Droit aux vacances : le secteur du tourisme social inquiet
Partir en vacances n'a rien d'une évidence. Si les associations du tourisme social continuent de favoriser l'accès aux séjours pour les ménages modestes, elles alertent sur les conséquences de la suppression de certains dispositifs, mais aussi sur les obstacles administratifs qui freinent encore de nombreuses familles.
La loi de juin 1936 qui a institué les premiers congés payés fête ses 90 ans. Pourtant, à l’approche de l’été, 27 % des ménages prévoient déjà de ne pas partir en vacances d’après une étude Ipsos pour le Secours populaire français. Un enfant sur trois serait concerné. « Se divertir, changer d’air n’est pas un luxe mais une expérience salutaire pour les familles qui vivent sous la pression constante de conditions difficiles », souligne l’organisation.
Chaque année, les ménages les plus modestes peuvent profiter de séjours aux tarifs accessibles via les structures du tourisme social et solidaire, notamment grâce à des aides, partenariats ou dispositifs (caisses d’allocations familiales, collectivités, CSE, associations, etc.). D’après une enquête de 2020 publiée par l’Union nationale des associations de tourisme et de plein air (U), le secteur aurait permis à six millions de personnes de partir en vacances en 2019.
Les acteurs du secteur alertent cependant sur une baisse importante des subventions publiques allouées.
Suppression d’un dispositif qui favorisait le nombre de primo-partants
Le label des « colos apprenantes » n’a par exemple pas été reconduit en 2026. Née en 2020, dans un contexte post-Covid, le dispositif visait notamment les enfants les plus éloignés de l’école durant les confinements. « Les colos apprenantes avaient pour objectif d’aider les enfants à mieux aborder des notions éducatives durant un séjour, avec un encadrement par des personnels de l’animation », souligne Benoît Fontaine, directeur vacances de la Ligue de l’enseignement. L’association développe des partenariats institutionnels visant à favoriser le départ en vacances du plus grand nombres (enfants et adultes).
« Sa disparition dans la loi de finances pour 2026 a un impact très significatif sur les départs en colonies. Nous estimons une baisse moyenne de 7 % des inscriptions, que ce soit à la Ligue de l’enseignement ou chez nos collègues organisateurs de séjours, précise Benoît Fontaine. Certains des enfants n’avaient aucun reste à charge dans la mesure où l’Etat finançait 50 % du séjour et une collectivité territoriale les 50 % restants. Ce dispositif permettait à beaucoup d’enfants de partir pour la première fois ».
Des démarches nombreuses qui compliquent l’activation des aides
Le ministère des sports, de la jeunesse et de la vie associative souligne en parallèle le renforcement du dispositif Aide aux vacances enfants (AVE) . Portée par la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf), l’AVE est une aide financière visant à réduire les frais de vacances d’un enfant ou d’une famille. Pour Benoît Fontaine, même si « une enveloppe supplémentaire a été abondée, elle reste peu dépensée pour le moment ». Autre dispositif qui n’aurait « pas trouvé son public » : le pass colo . Cette nouvelle aide, qui oscille entre 200 et 350 euros, vise à faciliter les départs en colonie de vacances des enfants de 11 ans.
« Ce sont de bonnes initiatives mais les familles se sentent perdues face aux différents guichets qu’ils doivent consulter pour demander ces aides, il faudrait un guichet unique directement activable pour faciliter les démarches », estime Benoît Fontaine. Le dispositif des colos apprenantes était adossé à une collectivité territoriale qui aidait directement les familles bénéficiaires dans le déploiement des aides. Cela facilitait les démarches », ajoute-t-il.
Malgré ces inquiétudes, les structures de la Ligue de l'enseignement continuent d'attirer les vacanciers. « Nos villages de vacances devraient être bien remplis cet été », observe le directeur vacances de l’organisation.
D’après le Secours populaire, 62 % des Français estiment que ne pas partir en vacances est néfaste pour leurs relations familiales.
Léanna Voegeli 