Une voiture électrique pour relancer le marché automobile européen ?
Une étude de la Fondation pour la nature et l'homme et de l'Institut mobilités en transition évalue la faisabilité d'une voiture électrique légère, produite dans l'Union européenne et vendue moins de 15 000 euros hors aides. Les auteurs estiment que ce type de véhicule pourrait représenter jusqu'à 2,5 millions de ventes annuelles à terme à horizon 2030-2035.
Un véhicule électrique vendu moins de 15 000 euros, hors aides et produit dans l'Union européenne (UE) pour relancer le marché de l'automobile européen ? C'est tout l'objet de l'étude réalisée par la Fondation pour la nature et l'homme (FNH) avec l'Institut mobilités en transition (IMT). L'ONG qui œuvre pour la transition écologique et le think tank dédié à la transition du secteur de la mobilité et des transports souhaitent « évaluer la faisabilité, le potentiel de marché et les impacts socio-économiques et environnementaux d'une offre de véhicules légers produits dans l'UE ». C'est aussi une manière de permettre aux « ménages les moins aisés de retrouver une part des achats de véhicules neufs comparable à celle qu'ils avaient dans les années 2010 », indique le rapport dans son introduction.
« Aujourd'hui, les SUV représentent environ une voiture sur deux en Europe. Il y a donc une certaine montée en gamme qui contribue à la hausse des prix », explique Thomas Uthayakumar, directeur programmes et plaidoyer pour la FNH, lors de la présentation officielle de l'étude, le 16 septembre à Paris. « Ce prix moyen atteint aujourd'hui 34 600 euros par véhicule. Conséquence : la part de véhicules neufs achetés par les 60 % des Français les moins aisés est passé de 43 % en 2019 à 32 % en 2025 », ajoute-t-il.
Le modèle étudié vise à répondre aux besoins de la vie quotidienne.
Objectif de ventes à long terme : trois millions de voitures par an
L'étude met en avant trois caractéristiques pour une voiture à moindre coût. La première est la légèreté. « Un véhicule léger nécessite une batterie de moins grande capacité pour parcourir la même distance, réduit le besoin en matériaux (acier, aluminium, etc.), [...] tout en conservant le profil d’un véhicule particulier classique », souligne le rapport. La seconde vise à limiter la place de la batterie et la troisième est une vitesse maximale de 110 km/h.
Les auteurs évaluent le potentiel de vente à 2,5 millions de véhicules par an dans l'Union européenne à horizon 2030-2035. « Puis à environ trois millions par an une fois ces voitures couramment adoptées », indique un communiqué. L'objectif est que ces voitures remplacent les ventes de véhicules neufs des segments A et B. Un segment est une catégorie de voiture visant à positionner chaque modèle sur le marché automobile.
L'électrique gagne du terrain
À terme, l'objectif est d'augmenter les ventes de voitures neuves de l'UE d'environ 12 %, soit 1,5 million de véhicules chaque année. Cela afin de « compenser près de la moitié de la baisse des volumes enregistrée entre 2019 et 2024 ». Les deux organisations estiment que que le gain climatique serait « immédiat ». « Remplacer une voiture thermique [...] âgée de dix ans [...] par l'un de ces véhicules diviserait par 3 à 3,5 les émissions de gaz à effet de serre liées à la fabrication et à l'usage, pour des distances parcourues identiques », peut-on lire. Aussi, « ces véhicules allégeraient la consommation d’électricité du parc d’environ 26 TWh par an à partir de 2035 [...] et réduiraient la consommation de lithium d’environ 6 000 tonnes par an, soit 52 GWh de capacité de batteries en moins à produire.»
Autre point abordé : la viabilité économique du modèle pour les constructeurs. Les auteurs du rapport estiment que leur marge serait d’environ 8 % du prix total.
Jean-Philippe Hermine, directeur de l’IMT, met aussi en avant la nécessité d'une politique d'incitation. Pour cela, les auteurs du rapport recommandent l'inscription, aux niveaux européen et national, d'un objectif politique de mise sur le marché de ce type de véhicules. Parmi les autres suggestions figure aussi leur intégration dans les politiques de soutien à l'électrification.
L'étude fait notamment écho à la récente annonce de Stellantis, qui prévoit la production en Europe d'une voiture électrique à moins de 15 000 euros dès 2028.
Léanna Voegeli 