Coopérer pour soutenir l’innovation sociale : les enseignements d’un appel à projets mené par deux fondations d’entreprise
En 2023, la Fondation des solidarités urbaines et la délégation Île-de-France de la Fondation Macif ont lancé un appel à projets commun, consacré au pouvoir d’agir des habitants sur leur cadre de vie. Alors que la plupart des projets sont terminés ou sur le point de s’achever, démontrant leur impact et leur pertinence, les deux acteurs dressent un premier bilan de cette démarche encore peu répandue, visant à accompagner conjointement des initiatives ancrées dans les territoires franciliens.
Comment mieux soutenir les associations qui agissent au plus près des besoins des habitants ? C’est autour de cette question que la Fondation des solidarités urbaines et la délégation Île-de-France de la Fondation Macif ont décidé d’unir leurs expertises en 2023. Partageant des champs d’intervention proches et complémentaires, les deux structures ont souhaité jouer une partition à quatre mains en initiant et pilotant ensemble un appel à projets.
« Nous sommes convaincus par l’intérêt de développer des coopérations pour accompagner plus efficacement les projets portés par les associations au bénéfice des personnes les plus fragiles », explique Mathilde Pors, responsable de projets mécénat à la Fondation des solidarités urbaines.
Expérimenter une nouvelle manière de soutenir des initiatives innovantes
La thématique choisie - « le pouvoir d’agir ensemble sur son cadre de vie » - reflète ce qui lie les deux fondations, à savoir la conviction que les habitants doivent être associés aux décisions qui concernent leur environnement et prendre part à la construction de solutions adaptées à leurs besoins. L’appel à projets visait ainsi à soutenir des recherches-actions et des expérimentations « mêlant les thématiques de l’habitat et du lien social en zone urbaine. » précise Mathilde Pors. « La participation active des habitants d’un quartier dans les projets de transformation et de vivre-ensemble est une pièce essentielle du succès des initiatives que l’on voit naître, car elle permet de répondre au mieux à leurs besoins, et de valoriser leurs expériences et leur implication sur le long-terme. »
67 candidatures ont été reçues et 7 projets retenus, pour un montant global de 445 000 euros. Au soutien financier s’ajoutent un accompagnement dans l’ingénierie de projet, des mises en réseau et des temps de suivi réguliers.
Au-delà de l’utilité des projets aux territoires et à leurs habitants, il s’agissait pour chaque porteur de projet d’identifier des méthodes pertinentes, de produire des enseignements et de diffuser des pratiques susceptibles d’être reproduites plus largement, dans d’autres contextes.
La Fédération des centres sociaux et socioculturels de Paris (FCS75) a accompagné, dans quatre arrondissements, cinq centres sociaux dans la mobilisation d’habitants fragilisés par les transformations de leur quartier. Dans le 13e arrondissement, l’association 13 Avenir a créé une offre de répit destinée aux familles afin de faire émerger une dynamique collective autour du soutien à la parentalité. À Saint-Denis, la Maison Jaune a proposé aux habitants de se réapproprier leur cadre de vie à travers une programmation artistique participative mais le projet n’a pu aboutir. Le fonds de dotation makesense a quant à lui formé et permis le passage à l’action de plus de 1700 jeunes et responsables associatifs franciliens à l’action écologique dans les quartiers prioritaires. Dans le 18e arrondissement, l’Association pour la Gestion d’Espaces Temporaires Artistiques a co-construit avec les habitants la programmation culturelle du tiers-lieu Le Shakirail, et mis en place une gouvernance partagée. Démocratie Ouverte a travaillé au développement de méthodes de mesure et d’évaluation de la démocratie localemais le projet n’a pu être déployé intégralement. Quant au GRDR – Migration, Citoyenneté, Développement, sa recherche-action à Drancy permet d’accompagner les résidents d’anciens foyers de travailleurs migrants transformés en résidences sociales et de leur redonner accès à une dynamique collective et participative, ouverte sur la ville.
« Nous avons eu à cœur de soutenir des projets en phase de lancement, où les habitant.e.s sont parties-prenantes des projets et pas seulement bénéficiaires, souligne Mathilde Pors, avec une ambition de pouvoir apporter des changements sur le cadre de vie. Il s’agissait, grâce aux associations lauréates qui portent les projets, de donner aux habitants les moyens d’agir sur leur quotidien, d’améliorer leurs conditions de vie en agissant concrètement. »
Des regards croisés sur la sélection et l’accompagnement
La pertinence de la démarche réside autant dans les projets soutenus que dans la manière dont elle a été menée. Les deux fondations ont dès le départ mis en commun leurs méthodes, leurs expertises et leur regard sur la définition de la thématique et sur les candidatures. La Fondation Macif a contribué à l’analyse des notes d’intention, aux auditions et aux jurys de sélection aux côtés de la Fondation des solidarités urbaines, qui a également assuré le pilotage opérationnel du dispositif et le suivi des lauréats. « Nous avons souhaité associer nos réseaux, nos moyens humains et financiers, et nos compétences respectives. », indique Mathilde Pors.
Les échanges ont été instructifs lors des différentes phases de sélection, démontrant une complémentarité fructueuse. « C’était très intéressant car nous avions des approches assez différentes des dossiers. C’était notamment une grande nouveauté pour nous de soutenir des projets d’expérimentation ou de recherche-action et pouvoir découvrir ce type de projets nous intéressait beaucoup », souligne Philippe Delacourt, chargé de domaine Fondation MACIF – ESS sur le territoire Ile-De-France, binôme de Mathilde Pors tout au long de l’appel à projets aux côtés de Charlotte Tollis, chargée de mission pour la Fondation Macif et d’Agnès El Majeri, directrice de la Fondation des solidarités urbaines.
Ces différences viennent élargir le champ des interactions. « Nous n’avions pas les mêmes questions lors des auditions des porteurs de projet, ce qui rendait les échanges d’autant plus complets.» Pour Philippe Delacourt, cette coopération s’est déroulée dans un climat de confiance particulièrement constructif. « Nos discussions ont toujours été productives. Nous n’avons eu aucune difficulté à trouver nos lauréats. »
Pour Stéphanie Cherreau, qui endosse le double rôle de déléguée nationale pour la Macif et administratrice de la Fondation des solidarités urbaines, les rencontres avec les porteurs de projets ont même constitué l’un des temps forts de cette aventure commune. « On a rencontré des acteurs associatifs qui se démènent pour améliorer la vie des habitants, avec force et dynamisme. On se sent utile à soutenir ces actions. »
Au cours de l’accompagnement qui a suivi, les deux fondations ont également mis en place des rendez-vous réguliers. « Nous avons opté pour un suivi rapproché des associations lauréates, explique Mathilde Pors, pour pouvoir les rencontrer plusieurs fois par an, afin de suivre les avancées des projets et échanger : actions réalisées, difficultés rencontrées, satisfactions et enseignements. Ces temps d’échanges sont précieux pour comprendre les projets, mieux connaître nos interlocuteurs, et ainsi être plus à même de les valoriser auprès de nos réseaux respectifs. » Des rendez-vous de bilans intermédiaires et finaux, en présence de la directrice de la Fondation des solidarités urbaines et de la chargée de programmes nationaux de la Fondation Macif sont également venus rythmer les partenariats.
Une expérience qui enrichit durablement les pratiques
Trois ans après le lancement de l’appel à projets, les bénéfices de cette coopération dépassent le cadre des projets soutenus. « Ce qui était intéressant, abonde Philippe Delacourt, a été de confronter nos méthodes et de voir si nous pouvions en tirer des bonnes pratiques. » La Fondation Macif a notamment découvert l’approche – et l’outil – développés par la Fondation des solidarités urbaines en matière de suivi, d’évaluation et de valorisation des projets. « Il faut également souligner la grande qualité des livrables que fournit la Fondation des solidarités urbaines. C’est très accessible et pédagogique. » Un point de vue partagé par Stéphanie Cherreau, qui salue elle aussi la capacité de la Fondation des solidarités urbaines à faire vivre les projets au-delà du financement. « C’est une petite équipe et pourtant il y a une dynamique importante dans la communication autour des projets par des podcasts, des fiches techniques, les “Cahiers de la Fondation”, les rencontres avec les lauréats. »
De son côté, la Fondation des solidarités urbaines a bénéficié de l’expérience d’un acteur implanté nationalement, reconnu pour son réseau associatif et son expérience de plus de trente ans. « Nous avons également pu orienter certaines associations vers le programme Pin’s, créé par la Fondation Macif et l’Avise il y a dix ans pour faciliter l’essaimage des innovations sociales en France », précise Mathilde Pors.
Cette coopération a enfin permis aux deux structures de prendre du recul sur leurs propres pratiques et d’envisager de nouvelles formes de collaboration. C’est en tout cas ce que valorise Mathilde Pors : « L’appel à projets commun a permis de “prendre de la hauteur”, de comparer, questionner ou au contraire de renforcer certaines de nos pratiques. »
Alors que la plupart des projets soutenus sont aujourd’hui achevés (ou presque), les deux fondations poursuivent leur travail de capitalisation. Une démarche qui confirme l’intérêt de mutualiser les expertises au service des associations et des habitants. Pour les porteurs de projets, l’intérêt est majeur : bénéficier, en un seul appel à projets et un seul dossier de candidature, du soutien et de l’accompagnement de deux fondations engagées.
En 2025, la Fondation des solidarités urbaines a renouvelé l’expérience en lançant un nouvel appel à projets commun avec la Ville de Paris sur un thème au cœur de sa mission : une « Ville solidaire et résiliente ».