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Par Deux minutes pour mieux vivre l'autisme - Publié le 12 janvier 2021 - 18:11 - Mise à jour le 22 janvier 2021 - 09:24
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Enfants autistes et confinement

1 enfant sur 100 naît aujourd’hui autiste : il connaitra des difficultés de communication avec son entourage et d’adaptation à son environnement. Il rencontrera des difficultés de socialisation et d’interaction. Il adoptera des comportements répétitifs, et développera des intérêts restreints. Il privilégiera des activités répétitives, et aura besoin de routines pour limiter son stress et son anxiété. 

Depuis mars dernier, la lutte contre la COVID-19 a plongé la France dans deux périodes successives de confinement ; nous obligeant à réduire nos interactions sociales, à adopter de nouvelles routines pour rythmer nos journées, et à limiter nos activités physiques et sociales.

Les médias rivalisent d’analyses quant aux effets de cette limitation de nos libertés sur notre santé physique ou mentale ; mais ils sont très peu nombreux à s’intéresser au cas spécifique des familles concernées par l’autisme d’un enfant.

Pourtant, ces exceptionnelles et inédites conditions de vie ne sont pas sans impact : elles posent indiscutablement de nombreuses questions au quotidien ; comme le dit si justement Joseph Schovanec, «  depuis ma petite enfance on m’a inculqué les codes de socialisation. Pendant toutes ces années les non autistes ont essayé de m’apprendre à  me socialiser ; à présent eh bien les rôles se sont inversés ;  ce sont les non autistes qui doivent apprendre à vivre à la façon autistique…. vous le voyez, notre monde vit une période tout à fait singulière ».( https://www.youtube.com/watch?v=BsxRHCFIlso&t=182s à 1MN 05)

Lors du confinement strict du printemps dernier, ce repli social a été pour certains enfants autistes l’occasion de trouver des temps de répit ou de repos ; ils n’avaient subitement plus à faire l’effort des intenses interactions sociales qu’exigent l’école, les centres de loisirs, la rue ou le parc. Ils ont pu ainsi vivre, plusieurs mois durant, des journées rythmées de façon ritualisée, avec moins d’imprévus et moins de sollicitations sociales.

Pour autant, le quotidien des familles s’est avéré très compliqué : garde des enfants, école à la maison, télétravail, changements de rythme et de planning, arrêt de nombreux soins, ont créé de multiples contraintes, un réel épuisement et de grandes tensions. 

En effet, beaucoup d’enfants autistes ne développent pas d’autonomie personnelle sans l’accompagnement et l’engagement permanent d’un adulte. Cette difficulté d’autonomie s’exprime dans les routines du quotidien, telles que se laver, manger, s’habiller… mais aussi sur les activités de jeux ou les temps d’apprentissage.  Aider un enfant autiste à progresser, à s’épanouir, à s’occuper seul est un défi de chaque instant.

Travailler ces compétences essentielles mobilise les adultes et demande une disponibilité immense ; une disponibilité de temps mais aussi une très grande disponibilité psychologique. Or, nous avons vu depuis le mois de mars, combien ce temps de confinement a demandé à chacun de sans cesse devoir se réajuster, s’adapter et réinventer. Les familles ont déployé une énergie incroyable pour réaménager un quotidien déstructuré, un quotidien où tous les repères avaient changé. Tout cela dans un isolement social particulièrement difficile à supporter ; elles se sont très rapidement épuisées. 

Le confinement est une expérience nouvelle, une période qui permet aux personnes non-autistes de réaliser ce que les personnes autistes vivent quotidiennement : la distanciation sociale.

Ce confinement permet aussi d’entrevoir l’effort demandé à un enfant autiste pour s’adapter à un monde où la socialisation, les interactions, la communication sont entrevus comme l’indispensable, l’essentiel. 

Priscilla Werba, Fondatrice de l'association Joker et orthophoniste au centre Bulle d'Air www.association-joker.org www.centrebulledair.com 

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