement concernées par la précarité hygiénique. 26 % d’entre elles ont dû arbitrer entre l’alimentation et les produits d’hygiène contre 16 % de la population et 17 % des foyers biparentaux. 60 % des foyers monoparentaux doivent limiter leur consommation de produits hygiéniques et 12 % ont recours à une aide associative (contre 5 % de la population générale). 

« Se priver de produits d’hygiène essentiels induit un sentiment de honte profond qui conduit à l’isolement », commente l’association. 33 % des personnes qui ont renoncé à des produits d’hygiène ne sortent plus de chez eux (+2 points), 27 % évitent certaines personnes de leur entourage (+4 points) et 25 % renoncent même à une activité sportive (+2 points). 

 

Léanna Voegeli  

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