TRIBUNE - Donnons à la jeunesse les moyens de construire le monde auquel elle aspire
À l'heure où les jeunes doivent choisir leur orientation dans un monde traversé par les crises climatiques, sociales et technologiques, une vingtaine d'acteurs engagés dans l'éducation, l'orientation et l'accompagnement de la jeunesse appellent, dans cette tribune, à repenser notre approche de l'orientation. Ils estiment qu'on ne peut pas demander à une génération de « trouver sa voie » sans lui donner les moyens de l'explorer.
Après des épreuves marquées cette année encore par des températures exceptionnellement élevées, des centaines de milliers de lycéens ont découvert leurs résultats du baccalauréat. Face à la répétition des épisodes de canicule, le gouvernement a annoncé qu’à partir de 2027, les examens du baccalauréat et du brevet seront organisés uniquement le matin. Une adaptation concrète et nécessaire au changement climatique.
Cette décision illustre que, face aux bouleversements climatiques, le monde dans lequel grandissent les jeunes est en profonde mutation. Pourtant, notre manière de les accompagner dans leurs choix d'avenir évolue-t-elle au même rythme ?
À ce moment charnière de leur vie, alors que 657 000 élèves de terminales étaient inscrits cette année encore sur Parcoursup, une même question leur est inlassablement posée : « Que veux-tu faire plus tard ? ». Une question d'autant plus difficile qu'une part croissante de cette génération peine à se projeter dans l'avenir de manière sereine.
71 % des 18-24 ans disent avoir des difficultés à se projeter dans le futur. »
Une génération angoissée face à un avenir incertain
Crise climatique, instabilité sociale, fatigue informationnelle, arrivée en force de l’IA générative, fragilité économique, explosion des troubles de santé mentale : beaucoup de jeunes grandissent dans un climat d’incertitude permanent. Selon une enquête de la Mutualité française, l’Institut Montaigne et l’Institut Terram, 71 % des 18-24 ans disent avoir des difficultés à se projeter dans le futur. Un tiers associe même l’horizon 2050 à « la fin du monde ».
Cette anxiété est souvent assimilée à du pessimisme, ou même du désengagement. Elle traduit pourtant autre chose : l’émergence d’une génération plurielle, profondément consciente des bouleversements en cours et en quête d’épanouissement dans un monde où les modèles dominants montrent leurs limites.
Une jeunesse qui questionne les modèles existants
L’engagement de cette génération prend lui aussi des formes variées : 30 % des jeunes s'engagent régulièrement dans une activité bénévole associative, 40 % déclarent avoir soutenu une cause ou signé une pétition au cours de l'année (Baromètre jeunesse 2025 de l'Injep et du Crédoc), 83 % travaillent à changer leurs habitudes de consommation, 91% exigent que les entreprises soient exemplaires (étude sur l’engagement des jeunes de la Fondation de France et Ifop), 10,5 % des jeunes réalisent un service civique.
Derrière ces formes d'engagement multiples, portées par des jeunes confrontés à des réalités diverses, se dessine une même aspiration : comprendre le monde qui les entoure, trouver leur place et contribuer, à leur échelle, aux grands défis de leur époque. Car cette génération n'est pas seulement celle qui héritera du monde de demain : elle en est déjà l'une des principales forces de transformation. Les choix qu'elle fait aujourd'hui, les projets qu'elle porte et les engagements qu'elle prend participeront à façonner la société de demain.
Pourtant, si les grandes transformations nécessitent l'implication des États, des entreprises et des institutions, elles ne pourront se faire sans la mobilisation des citoyens. Beaucoup de jeunes peinent encore à percevoir toute la portée de leur pouvoir d'action et la place qu'ils peuvent occuper dès aujourd’hui dans la construction du monde de demain.
De nombreux jeunes souhaitent s'engager, entreprendre, ou contribuer à leur échelle, mais peinent à trouver le temps, les espaces ou l'accompagnement qui leur permettraient de transformer cette volonté en action concrète. »
C'est pourtant dans cet écart entre l'élan et le passage à l'action que se joue un enjeu majeur pour notre société. Les associations signataires de cette tribune le constatent chaque jour sur le terrain : de nombreux jeunes souhaitent s'engager, entreprendre, ou contribuer à leur échelle, mais peinent à trouver le temps, les espaces ou l'accompagnement qui leur permettraient de transformer cette volonté en action concrète.
C’est là qu'apparaît un immense gâchis collectif : des idées, des talents et des élans qui ne trouvent ni espaces pour se révéler, ni collectifs pour se déployer.
Redonner le pouvoir d’agir à la jeunesse
Ce constat met en lumière l'incapacité collective à créer les bonnes conditions d'engagement pour la génération qui arrive.
On ne peut pas demander à une génération de « trouver sa voie » sans lui donner les moyens de l’explorer. Il est essentiel que les jeunes puissent avoir accès à des espaces pour expérimenter, à des dispositifs de mentorat pour s'inspirer, à des collectifs pour avancer, à des modèles auxquels s’identifier et des perspectives désirables dans lesquelles se projeter. Pourtant, tout cela reste encore largement absent des parcours proposés.
Passons du traditionnel "Tu veux faire quoi plus tard ?" à "Quel monde veux-tu contribuer à construire ?" ».
À l’heure où des centaines de milliers de jeunes ont reçu les résultats de Parcoursup, une question mérite peut-être d’être posée autrement. Passer du traditionnel « Tu veux faire quoi plus tard ? » à « Quel monde veux-tu contribuer à construire ? ».
Notre responsabilité collective n’est pas de demander toujours plus d’engagement à une jeunesse angoissée par les défis de son époque. Elle est de lui donner la confiance, l’accompagnement et les espaces d’expérimentation dont elle a besoin pour transformer une envie d’agir en pouvoir d’agir.
Une tribune portée par Ticket for Change
et co-signée par :
Elsa Da Costa, directrice générale d’Ashoka,
Marie-Sarah Mailliard, co-fondatrice et co-CEO de Regen School,
Amel Hammouda, directrice générale d'Article 1,
Blanche Dufay, directrice des programmes et des opérations de Live for Good,
Frédérick Mathis, cofondateur et porte-parole du Réseau ETRE,
Estelle Muyumba, directrice générale de YES Akademia,
Victoire Nicolle, directrice générale adjointe de l’association Télémaque,
Anne-France PITEAU, directrice de l'engagement et des relations publiques de KEDGE Business School,
Aymeric Marmorat, directeur de bachelor ACT, Essec / CY Cergy Paris Université,
Manon Léger, co-fondatrice de Latitudes,
Sarah Barreau, directrice générale de Enactus France,
Lorène Largeron, directrice générale adjointe de Rura,
François-Xavier Huard, co-fondateur et directeur de Evocae,
William Elland-Goldsmith, délégué général de MaVoie,
Emma PERICARD, administratrice d’Alter'Actions,
Angélique Figari, présidente cofondatrice de La Maison de l'apprendre,
Charles Puybasset, initiateur de We Are One,
Mathilde Boulay, déléguée générale du collectif de L’Ascenseur,
Sabrina Françon, directrice du développement de makesense,
Nathalie Hanet, directrice générale d’Unis-Cité,
Jean Guo, co-fondatrice de Konexio,
Fransès Raphaël, co-fondateur de Awayke,
Sophie Hélène, présidente de Trouve ta voix.