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Un  vendredi à Ikambere
La journaliste Kidi Bebey nous livre ses impressions, un vendredi de décembre à Ikambere, jour de distribution des colis alimentaire.


Mi décembre Le ciel est gris. Des trombes d’eau s’abattent sur la Seine Saint-Denis, ralentissant les camions et voitures qui, à cette heure, forment déjà d’importants embouteillages d’avant week-end. Au 39 boulevard Anatole France, les locaux d’Ikambere contrastent avec la grisaille extérieure. Dans la salle à manger aux murs jaune et bleu vif, les femmes sont venues en nombre. Une cinquantaine sont présentes, une quinzaine d’autres les rejoindront pour le repas. Le service commence : des assiettes de crudités sont déposées devant les convives tandis que les odeurs prometteuses de riz et de poulet en sauce – s’échappent de la cuisine.

Au centre de la pièce, de nombreux aliments sont disposés sur une table : confiture, sirop d’érable, sucre et faux sucre, huiles diverses, sel, fromage, riz, semoule et pâtes, lentilles, légumes et fruits variés. On dirait une peinture flamande du XVIIIème siècle. Mais cette exposition d’aliments a une triple raison d’être. Tout d’abord, dans le cadre des animations proposées par Ikambere, deux professionnelles de la santé – le Dr Françoise Meier et la diététicienne Anne Lehrer – sont chargées des interventions du jour, sur le thème de la nutrition. Ce vendredi est également jour de distribution alimentaire pour les bénéficiaires d’Ikambere et les chariots de course qu’elles ont apportés et qui encombrent les couloirs, témoignent de l’importance que peut avoir, pour elles, un soutien aussi concret. Nous sommes en pleine « Semaine de l’alimentation ». Dans le cadre de cette action nationale, Ikambere a eu le désir de sensibiliser le grand public aux questions d’équilibre alimentaire et de nutrition. Ainsi, un bus, installé sur la place du marché de Saint-Denis, offraient aux passants désireux d’en savoir plus, des prospectus et proposait des discussions autour d’une tasse de thé, de café agrémenté de biscuits.

Tandis que les femmes terminent leurs assiettes de riz au poulet, le Dr Meier débute son exposé. « La nutrition, c’est la santé ! » Elle fait le point sur les besoins du corps en glucides, lipides, protéines, vitamines, minéraux, oligo-éléments, fibres et explique, projections à l’appui, que ces différents éléments sont nécessaires au métabolisme. Après l’effervescence initiale, la salle est attentive : les femmes d’Ikambere savent à quel point leur santé passe par un bon équilibre alimentaire. Mais dans ce domaine, la théorie est parfois contrariée par la pratique car il n’est pas toujours facile de changer les habitudes prises dans son pays d’origine. Ainsi, répondant aux questions après son intervention, le Dr Meier met en garde contre l’abus de graisses : « Attention ! En Afrique on a l’habitude de faire beaucoup frire les aliments. On met beaucoup trop d’huile ! L’idéal est d’adopter progressivement d’autres modes de cuisson. De plus, il y a souvent des mauvaises graisses cachées dans de nombreux aliments – en particulier dans les plats déjà préparés, les biscuits, les aliments apéritifs. C’est la fameuse huile de palme qui est une huile mauvaise pour la santé mais que l’on trouve partout parce qu’elle n’est pas chère. Méfiez-vous lorsque vous voyez indiqué “huile végétale” sur un aliment : il s’agit d’huile de palme ». Le Dr Françoise Meier est praticien hospitalier, très habituée aux questions des patients porteurs positifs au VIH. Elle passe entre les tables et rassure : « Aucun aliment n’est à éviter si on est porteur du virus, sauf en cas de régime prescrit. Si vous mangez correctement, ne craignez rien pour votre ligne : aujourd’hui, on n’utilise presque plus de médicaments entraînant des prises de poids ou des anomalies de répartition des graisses dans le corps qu’on appelle lipodistrophie… »

L’ambiance est de plus en plus joyeuse, décontractée. Un panier de fruits frais circule. « Entre l’huile d’arachide ou de maïs, y a-t-il, à votre avis, une huile plus grasse ou plus calorique que l’autre ? » lance la diététicienne Anne Lehrer. Les avis divergent. Des blagues fusent au milieu de réponses sérieuses. « Toutes les huiles sont aussi caloriques et grasses les unes que les autres à quantité comparable, corrige la diététicienne, elles ont simplement des qualités différentes. L’idéal est d’essayer de varier les huiles utilisées dans son alimentation et d’être bien attentive à ne pas faire chauffer celles qui sont prévues uniquement pour l’assaisonnement ». Elle poursuit son exposé en examinant tour à tour les différentes catégories d’aliments disposés au centre de la salle. Très enjouées et intéressées, les femmes d’Ikambere posent des questions, font des remarques et apprennent quelques « trucs » utiles au quotidien. « Attention aux pièges commerciaux, fait ainsi remarquer Anne Lehrer. Entre un yaourt nature classique et le même à 0%, il n’y a qu’une différence de 1% de matière grasse. Ça ne vaut pas tellement la peine d’acheter le yaourt maigre plus cher… »

Le déjeuner se termine dans une atmosphère assez bruyante. « On a compris, dit une femme : il ne faut manger de tout, mais rien manger de trop ! » « Il faut faire une activité physique ! » « Il faut boire suffisamment d’eau ! » « Oui, et il faut tout de même se faire plaisir ! », conclut Anne Lehrer. Une femme a enfilé un bonnet de père Noël, petit clin d’œil aux fêtes de fin d’année, toutes proches. Stéphanie, animatrice à Ikambere, passe entre les tables, vêtue d’un tee-shirt proclamant au recto : « On n’attrape pas le Sida en embrassant une personne séropositive »…  et au verso « Faites passer le message ! ». La distribution alimentaire peut commencer.

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