[LIVRE] « Charité bien ordonnée : Révélations sur la Croix-Rouge française »

[LIVRE] « Charité bien ordonnée : Révélations sur la Croix-Rouge française »
Le monde de la solidarité, les associations et le mécénat sont aussi des objets de lecture. Sur Carenews, vous pouvez en retrouver le compte rendu ou l’analyse. Aujourd’hui, nous nous intéressons à l'enquête de Bénédicte Poirier et Yohan Blavignat : « Charité bien ordonnée : Révélations sur la Croix-Rouge française ».


 

 

Pendant plus d’un an, ces deux journalistes ont rencontré une vingtaine de personnes qui ont accepté de témoigner : des bénévoles, des cadres et des salariés de cette institution. Fondée en France en 1864, celle-ci est un symbole de l'altruisme, de la solidarité et de la bienveillance. Pourtant, après enquête, le constat n’est pas aussi positif.

 

Jean-Jacques Eledjam accusé de pratiques amorales

 

Opérations immobilières et financières douteuses, licenciements abusifs, explosion de départs volontaires, sentiment de trahison et d’humiliation pour certains employés – jusqu'au suicide d’un bénévole en 2017. Un climat de terreur et d’intimidation règnerait au sein de cet organisme humanitaire avec au centre Jean-Jacques Eledjam, président actuel de la Croix-Rouge française depuis 2013 (et jusqu'en 2021).

 

En 2017, à la veille des élections au conseil d’administration de la Croix Rouge, Marc Gentilini, président honoraire de la Croix-Rouge listait les dérives de cet organisme humanitaire : « Déficits croissants, défauts de trésorerie, actifs préoccupants, plans sociaux, plus dramatiquement absence de cap et de stratégie claire et cohérente et présence insuffisante face à l’actualité. » Pourtant, Jean-Jacques Eledjam, candidat à sa propre succession sera finalement réélu. Stratège, il avait aboli la limite d’âge de 72 ans afin de pouvoir se faire réélire.

 

Libérer la parole des personnes humiliées

 

Élu pour la première fois le 22 juin 2013, Jean-Jacques Eledjam, médecin anesthésiste d'une clinique de Montpellier, apparaît comme une personne charismatique, méprisante et opportuniste. Rapidement, celui-ci s’entoure de « fidèles lieutenants ». D’ailleurs, un responsable national parle même d’une  « ambiance mafieuse où chacun sait ce qu’il doit au chef ».

 

Autour de lui, les auteurs de ce livre évoquent une véritable « valse des directeurs » avec quatre directeurs généraux différents de 2013 à 2016. En outre, les organigrammes ne précisent plus leur nom sauf bien sûr, celui-ci du président Jean-Jacques Eledjam qui ne supporte pas, selon les enquêteurs, la rivalité.

 

« Un homme est mort »

 

Antoine Boutonnet, « l’un des acteurs majeurs du football français des années 2010 » et bénévole à la Croix-Rouge pendant vingt-sept ans, « souhaitait  intégrer les structures nationales de la Croix-Rouge pour y apporter son expertise ». Mais, Jean-Jacques Eledjam voyant en lui un rival, il n’y entrera pas.

 

En 2016, Antoine Boutonnet est accusé d'avoir dépensé une somme de 6 605 euros, bien supérieur au plafond du forfait téléphonique pris en charge par la Croix-Rouge. Dans une lettre du 27 janvier 2016, Antoine Boutonnet avait adressé une lettre à la directrice générale de la Croix-Rouge. « J’ai appris de manière incidente qu’un dossier aurait été monté à mon encontre par des personnes malintentionnées concernant les consommations téléphoniques de mon téléphone mobile attribué par la Croix-Rouge de Paris. » Il ne recevra aucune réponse de la Croix-Rouge. S’ensuit une procédure disciplinaire puis une sanction d’exclusion temporaire à son encontre. Ce haut-gradé de la police nationale met fin à ses jours le 11 novembre 2017. Le président a d’ailleurs été entendu par les enquêteurs sans qu’aucune suite ne soit donnée.

 

« Une gouvernance toxique »

 

Au sujet des ressources humaines de cette institution, le droit des femmes se voit rabaissé avec la suppression du congé d’allaitement, les indemnités de départ à la retraite sont diminuées et la prime de fin d’année pour les personnes en arrêt maladie est également rabotée. En 2015, un rapport de l'Inspection du travail, révélé par Le Parisien, précise que  3 800 infractions ont eu lieu en 2014 au siège parisien de l'organisation dont 3 345 infractions pour dépassement de la durée légale de travail journalière.

 

Enfin, les auteurs relatent également « une opération de promotion immobilière destinée à engranger du profit » organisée par Jean-Jacques Eledjam. Une action surprenante pour une institution basée sur des « valeurs humanitaires » comme la Croix-Rouge. La volonté de cette enquête reste de libérer la parole des personnes trahies et non de « couler l’association », comme le précise le journaliste Yohan Blavignat dans une interview avec Le Point.

 

 « Charité bien ordonnée: Révélations sur la Croix-Rouge française ». Bénédicte Poirier et Yohan Blavignat. éd. Cherche-Midi (Le), 2018. 171 p. Prix : 18 euros.

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