Aller au contenu principal
Par Carenews PRO - Publié le 6 février 2015 - 15:43 - Mise à jour le 16 février 2015 - 13:10
Recevoir les news Tous les articles de l'acteur

[D'AILLEURS] Dzanga Sangha, un nouvel espoir au cœur de l’Afrique

Au Sud de la République Centrafricaine, il existe un sanctuaire pour certaines espèces d’animaux les plus emblématiques du Bassin du Congo : éléphants, gorilles, chimpanzés et léopards comptent parmi les habitants des Aires Protégées de Dzanga Sangha. Grâce au soutien continu apporté par le Fonds Mondial pour la Nature (WWF) aux écogardes du parc, la réserve a pu rouvrir ses portes aux touristes le 1er juillet 2014. Voici l’histoire de celles et ceux qui ont protégé ce site du Patrimoine Mondial de l’Humanité.

[D'AILLEURS] Dzanga Sangha, un nouvel espoir au cœur de l’Afrique

6 mai 2013. Aux premières lueurs du jour, un groupe de braconniers pénètre dans le parc. Leur objectif ? Dzanga Baï, cette clairière naturelle dont le sol, extrêmement riche en sels minéraux, attire des centaines d’éléphants de forêt, à chaque heure du jour et de la nuit. Ces animaux sont très difficiles à observer dans l’entrelacs des arbres de la forêt pluviale du Bassin du Congo. Les rares clairières, comme Dzanga Baï, constituent les seuls endroits où l’on peut apprendre à mieux connaître cette espèce d’éléphants, dont la population a baissé de 60% en dix ans.

Ce jour-là, l’heure n’est toutefois plus à l’observation. Depuis fin 2012, la République Centrafricaine est en proie à une vague de violences sans précédent. La rébellion, conduite par les milices Séléka, attaque les villes du Nord, puis Bangui. Le bureau du WWF dans la capitale est pillé, et son personnel essaie tant bien que mal de s’organiser : on travaille chez les uns, on installe le matériel chez les autres, mais surtout on n'abandonne pas car, déjà, les Séléka regardent vers Bayanga, ville au centre des Aires Protégées de la Sangha (APDS), et proche du Baï (la clairière aux éléphants). La conservation des APDS constitue le mandat principal du WWF en RCA. La richesse en biodiversité des lieux et leur vulnérabilité au braconnage transfrontalier constituent autant de raisons de ne pas abandonner. Même en temps de crise. Même en temps de guerre.

Début avril 2013, les Séléka entrent dans Bayanga et le 7, le bureau du WWF est attaqué et pillé par une milice extrêmement violente. Le 19 avril, le bureau est de nouveau attaqué. « J’ai eu très peur, avoue Jean-Bernard Yarissem, le coordinateur WWF du programme, les Séléka me recherchaient de manière spécifique. J’ai dû me cacher dans la forêt pendant une journée entière, sans eau et sans nourriture. Mes collègues m’ont cru mort ! »

Malgré les dangers et l’incertitude de ces jours terribles où le destin du pays entier est en train de se jouer, le WWF continue d’apporter son soutien logistique et financier aux écogardes qui travaillent dans parc, à travers son partenaire national, le bureau des APDS. Le Baï doit être protégé, à tout prix.

« Nous avions conscience de l’immensité de notre mission, explique Yarissem. Le Baï est la propriété de l’humanité toute entière. C’est notre devoir de le protéger. »

Pourtant, le 6 mai, lorsque, profitant de l’extrême instabilité de la zone, un groupe de 17 braconniers venus du Soudan pénètre dans le parc, le Coordinateur ne peut rien faire.

« Ils disposaient d’armes de guerre, AK-47 et lance-roquettes. Jusqu’au bout nous avons essayé de sauver le Baï. Mais ce jour-là, c’était trop dangereux. Il a fallu évacuer les gardes du parc. C’était leur vie contre celle des éléphants. »

Durant deux jours, les braconniers massacrent les éléphants de la clairière. Ils en tuent 30, arrachent leurs défenses d’ivoire, les chargent dans leurs véhicules et s’enfuient avec leur butin. Personne n’a rien pu faire.

Immédiatement après cela, les écogardes retournent dans le parc. « Ma femme ne voulait pas que j’y retourne, raconte Flavien Pany, qui faisait partie de la première vague d’écogardes à retourner sur le Baï. Elle me disait que c’était trop dangereux. Mais je lui ai expliqué que j’avais un engagement, un rôle à tenir, celui de protéger cette clairière… Notre clairière. »

Depuis Bangui, Yarissem entreprend une intense campagne de lobbying auprès de l’UNESCO, de la communauté internationale, du gouvernement de transition et des personnalités locales afin de s’assurer leur soutien.

« Nous avons également entrepris un important travail de communication au niveau local, explique Yarissem. Il fallait expliquer aux différentes milices armées que nous n’étions pas partie prenante dans la crise, que notre mission était simplement de protéger l’héritage de leurs enfants… »

En septembre 2013, le gouvernement de transition redéfinit la zone de Bayanga comme région militaire, ce qui lui donne des statuts légaux et permet de négocier directement avec les autorités afin de protéger Dzanga Sangha. Fin novembre, un accord pour la protection de la zone est signé entre les autorités du parc, le WWF et les responsables de la région militaire.

Après le départ des groupes armés, le 5 décembre 2013, les nouvelles autorités ratifient l’accord. Malgré la perte de 26 éléphants, le Baï est sauvé.

Le 1er juillet 2014, le complexe des Aires Protégées de Dzanga Sangha rouvre au tourisme. Les visiteurs arrivent au compte-gouttes, mais c’est déjà un signe d’espoir compte tenu des évènements par lesquels le parc est passé.

Quelques temps après, Flavien, l’écogarde, décide de nous emmener voir le Baï – sa clairière. Arrivés sur les lieux, une immense émotion nous prend à la gorge, nos yeux s’emplissent de larmes. Combien sont-ils, ces éléphants, à s’ébrouer paresseusement dans la brume du matin ? Cent, peut-être plus ? Des mères amènent leurs petits devant les mares salées, leur apprennent à boire avec des gestes mesurés d’une infinie tendresse. Au loin, à la lisière de la mystérieuse forêt vierge, des mâles passent, majestueux, faisant résonner d’un bout à l’autre de la forêt leur barrissement sonore. C’est toute la beauté du monde qui est réunie en ce lieu magique, miraculeusement protégé de la marche des siècles et des ravages de la guerre.

« Après le massacre, la nature a repris ses droits, conclut Flavien. Les éléphants sont revenus. À présent que vous voyez le Baï, vous comprenez pourquoi nous avons tant lutté pour le protéger ? »

 

 

 

Fermer

Inscription à la newsletter

Cliquez pour vous inscrire à nos Newsletters

La quotidienne
L'hebdo entreprise, fondation, partenaire
L'hebdo association
L'hebdo grand public

Fermer