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Par Carenews PRO - Publié le 24 janvier 2019 - 12:45 - Mise à jour le 25 septembre 2019 - 13:45
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Entreprises sociales : quels modèles en Espagne et au Portugal ?

Les entreprises sociales en Europe font de plus en plus parler d’elles. Si le secteur est effectivement en pleine ébullition, il reste difficile de mesurer son développement car la définition d’une entreprise sociale varie selon les pays. Même à l’échelle nationale, le concept se décline sous des formes multiples et suscite le débat. C’est le cas en France, où le secteur regroupe des entreprises agréées ESUS, des modèles hybrides (associations/sociétés anonymes), ou encore des B Corp. Qu’en est-il chez nos voisins européens ? Coup de projecteur sur les acteurs de l’écosystème de l’entrepreneuriat social en Espagne et au Portugal. Comme en France, la question centrale qui se pose pour les entreprises sociales en Espagne et au Portugal est celle du modèle économique. Dans les 2 pays, l’économie sociale et solidaire est fortement implantée et il peut être culturellement difficile de concilier le social et la viabilité économique. Par ailleurs, ni l’Espagne ni le Portugal -contrairement à l’Italie - n’ont un cadre juridique spécifique aux entreprises sociales.

Entreprises sociales : quels modèles en Espagne et au Portugal ?

 

Les entreprises sociales souffrent d’une absence de cadre juridique spécifique

 

« En Espagne les entreprises sociales ne correspondent à aucune des catégories juridiques existantes », explique Leire Vega, chargée de communication chez Unlimited Spain, un accélérateur de start-ups qui encourage l’innovation dans les domaines de la ville durable, de la santé et de l’agroalimentaire. Chacun établit alors sa propre définition : ‘UnLtd évalue les entreprises à l’aune de leur impact social. Nous sommes convaincus que la viabilité financière en est un élément clé, c’est pourquoi notre programme n’est pas destiné aux ONG ». Depuis le début de ses opérations en Espagne il y a trois ans, Unlimited Spain a soutenu plus de 50 entreprises sociales. La quasi-totalité d’entre elles sont des sociétés à responsabilité limitée.

De ce vide juridique découlent un manque de soutien de la part du gouvernement, des difficultés à obtenir des financements, et un manque de visibilité auprès de l’opinion publique. Daniel Serón, responsable de la Coalition des entreprises pour une économie bas carbone et circulaire de la Fondation Ecodes pour l’économie et le développement, basée à Saragosse, le déplore: « sans figure juridique propre, il nous est difficile de donner de la visibilité à ce type d’entreprise ».

 

Au-delà de la diversité des modèles, des défis communs pour les entrepreneurs sociaux

 

Carlos Azevedo est co-fondateur de l’IES Social Business School au Portugal. Son organisation a formé au niveau international plus de 5000 entrepreneurs sociaux. Après des années d’expérience dans le secteur, sa conclusion est que le statut juridique est seulement un moyen de générer de l’impact : ‘Aujourd’hui, je ne pense plus qu’un statut juridique spécifique soit nécessaire, parce que cela diviserait le secteur social en silos. Le cadre juridique actuel au Portugal est selon moi suffisant pour que les entreprises sociales se développent’.

Malgré leur grande diversité, les entreprises sociales des deux pays rencontrent des difficultés communes. De l’avis général, il en est ainsi du développement des nouvelles technologies dans le secteur social et de la « tech for good ». Celle-ci s’accompagne de l’arrivée de collaborateurs qui n’ont pas les mêmes compétences, les mêmes motivations ni les mêmes attentes salariales. Pour retenir cette nouvelle génération d’employés, il faut savoir innover et générer des revenus suffisants.

 

Essor des entreprises à ‘double objectif’, économique et social

 

Comme en France, les entreprises traditionnelles au Portugal et en Espagne portent un intérêt croissant à des considérations sociales, environnementales et de gouvernance. Même si elle n’est pas investie d’une mission sociale à proprement parler, une entreprise peut décider de développer ses activités de manière plus responsable, ajoutant un objectif social à son objectif économique. Ce nouveau modèle fait des émules dans le secteur privé, comme l’indique la montée du mouvement B Corp en Europe. Un mouvement qui rassemble des entreprises à double objectif – économique et social – qui s’engagent à mesurer, faire auditer et rendre public leur impact social et environnemental.

En France, on compte 60 entreprises certifiées « et ça en seulement deux ans », précise Benjamin Enault de l’organisation Utopies, partenaire de B Corp en France.  Il ajoute par ailleurs « que [B Corp] reçoit à présent des demandes de grandes entreprises, ce qui n’était pas le cas auparavant ». Le groupe Danone, par exemple, a fait certifier 9 de ses filiales depuis 2015 et ambitionne d’obtenir la certification B Corp au niveau mondial. En Espagne, la croissance du mouvement B Corp est de l’ordre de 20 %, avec 53 entreprises actuellement certifiées.

Cette diversité des expériences en Europe est un signal positif : elle montre que l’entrepreneuriat social est sur la voie de la maturité. Reste maintenant à voir comment ce mouvement va évoluer au cours des prochaines années. Et s’il réussira à se structurer, au niveau national et européen.

 

Sophie Chauliac

Consultante Stone Soup

 

Stone Soup Consulting est un cabinet de conseil expert en mesure de l'impact social. Il est certifié B Corp. Initialement basé en Espagne et au Portugal, Stone Soup a développé un réseau de consultants dans une dizaine de pays d'Europe, Amériques et Afrique du Nord.

 

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