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Par Fondation RTE pour les ruralités - Publié le 1 avril 2026 - 09:54 - Mise à jour le 1 avril 2026 - 10:24
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Quelles stratégies face à l’injonction de la transition écologique pour les territoires ruraux ?

En avril 2025, une phrase d’Agnès Pannier-Runacher, alors ministre de Transition Ecologique, a mis le feu aux poudres. En évoquant les restrictions liées à la vignette Crit’Air 3, elle a laissé entendre que « les moins riches » n’avaient pas de voiture. Une remarque mal vécue par beaucoup d’habitants des zones rurales, pour qui la voiture n’est pas un confort, mais une nécessité. Derrière cette polémique, un malaise plus profond apparaît : celui d’une partie de la population qui a le sentiment d’être pointée du doigt dans la lutte contre le changement climatique, sans que ses contraintes quotidiennes soient réellement prises en compte.

Or les modes d’habitation et de déplacement sont de facto questionnés par l’urgence écologique. Les populations rurales, celles qui sont les plus éloignées de toutes les commodités du quotidien et des services, sont soumises à des injonctions contradictoires pour prendre leur part dans cet effort collectif. A l’invitation de la Fondation RTE pour les ruralités, Benoît Coquard, sociologue de l’Inrae et auteur de « Ceux qui restent : Faire sa vie dans les campagnes en déclin » (La Découverte, 2019), a partagé son analyse sur cette fracture grandissante entre politiques environnementales et réalités rurales aux salariés de RTE, le 12 mars dernier. Retour sur sa conférence éclairante et sur des initiatives associatives qui répondent à ces enjeux.

 

Un style de vie rural ?

Premier constat : il n’y a pas un mode de vie rural uniforme.

Les conditions de vie en ruralités recouvrent des réalités multiples, selon que l’on vive dans une région touristique, agricole ou ayant connu la désindustrialisation. Mais, malgré cette diversité, deux éléments structurent la vie de nombreux ménages vivant dans les campagnes : la voiture et la maison individuelle.

Dans des villages où les cafés, commerces ou lieux de sociabilité ont souvent disparu, la maison individuelle, souvent rénovée par soi-même, devient un point central de la vie sociale comme le décrit Benoît Coquard. On s’y retrouve entre amis, en famille, et c’est dans l’espace privé que se rejoue le lien collectif. Et, face à la délocalisation des entreprises, des services publics et des lieux où se fabrique le lien social, la voiture est souvent indispensable : elle ne sert pas seulement à aller travailler mais aussi à ne pas être isolé.

 

Une dépendance qui fraGilise

Ce mode de vie a un coût, et il pèse de plus en plus lourd.

Entre le crédit immobilier, les dépenses énergétiques et le carburant, les budgets sont souvent sous tension. Pour certains ménages, faire le plein devient “la dépense de trop”. Cette fragilité s’explique aussi par des dynamiques de fond : moins d’emplois locaux, plus de contrats précaires, des services publics qui se raréfient. Résultat : en se déplaçant davantage, les habitants dépensent plus.

« On sait que le carburant représente souvent le « billet de trop » qui plombe les comptes des jeunes ménages déjà endettés pour accéder à la propriété et souvent exposés aux contrats courts non renouvelés ou aux licenciements économiques. Cet enchevêtrement des coûts de la mobilité individuelle est la conséquence d’une économie rurale qui se délocalise, avec le retrait de l’État en toile de fond et la restriction des perspectives d’avenir. » Benoît Coquard, « Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin. » (La Découverte, 2019)

 

Pourquoi certaines politiques publiques écologiques passent mal ?

Les politiques environnementales, pourtant nécessaires face à l’urgence climatique, se heurtent souvent à ces réalités.

Qu’il s’agisse de la taxe carbone de 2018, des restrictions de circulation ou de la lutte contre l’artificialisation des sols (loi ZAN), beaucoup de mesures sont perçues comme déconnectées du terrain mais aussi injustes.

La dépendance à des systèmes centralisés (énergie, carburant, emploi éloigné) rend les territoires ruraux particulièrement vulnérables aux crises, qu’elles soient économiques, sociales ou climatiques. C’est là que l’approche de la robustesse, concept décrit par Olivier Hamant, prend toute sa place : une société robuste est une société capable d’absorber les chocs. Or ici, le moindre choc externe peut déséquilibrer tout un mode de vie.

 

Accompagner les transitions : le rôle clé des associations

Alors, comment avancer sans creuser davantage les fractures sociales et territoriales ? Un levier clé à activer passe par les acteurs de terrain, et notamment par les associations. Parce qu’elles sont proches des habitants et ancrées localement, elles peuvent proposer des solutions concrètes, adaptées aux besoins réels.

Certaines initiatives montrent déjà la voie :

  • des dispositifs de location de véhicules électriques à prix solidaire, comme le fait Optimess dans la Drôme en louant des véhicules solidaires électriques pour permettre à tous l’accès à la mobilité.
  • des formes d’habitat plus légères et moins coûteuses, à l’instar de Hameaux légers, qui propose un habitat individuel mais réversible et sans emprise au sol dans plusieurs régions.
  • Des écoles pour former les jeunes aux enjeux et aux métiers de la transition écologique, telles que le réseau des écoles ETRE
  • ou encore des projets collectifs autour de l’écologie et de la solidarité comme l’Institut Natura e Teoria Pireneus avec son laboratoire écologique en Ariège  

Ces actions ont un avantage déterminant : elles ne reposent pas sur la contrainte, mais sur l’adhésion collective. Elles permettent de créer de la cohésion sociale en impliquant les habitants, qui, plutôt que d’avoir le sentiment de subir, agissent !

 

Réconcilier transition et justice sociale

Le défi est clair : réussir la transition écologique sans opposer les territoires ni les modes de vie. Cela suppose de reconnaître une réalité souvent ignorée : dans les campagnes, beaucoup de pratiques sont déjà sobres, par contrainte mais aussi par choix.

Plutôt que de fragiliser ces équilibres, l’enjeu est d’opérer des transformations en prenant en compte la diversité des territoires, les contraintes structurelles (dépendance à la voiture, coûts de l’énergie, distance, modes de vie) et de s’appuyer sur des relais locaux. Là encore, comme souvent, les associations ont un rôle fondamental à jouer.

 

Sources :

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