"Ils savent tout" : ce que vivent les frères et sœurs quand un enfant est hospitalisé
Dans le cadre de sa série Parlons Parentalité, la Fondation Ronald McDonald donne la parole à Dre Élodie Adler, pédiatre et autrice de « La santé de mon enfant sans stress » et créatrice de contenu (@Doctochou), pour éclairer un sujet peu mis en lumière : la place et le vécu de la fratrie lors de l'hospitalisation d'un enfant.
Dans ce contexte, l’attention se concentre naturellement sur l’enfant hospitalisé, laissant parfois en second plan les autres enfants, eux aussi concernés. Les frères et sœurs de l'enfant hospitalisé traversent également, à leur façon et selon leur âge, quelque chose de déstabilisant. Incompréhension, peur, jalousie, sentiment d'abandon : autant d'émotions qui méritent d'être nommées, reconnues, et accompagnées.
C'est ce que rappelle la Dre Élodie Adler dans le dernier épisode de la série Parlons Parentalité, produite par la Fondation Ronald McDonald dans le cadre de ses Ateliers de la Parentalité. Pédiatre très suivie sur les réseaux sociaux sous le nom @Doctochou, où elle compte près de 160 000 abonnés, elle vulgarise les sujets liés à la santé des enfants. Elle a su construire au fil des années un espace de confiance où les parents trouvent des réponses concrètes à leurs questions du quotidien. Dans cet épisode, elle aborde sans détour ce que traversent les fratries lors de l’hospitalisation d’un enfant, et ce que les parents peuvent faire pour les accompagner au mieux.
L’âge influence les réactions
La première nuance qu'apporte la Dre Adler est essentielle : le vécu de la fratrie dépend fortement de l'âge des enfants concernés. Les plus jeunes, qui n'ont pas encore les outils cognitifs pour comprendre ce qui se passe, sont souvent dans l'incompréhension totale. Ils perçoivent le bouleversement, l'absence d'un parent, les visages préoccupés, sans pouvoir le décoder. Le décalage entre ce qu'ils ressentent et ce qu'ils sont en mesure de comprendre est en lui-même une source de stress et d'angoisse.
Ce qui traversent universellement tous les enfants dans cette situation, c’est la peur. La peur de perdre son frère ou sa sœur, la peur de ne plus retrouver ses parents comme avant, la peur que quelque chose d'irréparable soit en train de se passer, la peur d’être mis de côté. La peur reste muette chez l’enfant, qui se retient, se fait petit et laisse sa place aux autres.
Et puis il y a la jalousie, ce sentiment rarement évoqué dans ce contexte, parce qu’il semble inconvenant, presque honteux.Pourtant, quand les parents passent leurs journées à l'hôpital, quand toute l'attention familiale se concentre sur l'enfant en soin, quand les routines s'effondrent et que les repères disparaissent, il est tout à fait naturel que les frères et sœurs ressentent un sentiment d'abandon. Non pas par égoïsme, mais parce qu'ils sont des enfants, que les enfants ont besoin d'être vus, aimés, et qu’ils ont besoin de la présence de leurs parents.
"Ils peuvent avoir des sentiments de jalousie aussi, qui peuvent naître si on a l'impression qu'ils sont un peu délaissés par leurs parents."
La vérité comme socle
Face à ces réalités, la Dre Adler est formelle sur un point : "Les enfants savent tout". Une évidence qui ne l'est pas toujours dans les faits, tant le réflexe protecteur des parents les pousse parfois à minimiser, à édulcorer, à différer l'explication. Or les enfants perçoivent beaucoup de choses, comme les chuchotements, les pleurs retenus, les regards échangés par-dessus leur tête. Leur imagination, livrée à elle-même, produit souvent des scénarios bien plus anxiogènes que la réalité.
Dire la vérité ne signifie pas tout dire, ni de n'importe quelle façon. Cela signifie adapter le discours à l'âge, utiliser des mots simples, répondre honnêtement aux questions posées, et surtout ne pas laisser l'enfant seul face au vide de ce qu'on ne lui dit pas. Pour cela, il existe des supports concrets qui peuvent grandement aider : la Dre Adler cite notamment l'association Sparadrap, spécialisée dans l'accompagnement des enfants confrontés aux soins et à l'hôpital, dont les outils sont particulièrement bien conçus pour expliquer la maladie aux plus jeunes.
Des livres adaptés, lus ensemble, peuvent également ouvrir des espaces de dialogue précieux, permettant à l'enfant de poser des questions, d'exprimer ses peurs, de trouver dans les mots des autres un écho à ce qu'il ressent sans savoir le formuler. Comme "Ma drôle de chambre" d'Hélène Romano illustré par Adolie Day.
Prendre soin en PRESERVANT la routine
Au-delà de la parole, la Dre Adler insiste sur un levier souvent sous-estimé : le maintien de la routine. Poursuivre sa scolarité, pratiquer ses activités, retrouver ses amis, manger à heure fixe, tout ce qui, en temps normal, structure le quotidien d'un enfant devient, en période difficile, un véritable ancrage. Un signal que la vie continue, que les repères tiennent, que même si le quotidien est chamboulé, on peut garder un peu de stabilité.
"C'est assez important de garder une routine, que les autres enfants de la fratrie ne se sentent pas délaissés et gardent leurs habitudes quotidiennes."
Pour les parents, maintenir ces routines peut sembler dérisoire face à l'ampleur de ce qu'ils traversent. C'est pourtant l'un des gestes les plus concrets qu'ils puissent réaliser pour protéger leurs autres enfants, et souvent, l'un de ceux que les fratries retiennent plus tard comme les plus importants.
Communiquer, questionner, ne pas rester seul
Dre Adler revient sur son principal conseil : l'importance de la communication active avec les enfants de la fratrie. Non pas un discours descendant, mais un vrai dialogue, poser des questions concrètes, écouter les réponses sans les minimiser, accueillir les émotions même quand elles sont inconfortables. "Comment tu te sens ? Tu as peur de quelque chose ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui te préoccupe ?" : des questions simples qui peuvent ouvrir la discussion.
Lorsque la charge émotionnelle devient trop lourde à porter, pour les enfants comme pour les parents, Dre Adler rappelle l'intérêt de faire appel à une personne extérieure : un psychologue, un pédopsychiatre ou encore les médecins référents de l'enfant hospitalisé, qui peuvent souvent orienter vers les bons interlocuteurs. Chercher de l'aide n'est pas un aveu de faiblesse : c'est reconnaître que certaines situations dépassent ce qu'une famille peut traverser seule, et cela permet d’agir en conséquence.