Urgences humanitaires: les réseaux sociaux au service des ONG

Urgences humanitaires: les réseaux sociaux au service des ONG
Avec plus d'un milliard d'inscrits sur Facebook et près de 500 millions sur Twitter, les réseaux sociaux ont pris une place prépondérante dans notre vie de tous les jours. Ces réseaux, que l'on appelle encore "nouveaux médias", sont désormais un outil indispensable pour les ONG en période de crise humanitaire. Carenews a enquêté sur ce nouvel au service des acteurs de l'urgence.


Nous sommes en 2010. Un terrible séisme vient de dévaster Haïti. L'ampleur des dégâts est considérable. Les ONG ont besoin de fonds pour aider les populations sinistrées. La machine des dons en ligne se met alors en route. Et les réseaux sociaux vont jouer un rôle majeur.

"A cette époque (ce chiffre n'a que peu évolué depuis), seulement 4% des dons se faisaient via une plateforme de donation en ligne, explique un expert des réseaux sociaux de l'ONU. Le séisme à Haïti a été la première grande urgence humanitaire véritablement médiatisée sur les réseaux sociaux. Et cela a fonctionné."

En quelques jours, les dons en ligne bondissent de 4 à 20%. Cinq jours seulement après le début du séisme, la Fondation de France fait état dans son communiqué d’un résultat de 11,3 millions d’euros reçus dont 5 millions en ligne. Certaines ONG, comme Médecins Sans Frontières, annoncent même un taux de dons en ligne avoisinant les 90%.

L'UNICEF lance alors un "groupe" sur Facebook intitulé "Pour les Haïtiens : 1 Fan = 1 €". En clair, vous devenez membre de ce groupe (ouvert) et l'organisation reverse 1 Euro aux victimes du séisme. Le tout est rémunéré par la publicité. L'opération est réussie, et des millions sont récoltés en quelques heures seulement. Multiplié sur différentes plateformes, l'appel aux dons a finalement permis de récolter plusieurs milliards d'aide humanitaire d'urgence.

Près de deux ans plus tard, la crise post-électorale fait rage en Côte d'Ivoire. Les combats entre les FCRI du Président-élu Alassane Ouattara et les pro-Gbagbo font des milliers de morts. Une aide humanitaire d'urgence est nécessaire, mais comment communiquer avec le monde extérieur et informer les humanitaires des besoins les plus immédiats depuis un pays dysfonctionnel en situation de crise?

La réponse vient d'un groupe d'internautes ivoiriens, qui créée une chaîne de solidarité sur les réseaux sociaux Facebook et Twittter, à travers l’initiative CIVSOCIAL. Le procédé est simple: toute personne ayant connaissance d’une situation d’urgence « poste » l’information sur l’un ou les deux réseaux sociaux, et tous ceux qui ont accès à ces informations peuvent les lire et les partager.

Au fil des jours, des dizaines d’informations sont échangées via ce groupe. Et de nombreuses vies sont sauvées. Ici, ce sont des dizaines de personnes terrées dans une église, sans alimentation et sans eau, dont la situation dramatique est portée à la connaissance d’organismes comme la Croix rouge. Là, c’est une jeune femme enceinte qu’un médecin, alerté grâce à CIVSOCIAL, peut aider à accoucher à distance.

Des familles entières ont également pu communiquer et rassurer leurs proches à l'extérieur du pays, sollicitant même la diaspora ivoirienne qui a compté parmi les plus gros contributeurs à l'aide humanitaire d'urgence délivrée au pays.

Reste un écueil de taille: utiliser ce type de méthode suppose d’avoir accès à Internet sur un ordinateur ou un téléphone portable ce qui n’est le cas que d’une minorité de la population dans les zones de conflit.

C'est là que Twitter intervient, son utilisation simple, et nécessitant moins de bande passante que Facebook, ainsi que l'immédiateté de l'information qui y circule et l'ADN "public" de cette information ont été autant de moyens de communication d'urgence utilisés pendant la crise ivoirienne, et quelques mois plus tard durant une autre catastrophe de taille, le drame de Fukushima, au Japon.

Twitter est également très utilisé au sein même des organisations humanitaires, pour communiquer entre le siège de l'organisation et le personnel sur le terrain. Comme souvent en situation de crise, lorsque les réseaux téléphoniques sont saturés, Twitter offre une bonne alternative et une chaîne de communication efficace. Et si jamais les SMS fonctionnent, il suffit de faire un numéro spécial, puis de taper le texte (en moins de 140 caractères, selon les critères de Twitter) pour que le SMS se transforme en "tweet".

Cependant, en période de crise, éviter les dérapages requiert une attention de tous les instants. Que ce soit en Haïti, en Côte d'Ivoire ou au Japon, plusieurs rappels à l’ordre ont été nécessaires afin d'éviter les farces de mauvais plaisantins, qui peuvent avoir un coût important en vies humaines.

L’autre danger qui guette le réseau, ce sont les faux appels à l'aide et autres demandes d’assistance financière frauduleuses. En période de crise, les émotions sont exacerbées, et l'on donne plus facilement. Les nombreux organismes de régulation du web, ainsi que les équipes de modération des réseaux sociaux redoublent alors de vigilance afin de démasquer ces imposteurs.

Toujours est-il que, sans citer les donations régulières faites via ces outils et qui explosent actuellement, les réseaux sociaux sont devenus un levier primordial pour les levées de fonds durant les situations d'urgence humanitaires. Et il y a fort à parier que ces systèmes se professionnalisent dans les années qui viennent, avec une volonté forte, de la part aussi bien des réseaux sociaux que des ONG, de créer des outils adaptés aux besoins de ceux qui apportent l'aide de première urgence, si vitale aux populations touchées.
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