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Par Carenews INFO - Publié le 17 septembre 2026 - 17:11 - Mise à jour le 17 septembre 2026 - 17:26 - Ecrit par : Célia Szymczak
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Les Maisons des jeunes et de la culture face à des freins politiques et économiques

Les MJC ont présenté le 17 septembre la deuxième édition de leur observatoire : il rend compte de difficultés économiques persistantes menaçant leur activité. Les dirigeants de MJC France témoignent également de menaces sur les libertés associatives.

Jean-Yves Macé et Patrick Chenu, respectivement président et directeur général de MJC France. Crédit : Carenews.
Jean-Yves Macé et Patrick Chenu, respectivement président et directeur général de MJC France. Crédit : Carenews.

 

1 000 maisons des jeunes et de la culture (MJC) se répartissent sur le territoire. Nées en 1944, ces associations organisent des ateliers sportifs hebdomadaires ou des actions sociales et d’éducation, pour 3,5 millions de bénéficiaires. Elles leur proposent aussi des activités artistiques, y compris de la programmation culturelle, majoritairement professionnelle mais aussi amateure, pour un tarif médian de 5 à 12 euros. La moitié intervient en milieu rural, 18 % dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, parfois lors de déplacements hors les murs ; la moitié organise un accueil collectif de mineurs. 

En 2022, ces structures lançaient l’alerte : plus d’une sur deux était en déficit. Deux ans plus tard, elles n’étaient plus que 38 % dans cette situation, apprend-on dans la 2e édition de l’Observatoire des MJC, rendue publique le 17 septembre par MJC France, leur tête de réseau nationale.  

« Cela paraît être plutôt une bonne nouvelle », commente le directeur général de MJC France, Patrick Chenu, en conférence de presse. Avant de nuancer : « ce qui a permis à ces MJC de résorber ce déficit a été de jouer sur la tarification ». En effet, 66 % des associations interrogées ont augmenté leurs tarifs, d’après l’enquête menée auprès de 178 structures. «Ce qui fait la base même du projet MJC, c’est l’accueil inconditionnel (…). Les associations ont privilégié la volonté de continuer leur action, mais cela a un prix, un coût, et ce coût est l’accessibilité », regrette Patrick Chenu.   

 

Il y a  une lente érosion des moyens humains dans nos structures. »

Patrick Chenu, directeur général de MJC France.

 

Des subventions indispensables 

 

  Par exemple, à la MJC de Grieu, à Rouen (Normandie), les tarifs des activités ont augmenté de 5 à 10 % pour les enfants et de 11 à 27 % pour les adultes pour la saison 2025-2026, ceux du centre de loisirs de 10 à 20 %. Et ces hausses se poursuivent de 2 % cette saison. L’association a mis fin aux séances de VTT et de judo. Face aux difficultés économiques en effet, outre l’augmentation des prix pour les bénéficiaires, des MJC ont fait le choix de « réduire l’activité ». Cela se traduit par des « horaires d’ouverture plus resserrés, des actions qui ne sont pas mises en œuvre – nous avons vu un certain nombre d’annulations de séjour –, des projets un peu moins ambitieux », détaille Patrick Chenu.  

Une association sur dix déclare avoir renoncé à porter un accueil collectif de mineurs entre 2022 et 2024. « Le financement de cet accueil peut être trop coûteux », suppose Patrick Chenu. Enfin, il pointe des « non-remplacements de départ, voire des licenciements », constatant « une lente érosion des moyens humains dans nos structures », sans que MJC France dispose de chiffres précis sur ce sujet.  

 


Lire également : L’économie sociale et solidaire a perdu 10 000 emplois en 2025 


 

Le budget médian d’une MJC s’élève à 409 000 euros. Il est composé à moitié d’autofinancement et à moitié de subventions publiques. Celles-ci proviennent en majorité des communes (48,4 %), seules ou réunies en communautés de communes (13,8 %), puis des caisses d’allocations familiales (23,2 %) et de l’État (8,4 %). Elles ont augmenté entre 2022 et 2024 pour 64 % des associations, à hauteur de 8 %. Mais cela n’a pas compensé la hausse des charges, évaluée à 10 % environ. « Par rapport à la précédente édition, la place de l’État recule », met en avant Patrick Chenu. 

 

Inquiétude sur les libertés associatives 

 

« Les municipalités sont les premiers partenaires des MJC. Bien sûr, du point de vue financier, mais également dans l’élaboration du projet », souligne Jean-Yves Macé. Des élus locaux siègent au conseil d’administration aux côtés des bénévoles. Cependant, les relations avec les municipalités peuvent là encore devenir un frein dans l’exercice des missions.  

À Monteux, commune d’un peu plus de 13 000 habitants dans le Vaucluse, la MJC menait de « nombreuses activités », relate par exemple Jean-Yves Macé : alphabétisation, cirque, hip hop… Et aussi une « action de lutte contre les LGBT phobies », raconte-t-il. En juin, la subvention communale a diminué de 90 % à l’initiative du maire Rassemblement national nouvellement élu, Patrice de Camaret. Fin août, le sigle MJC a été retiré d’un bâtiment municipal qu’elle utilise.  

 


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Ce cas n’est pas isolé. Les représentants de MJC France observent ici et là un « jeu sur les locaux ou les moyens humains », une « baisse de subventions ». Des pressions qui, pour le président de MJC France, relèvent de la question des libertés associatives. « Agir sur les moyens, c’est finalement ce qu’il y a de plus simple pour une municipalité », estime Jean-Yves Macé. 

 

Nous sommes très préoccupés par les informations que nous collectons. Nous ne pouvons que craindre que cette liberté se réduise et fragilise l’avenir des MJC.

Jean-Yves Macé, président de MJC France

 

L’échéance de l’élection présidentielle 

 

Patrick Chenu, de son côté, signale l’existence de « stratégies de mise sous contrôle des associations locales ». Il mentionne des « coups de fil sur la programmation », avec des questions comme « vous êtes sûrs de vouloir diffuser ce film ? » ou des demandes d’accès au fichier des adhérents. « Bien sûr, ce n’est pas écrit. Si c’était écrit, on s’y opposerait de manière juridique », assure-t-il.  

« Les MJC sont de plus en plus soumises à des injonctions à la neutralité », déplore encore Jean-Yves Macé, et celles-ci ne viennent « pas seulement de la droite extrême ». « Le fait de donner la parole à tous va être considéré comme une prise de position », illustre le président de MJC France. « Nous sommes très préoccupés par les informations que nous collectons. Nous ne pouvons que craindre que cette liberté se réduise et fragilise l’avenir des MJC, s’inquiète-t-il encore. La coopération avec les pouvoirs publics ne doit jamais devenir une relation de dépendance politique. »  

« Le réel enjeu, évidemment, ce sont les budgets municipaux pour 2027, poursuit Jean-Yves Macé. Et bien sûr, les choix de société qui se jouent à travers l’élection présidentielle, qui sont pour nous essentiels, pour maintenir la liberté associative, le projet de transformation de la société auquel nous souscrivons et l’accueil inconditionnel ». Un plaidoyer est en cours de validation par les fédérations régionales, en vue de cette échéance, et sera publié mi-octobre.  

 

Les « richesses humaines » des MJC : des défis pour le recrutement et les gouvernances bénévoles  

Le réseau s’appuie sur l’investissement ponctuel ou régulier de 45 000 bénévoles, dont 12 200 dans les conseils d’administration. La majorité sont des femmes et des actifs. Il emploie aussi s22 700 salariés. 

« Nous n’échappons pas aux tensions actuelles sur les métiers de l’animation, témoigne Patrick Chenu. La question du maintien des moyens et notamment du soutien public est déterminante pour maintenir l’attractivité dans ces métiers ». Alors que des animateurs du périscolaire, à Paris et dans d’autres villes de France, sont mis en cause en raison de violences sexuelles commises contre des enfants, « nous proposons régulièrement des formations pour les équipes des MJC, notamment pour prévenir les violences sexistes et sexuelles dans les accueils collectifs de mineurs », précise Patrick Chenu.  

Pour ce qui est de trouver des bénévoles réguliers, un « vrai pilier de la vie associative », les MJC ne rencontrent pas de difficulté. « C’est plutôt le renouvellement des gouvernances » qui pose problème, avec « beaucoup d’initiatives de mise en place de co-présidences », décrit par exemple le directeur général de MJC France. « Les jeunes ne s’engagent pas moins, mais la nécessité de concilier qualité de vie et engagement est essentielle », poursuit-il. Cependant, il certifie que « le projet est hyper vivant aujourd’hui et la volonté de s’y impliquer est intacte ».  

 

Célia Szymczak 

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