Armes explosives : 22 600 victimes en 2025 selon un rapport
L'Observatoire des armes explosives documente chaque année les conséquences de ces armes sur la population. Handicap international revient sur ces chiffres dans un communiqué. On y apprend notamment que 56 % des décès recensés seraient attribués aux forces armées israéliennes.
« Des services vitaux sont anéantis par les bombardements et les pilonnages systématiques », a déclaré Anne Héry, directrice du plaidoyer de Handicap international. Cette réaction intervient après la publication du rapport annuel de l’Observatoire des armes explosives, qui dresse le bilan des conséquences de ces frappes sur la population civile. La structure dénombre 22 600 civils tués par des armes explosives en 2025 dans 65 pays et territoires. « Le bilan est alarmant : davantage de pays, davantage de types d’armes, davantage de services civils détruits », souligne l’ONG dans un communiqué. L’organisation note que ces dommages ont « atteint des niveaux sans précédent depuis deux ans ».
« L'utilisation des armes explosives en zones peuplées démantèle méthodiquement l'accès des civils aux services de base indispensables à leur survie : écoles, hôpitaux, convois d'aide, canalisations d'eau et marchés alimentaires sont détruits à des rythmes croissants, dans davantage d'endroits, par davantage d'acteurs en 2025 », a ajouté Anne Héry.
Selon l’Observatoire des armes explosives, 56 % des décès recensés seraient attribués aux forces armées israéliennes.
1082 attaques contre l’approvisionnement alimentaire dans 15 pays en 2025
Handicap international déplore une utilisation de ces armes en zones peuplées qui « démantèle méthodiquement l’accès des civils aux services de base ». Elle souligne que des écoles, hôpitaux, convois d’aide, canalisations d’eau et marchés alimentaires « sont détruits à des rythmes croissants, dans davantage d’endroits, par davantage d’acteurs en 2025 ».
« 2 541 attaques à l’aide d’armes explosives » ont eu lieu contre des opérations d’aide humanitaire, selon le communiqué de l'ONG. Cela représente une « hausse de 52 % par rapport à 2024 ». Parmi elles, 90 % auraient eu lieu dans le territoire palestinien. Par ailleurs, « au moins 108 travailleurs humanitaires ont été tués ».
Autre enseignement : dans le domaine de l’éducation, « les attaques contre les écoles et universités ont augmenté de 64 % - passant de 865 incidents en 2024 à 1 416 en 2025, dans 27 pays ». En Ukraine, « les attaques de drones russes contre les écoles ont progressé de 358 %. »
Concernant la santé, 1 272 incidents auraient touché des hôpitaux, cliniques et ambulances dans 22 pays. Au total en 2025, « 267 professionnels de santé ont été tués » et « 806 établissements de santé ont été endommagés ou détruits ». Toujours en Ukraine, ce type d’attaque « a enregistré une hausse de 20 % due aux frappes de drones russes ».
Au sujet de l’alimentation et de l’eau, le communiqué dénombre « 1 082 attaques contre l’approvisionnement alimentaire dans 15 pays, dont 190 frappes sur des marchés et 154 incidents sur des terres agricoles ». De plus, « 87 attaques contre des infrastructures en eau dans 15 pays ont contraint des communautés à recourir à des alternatives coûteuses ou non potables ».
« Chaque école, hôpital, marché, réseau d’eau ou convoi humanitaire détruit représente bien plus qu’une infrastructure endommagée - ce sont des opportunités perdues, des avenirs brisés, des communautés repoussées encore plus loin de la reconstruction, déplore Alma Taslidzan, responsable du plaidoyer sur le désarmement de Handicap international. Pour beaucoup, les conséquences des bombardements et des pilonnages font partie du quotidien et de la souffrance pour de longues années. »
La responsabilité des États dans les dommages civils
L’ONG revient également sur la dangerosité croissante des drones, un phénomène également documenté dans le rapport de l’Observatoire des armes explosives. « Les armes aériennes, de plus en plus les drones, ont représenté 67 % de tous les incidents causant des dommages civils ». Leur recours « dans les attaques contre les écoles a augmenté de 358 % en Ukraine seule, et les frappes [de drones] sur les camps de déplacés dans le territoire palestinien ont été multipliées par 5 », précise le communiqué. En 2025, ce type d’incidents s’élevaient à 303, contre 64 en 2024.
En matière de responsabilité des États, « les forces armées étatiques sont responsables de 85 % de tous les incidents causant des dommages civils ». Cela représente « plus de 17 300 incidents (contre 3 090 attribués à des acteurs non étatiques) ». Aussi, « le nombre d’États signataires de la Déclaration politique de 2022 sur les armes explosives impliqués dans des dommages civils est passé de cinq à huit en 2025 ». Cela englobe le Cambodge, le Kenya, le Maroc, le Nigéria, la République de Corée, la Somalie, la Turquie et les États-Unis. Autre chiffre notable : « le nombre de pays victimes de l’utilisation d’armes explosives par des États signataires a bondi de 5 en 2024 à 13 en 2025 ».
Le rapport aborde également la menace que peuvent revêtir les réseaux sociaux pour la sécurité des hôpitaux, notamment à Gaza, au Soudan, au Myanmar et en Ukraine. Cette utilisation aurait « activement érodé les protections du droit international humanitaire ». Plusieurs schémas sont identifiés par l'observatoire, comme des allégations selon lesquelles les hôpitaux sont utilisés par des acteurs armés (visant à normaliser les attaques) ou encore des discours déshumanisants à l’encontre de groupes ethniques ou nationaux.
« Les chercheurs du rapport avertissent que ces narratifs néfastes émergent le plus souvent par une interprétation sélective et une politisation d'attaques réelles - et non par fabrication - ce qui les rend d'autant plus difficiles à contrer », peut-on également lire dans le communiqué.
Léanna Voegeli 