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Par Carenews INFO - Publié le 23 avril 2026 - 09:00 - Mise à jour le 23 avril 2026 - 09:00 - Ecrit par : Léanna Voegeli
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Burkina Faso : le régime militaire d’Ibrahim Traoré dissout 118 associations et ONG

La disparition de ces entités est dénoncée par plusieurs organisations de défense des droits humains comme Amnesty International ou encore Human rights watch. Elles y voient une nouvelle atteinte à la liberté d’association et une restriction de l’espace civique dans le pays.

En 2022, le Burkina Faso a connu deux coups d’État militaires. Crédit : iStock
En 2022, le Burkina Faso a connu deux coups d’État militaires. Crédit : iStock

 

« Nous sommes alarmés et profondément préoccupés par cette atteinte flagrante au droit à la liberté d’association », a déclaré Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty international pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, dans un communiqué. Cette réaction fait suite à la dissolution de 118 associations et ONG burkinabè par le régime militaire d’Ibrahim Traoré le 15 avril.  

« La dissolution d’ONG et d’associations est contraire à la constitution du Burkina Faso, qui garantit la liberté d’association et la liberté syndicale. Les différents amendements constitutionnels n’ont jamais remis en cause ce principe », a précisé le chercheur. 

Un contexte de forte instabilité 

 

De leur côté, Human rights watch (HRW), la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et l’Observatoire Kisal (qui œuvre pour la défense des communautés d’origine nomade au Sahel) soulignent, dans une note commune, que beaucoup des organisations dissoutes « étaient engagées dans la défense des droits humains ».  « Les autorités ont invoqué une loi de juillet 2025 sur la liberté d’association, mais n’ont fourni aucune justification au-delà de la vagues allusions au non-respect de ladite loi », détaillent les organisations. 

En 2022, le Burkina Faso a connu deux coups d’État militaires. En janvier, l'armée a renversé le président Roch Marc Christian Kaboré. En septembre, un autre coup d’État a porté au pouvoir le capitaine Ibrahim Traoré, qui a évincé le chef de la junte installé quelques mois plus tôt. Il dirige depuis le pays.  

La dissolution d’ONG et d’associations est contraire à la constitution du Burkina Faso, qui garantit la liberté d’association et la liberté syndicale. Les différents amendements constitutionnels n’ont jamais remis en cause ce principe".

Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty international pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

Cette instabilité intervient dans un contexte de forte dégradation de la situation sécuritaire, marqué par des violences attribuées à des groupes djihadistes actifs dans plusieurs régions du pays et par une crise politique profonde. 

« Un climat de peur qui paralyse l’activité civique indépendante » 

 

Les organisations de défense des droits humains, dont HRW, la FIDH, l’OMCT et l’Observatoire Kisal, estiment que « les autorités militaires devraient immédiatement cesser leur répression des voix indépendantes ainsi que des organisations humanitaires et de défense des droits humains, et respecter les droits et libertés fondamentaux »

Pour Ousmane Diallo, « les organisations de la société civile jouent un rôle essentiel dans la promotion et la protection des droits humains et de l’État de droit. Les autorités doivent immédiatement revenir sur cette décision et leur permettre d’exercer librement leurs activités sans crainte de représailles »

Amnesty international indique également qu’un décret présidentiel de novembre 2025 a « imposé à toutes les ONG nationales et internationales de clôturer leurs comptes auprès des banques commerciales et de les transférer vers une banque créée peu de temps auparavant et contrôlée par l’État, au sein du Trésor public, entraînant un risque de gel arbitraire des fonds, de surveillance financière et de sanctions ciblées. »

Binta Sidibé Gascon, présidente de l’Observatoire Kisal estime que « la dissolution massive des organisations de la société civile n’est que le dernier acte de la junte du Burkina Faso pour faire taire la dissidence et éviter toute analyse de son bilan peu reluisant en matière de droits humains »« Cette décision renforce un climat de peur qui paralyse l'activité civique indépendante », affirme-t-elle. 

Les organisations de la société civile jouent un rôle essentiel dans la promotion et la protection des droits humains et de l’État de droit. Les autorités doivent immédiatement revenir sur cette décision et leur permettre d’exercer librement leurs activités sans crainte de représailles".

Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty international pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

Pour Ousmane Diallo, cette dissolution « s’inscrit dans le cadre d’efforts plus larges visant à réduire la société civile au silence par le biais de mesures répressives ». Notamment via « une législation abusive, l’intimidation, le harcèlement, la détention arbitraire et les poursuites à l’encontre des défenseurs des droits humains et des militants »

Human rights watch rappelle que les autorités militaires ont utilisé les dispositions d’une loi d’urgence « de manière sélective et disproportionnée pour [...] faire taire et enrôler illégalement dans les forces armées des dizaines de voix critiques, journalistes, militants et de la société civile et personnels judiciaires »

 

Léanna Voegeli  

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