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Par Lire pour en sortir - Publié le 14 août 2018 - 11:37 - Mise à jour le 28 août 2018 - 10:03
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Rencontre avec Marion Messina à la maison d'arrêt de Saint-Etienne

Le 8 août 2018, un jour de canicule en France, Marion Messina est venue présenter son livre « Faux départ » à la maison d’arrêt de Saint-Etienne. Pas moins de 20 personnes étaient réunies autour d’une table dans une salle de classe. Dans l’écoute et le respect de la parole de chacun, l’échange a porté sur des sujets de société tels que la pauvreté, la révolte sociale et les conditions d’incarcération.

Rencontre avec Marion Messina à la maison d'arrêt de Saint-Etienne

Marion Messina, fille d’ouvriers grenoblois, se trace un chemin dans le monde des études supérieures à la sortie du baccalauréat. Elle passe deux années à la fac, fait un bond vers le monde éditorial parisien puis part étudier les sciences politiques au Québec. Elle revient en France et se lance dans un BTS agricole après avoir pris part à un café paysan à Grenoble.

Elle bataille à comprendre tous les recoins du système universitaire, à se créer son propre réseau, à étudier les codes sociaux d’un monde qu’elle ne connaît pas, tout en restant fière de son milieu d’origine.

 

« Le livre est une des formes d’art les plus vivifiantes pour l’esprit » Marion Messina

Cet ouvrage représente une génération qui dépasse le niveau d’étude de ses parents, sans être aidée par le système. Sur ce sujet, Marion Messina est ravie de prendre la parole pour la classe populaire et décortiquer les paramètres des inégalités sociales qu’elle a affrontées. Elle choisit le roman car c’est un genre accessible qui parle à tout le monde. Selon elle, « le livre est une des formes d’art les plus vivifiantes pour l’esprit », où l’imagination du lecteur est incitée et l’appropriation du message est facilitée par des mots qui ne martèlent pas la pensée mais qui ne font que la suggérer.

Faux départ, sur une base autobiographique, parle du parcours d’une jeune fille entre ses dix-huit et ses vingt ans. Elle raconte la vie quotidienne, les galères, les études, les amours. Ses ambitions professionnelles sont vites ramenées à terre par un plafond de verre. Le ton est à l’humour, un feu intérieur guide la plume de Marion.

 

« La pauvreté est à deux niveaux : celui de l’argent, et celui de l’esprit. » Marion Messina

Si le livre est un moyen de s’exprimer pour l’auteur, il a été un support pour libérer la parole de chacun lors de cette rencontre. La prison de Saint-Etienne est une maison d’arrêt, c’est-à-dire pour les courtes peines. Les personnes ont été incarcérées pour des petits délits ; on y retrouve une population jeune, peu instruite, issue de milieux populaires majoritairement. La problématique de la pauvreté, ils connaissent. « La pauvreté est à deux niveaux : celui de l’argent, et celui de l’esprit » affirme Marion Messina.

 

« La prison m’a sauvé, parce que j’ai lu. »

Mais avoir les moyens de s’instruire peut changer un destin. Joakim *, en montrant le livre de Marion Messina, Faux départ, affirme : « Ça, c’est une source en prison. ». Une bénévole cite une personne détenue qui participe au programme de lecture : « La prison m’a sauvé, parce que j’ai lu. » Par ailleurs, elle conseille aux personnes incarcérées de profiter de la prison pour se créer un réseau, avec des enseignants, des CPIP, afin d’avoir des liens tissés à leur sortie.

 

« On peut être heureux après avoir été en colère. »

Peut-on être heureux en prison ? Amed * s’exprime : « Lors de mon premier séjour en prison, j’étais pressé de sortir. Maintenant je n’attends plus, mais je profite de chaque instant. Dehors, on est inquiet de la police. Ici, j’ai du temps et je suis plus apaisé. » Michèle, une bénévole, affirme que la colère est saine. « Cultivez votre colère. Il faut en faire quelque chose de bien. Je l’ai fait bifurquer en lisant, en écrivant, en militant. » Avec humour, Julien * y répond « Ce n’est pas toujours bénéfique d’écrire. Je lui ai écrit au juge, il m’a mis trois mois de plus. » Marion Messina ajoute : « Il faut avoir conscience du système et être en colère pour le changer. Néanmoins il faut être heureux de vivre pour changer le système. » Encore faut-il avoir la possibilité de changer le système. Farid lance, avec une pointe d’humour, : « Si on est trop en colère, on finit direct au 4e étage (NDLR : le mitard) ». Il faut trouver des moyens de vivre heureux dans les conditions dans lesquelles on vit. Ahmed conclue : « Je pense qu’on peut être heureux après avoir été en colère. »

 

De cette rencontre, on y retient un échange intense sur la pauvreté, la manière d’en sortir tout en gardant sa force et ses valeurs. Une fois sortie de la salle, on se rappellera d’une énergie vorace de se révolter de manière intelligente, notamment par le livre ; on se rappellera également d’un humour et d’une joie de vivre qui font sourire.

 

* Les prénoms ont été changés.

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