Aller au contenu principal
Par Carenews INFO - Publié le 8 avril 2024 - 18:29 - Mise à jour le 9 avril 2024 - 12:07
Recevoir les news Tous les articles de l'acteur

Transition écologique et engagement associatif : les enjeux d’une coopération efficace

Un rapport du Haut conseil à la vie associative (HCVA), publié en mars 2024, souligne le rôle crucial des associations dans la promotion d'une transition écologique juste et équitable, tout en identifiant les défis spécifiques auxquels elles sont confrontées.

Rapport : « La transition écologique : enjeux et impacts pour l’engagement citoyen et associatif » 2024. Crédits : Khanchit Khirisutchalual
Rapport : « La transition écologique : enjeux et impacts pour l’engagement citoyen et associatif » 2024. Crédits : Khanchit Khirisutchalual

 

Quel impact de la transition écologique sur l'engagement associatif ? Dans un contexte où l'urgence climatique amène à repenser nos modes de vie, le Haut conseil à la vie associative (HCVA) dévoile un rapport qui souligne le rôle des associations dans la transition écologique et les défis auxquels elles sont confrontées.

Ces analyses s’appuient sur une revue de littérature menée entre 2021 et 2023 par le groupe de travail « Transition Écologique » de la commission Engagement du HCVA. Une série d’auditions a également été menée auprès d’associations spécialisées et engagées. 

Structuré en cinq chapitres, le rapport souligne le rôle précurseur des associations dans la dynamique de transition écologique juste. Il propose également des recommandations pour aligner les projets associatifs sur la transition écologique, modifier les modes d'action et repenser les gouvernances.

 

Les associations : viviers d'innovations et de bonnes pratiques au service d’une transition juste

 

Les associations ont été pionnières dans le développement de pratiques durables et d'innovations sociales. Emmaüs pratique le réemploi depuis les années 1950 en récupérant et recyclant des biens, tandis que le Secours populaire récupère les surplus alimentaires depuis les années 1970.

Dans le domaine de l'alimentation, des initiatives telles que Vers un réseau d’achats en commun (Vrac) proposent des produits issus de l'agriculture paysanne, biologique et équitable à bas prix, réduisant ainsi les coûts intermédiaires et les emballages polluants.

En matière de sensibilisation et d'éducation populaire, une organisation comme La Fresque du climat a rassemblé des millions de participants dans le monde pour sensibiliser aux enjeux climatiques. 

Les associations jouent également un rôle majeur dans le plaidoyer pour des politiques publiques écologiques. Par exemple, la loi Garot de 2016, interdisant la destruction des invendus alimentaires et incitant à leur don, a été largement influencée par le plaidoyer associatif, notamment celui d'Emmaüs.

 

Des pratiques écologiques au sein des modèles associatifs 

 

Les associations s'engagent dans la transition écologique en adaptant leurs pratiques pour réduire leur empreinte environnementale. Parmi les 1,4 million d'associations en France, la grande majorité a un faible impact carbone. 70 % ont un budget annuel inférieur à 10 000 euros. Ces associations sont souvent actives à l'échelle locale et reposent sur des liens sociaux plutôt que sur la consommation de biens.

En revanche, certaines associations, telles que celles gérant un important parc immobilier, doivent relever des défis spécifiques. Ainsi, environ 65 % des associations du secteur humanitaire et social sont propriétaires ou locataires de leurs locaux, nécessitant une amélioration de l'efficacité énergétique pour réduire leur impact environnemental.

Les associations doivent également revoir leurs pratiques en matière de déplacements et de restauration collective. Dans le secteur sportif, qui compte environ 330 000 associations, les déplacements pour les compétitions posent un défi majeur. La promotion du covoiturage, de l'éco-conduite et l'utilisation de moyens de transport durables sont essentielles pour réduire leur empreinte carbone. De plus, les associations impliquées dans la restauration collective peuvent agir en réduisant la consommation de viande rouge, principal contributeur à l'impact carbone d'un repas, tout en favorisant l'utilisation de produits locaux.

Deux axes principaux émergent pour accompagner les associations dans cette transition. D’une part, l’élaboration d'une stratégie RSO (responsabilité sociétale des organisations), qui implique la mise en place de politiques environnementales, sociales et de gouvernance. Par exemple, le Gapas, qui agit dans le secteur médico-social, a créé un poste dédié au développement durable et s’est fixé l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d'ici à 2030.

D’autre part, les associations peuvent réviser leurs missions pour intégrer les enjeux écologiques dans leurs actions éducatives ou sociales. Ainsi, les Scouts et Guides de France ont repensé leur projet éducatif dès 2004 pour inclure une ambition liée à la transition écologique.

 

L’évolution juridique en faveur de la transition écologique 

 

Depuis les années 1960, les associations ont été des moteurs essentiels dans l'évolution de l'environnement juridique pour la transition écologique. Elles ont activement participé à l'élaboration de lois telles que la loi sur la protection de la nature, sous l’impulsion notamment, de France Nature Environnement. Les associations de solidarité internationale ont élargi leur champ d'action pour inclure la préservation de l'environnement, favorisant ainsi une approche holistique du développement durable. 

Cependant, ces associations rencontrent divers obstacles. Notamment les contrats d'objectifs pluriannuels liés aux aides financières limitent souvent leur liberté d'action. En outre, l'assimilation des associations à des « représentants d'intérêts » au sein de l'Union Européenne pose problème, car elle ne reflète pas leur mission de défense de l'intérêt général. Les manifestations de grande ampleur à Sainte-Soline de l’an dernier, autour de la question de l'accès à l'eau, démontrent toutefois la persistance de l'engagement de la société civile pour l'environnement.

 

L’engagement écologique confronté à la répression gouvernementale

 

Face à des formes de répression de l'État, l'engagement pour la transition écologique s’est durci ces dernières années, avec l'émergence de l'activisme judiciaire et de la désobéissance civile. Les associations utilisent les tribunaux pour défendre des intérêts collectifs. Ainsi, dans le cadre de « l'Affaire du siècle », quatre associations ont permis la condamnation de l'État pour inaction climatique. À l'échelle internationale, les contentieux liés au climat ont plus que doublé en cinq ans. Du côté de la désobéissance civile, qui dénonce l'inaction des pouvoirs publics, des enquêtes démontrent qu’elle est envisagée chez 36 % des jeunes.

Face à ces nouvelles formes d'engagement, le rapport alarme sur la posture toujours plus répressive adoptée par l'État. En effet, le gouvernement d’Emmanuel Macron utilise le contrat d'engagement républicain pour menacer le financement des associations engagées pour le climat ou prononce la dissolution d’associations critiquant ses politiques - comme celle des Soulèvements de la Terre, finalement annulée par le Conseil d’Etat. 

 

Attentes communes des citoyens et des associations : une transition juste et transparente

 

84 % des Français soutiennent l'idée que la lutte contre le réchauffement climatique devrait mobiliser autant de moyens que la lutte contre la pandémie de covid-19, selon une enquête du Crédoc menée en mars 2022.

Du côté des associations, certaines expriment un manque de reconnaissance par l’État de leur expertise et de leur contribution. Amandine Lebreton, du Pacte du pouvoir de vivre, souligne ainsi qu’un manque de concertation avec les acteurs associatifs persiste dans la construction des politiques publiques en matière de transition écologique Les soutiens financiers aux associations demeurent également limités. 

Enfin, le rapport insiste sur le fait que la redéfinition collective des objectifs pour porter les transitions, tels que la sobriété ou le développement durable, nécessite un récit mobilisateur et des approches concertées entre l'État et les associations. Un rapport d'étude collective de cas souligne le rôle essentiel des associations dans la modification des comportements des citoyens vers plus de sobriété, ainsi que leur capacité à innover et expérimenter dans la mise en œuvre des politiques publiques.

 

 

Félicité Dussel 

Fermer

Cliquez pour vous inscrire à nos Newsletters

La quotidienne
L'hebdo entreprise, fondation, partenaire
L'hebdo association
L'hebdo grand public

Fermer