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Par Le RAMEAU - Publié le 1 février 2019 - 09:42 - Mise à jour le 1 février 2019 - 09:50
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Cessons de dévaloriser les organisations !

A l’initiative du Pacte Civique, Le RAMEAU a été très honoré de pouvoir témoigner de son retour d’expérience lors de la Nuit des idées du 31 janvier 2019. Le thème : « face au présent, comment changer d’échelle, dans l’engagement individuel et collectif pour construire un futur désirable ? » nécessite de prendre le temps de la réponse. Les événements actuels, en France et dans le monde, m’incitent à vous conter un récit. Celui du jardinier que je suis, de la graine plantée en 2006 aux premières récoltes de 2018. 12 ans d’observation et d’expérimentations sur notre capacité collective à co-construire le bien commun ; autrement dit à « faire alliance » entre mondes différents pour inventer un XXIème siècle plus fraternel, plus équitable et plus durable.

Cessons de dévaloriser les organisations !

2006 – La graine : la création du RAMEAU

   - Tout a commencé par un constat : notre modèle collectif étant à bout de souffle, notre incapacité à prendre le recul suffisant pour le voir allait engendrer une crise financière qui entraînerait une crise économique qui susciterait une crise sociale grave, qui aurait pour conséquence une crise politique sans précédent … qui mettrait en risque notre capacité à « Faire société ».

   - Face à ce risque, une intuition, une hypothèse de recherche : si nous apprenons à « faire alliance » entre mondes riches de leurs différences, nous pourrons inventer les modèles qui permettront d’enrailler cette spirale infernale.

   - A cette époque ni les mots « co-construction » ou « bien commun » ne sont dans le vocabulaire et j’ai commencé par devoir expliquer les raisons de cette intuition. Une anecdote : en 2007, je suis auditionné par la Commission « Entrepreneur, Entreprise et Société » du MEDEF qui m’écoutera avec scepticisme mais attention … puis quelques mois plus tard en 2008 ses membres m’invitent à les rejoindre … le début de la prédiction ayant alors débuté.

2008-2015 – Le tronc : les enseignements de l’Observatoire des partenariats sur ce qu’espèrent les Français depuis 10 ans

Sous l’impulsion de la statisticienne et philosophe Anne Robin, la Caisse des Dépôts et Le RAMEAU créent en 2008 l’Observatoire des partenariats, en y associant la CPCA (devenue le Mouvement associatif) et le MEDEF. Aux côtés des expérimentations de terrain réalisées par le RAMEAU pour capter les « signaux faibles », les études statistiques et scientifiques de l’Observatoire permettent de suivre la maturité progressive des citoyens, des organisations et des territoires sur le mouvement de co-construction au service du bien commun. Les regards croisés entre la perception des citoyens, des associations, des entreprises et des maires permettent alors de comprendre notre capacité collective à « faire alliance ».

Ne pouvant pas tout développer à l’occasion de la Nuit des idées, je me focaliserai sur ce que les citoyens nous ont dit.

   - 2008 : 86% des Français pensaient alors qu'il était urgent que les entreprises et les associations travaillent ensemble pour répondre aux défis de notre société … mais seulement 54 % d'entre eux pensaient que ces organisations seraient assez sages pour dépasser leurs clivages.

   - 2012 : 84% des Français déclaraient toujours l'urgence, mais leur confiance s’effondrait puisque ce n'était plus que 39 % qui estimaient que c’était possible (… ce sont ceux qui le constataient sur le terrain puisque cela correspondait à la moyenne des pratiques des organisations).

   - 2015 : Si l'urgence est rappelée alors par les Français, elle est étayée par trois convictions qu’ils expriment avec force :

         - Il faut réconcilier économie et intérêt général … ils font confiance au TPE / PME pour le faire (cela n’a pas changé selon l'étude CEVIPOF – En qu(o)i les Français ont-ils confiance aujourd’hui ? – Janvier 2019),

        - L'alliance doit avoir pour objet en priorité l'innovation et non pas seulement la solidarité … autrement dit, il est nécessaire de passer du « face-à-face » pour donner les moyens au « côte à côte » pour agir ensemble.

        - C'est sur les territoires que ce mouvement est possible … et s’incarne déjà. Ces derniers jouent en effet le rôle d’un espace commun à taille humaine pour expérimenter de nouvelles solutions.

À ces convictions, les Maires leur répondent en 2016 qu'ils constatent que ce mouvement de co-construction territoriale pour répondre ensemble aux défis locaux est déjà à l'œuvre même s’il est tout juste en émergence, et que 46 % d'entre eux ne savent pas encore comment le piloter.

2016-2018 - Les fleurs … avant les fruits

12 ans d'observation des territoires et des organisations pionnières en matière d'alliances innovantes au service du bien commun permettent de faire trois constats :

   - Les « artisans du bien commun » sont nombreux et à l'œuvre grâce à leur engagement pour inventer de nouvelles solutions qui permettent de réduire les fragilités et de faire émerger de nouveaux moteurs de croissance et d'emploi… mais ce n'est pas suffisant.

   - Les « projets cèdre du Liban » qui permettent de répondre à l'ampleur des enjeux collectifs sont pour une bonne partie déjà plantés … mais il faut attendre qu’ils portent pleinement leurs fruits. Cela prend du temps, et nous devons collectivement gérer l’urgence en attendant leur pleine capacité à déployer leurs solutions. Pour y parvenir, la condition sine qua none est donc que les territoires sur lesquels ils sont implantés les cultivent et leur accordent la valeur suffisante pour laisser le temps à l’expérimentation de porter ses fruits.

    - Les « territoires de confiance » existent … même s’ils ne sont pas écoutés ! Le livre « L’Alchimie du bien commun » [1] l’illustre par des exemples concrets.

Alors pourquoi, alors que les conditions de « l’alchimie du bien commun » sont réunies, et que nous savons déjà en proximité créer les conditions d’une mobilisation collective des énergies pour répondre aux défis locaux, nous ne savons pas le voir collectivement ?

Il faut chercher en 1791 l’une des raisons de cette incapacité à transformer nos engagements individuels en force collective au service du bien commun. La loi Le Chapelier déclare alors « il ne doit rien y avoir entre l’Etat et le citoyen ». Les organisations deviennent alors des « corps intermédiaires » nuisibles. Le vocabulaire utilisé montre à quel point la Puissance publique est en doute depuis 200 ans sur l’utilité des organisations.

Pourtant, c’est nier que nous avons individuellement et collectivement besoin des organisations ; non seulement pour agir efficacement, mais aussi pour nous épanouir en profondeur. Les projets doivent s’incarner dans des espaces structurés où le corps social que constitue l’organisation peut permettre à chacun de trouver sa « juste » place et du sens à son engagement.

Cette négation collective de l’utilité des organisations est une erreur politique historique, et un non-sens stratégique aujourd’hui où plus que jamais nous avons besoin que les nouvelles solutions soient expérimentées sur le terrain avant de ne vouloir les déployer trop vite.

Seules les organisations savent capter les « signaux faibles », comprendre en profondeur les besoins et tester des façons d’y répondre avec pertinence. Elles sont le lieu de l’engagement, de l’expérimentation et de la construction collective.

Que faire alors dans le contexte actuel de crise de confiance que nous vivons ?

La réponse est plus simple qu’il n’y paraît :

   - Valoriser le pouvoir d’agir de nos concitoyens,

   - Respecter le système institutionnel, seul légitime pour être garant de l’intérêt général (…seul garant ne veut pas dire seul porteur !!!),

  - Redonner une place aux organisations, et notamment aux plus petites d’entre elles, qui sont par essence à la fois plus agiles et plus innovantes.

Enfin, sachons collectivement écouter les territoires où la co-construction des solutions est déjà une réalité à l’œuvre. Alors nous pourrons (re)donner confiance à chacun d’entre nous sur notre capacité collective à relever les défis structurels actuels.

N’ayons pas peur, faisons le « pari de la confiance » !

 

[1] Livre « L’Alchimie du bien commun » (Fondation pour la co-construction du bien commun, octobre 2018)

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