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[D'AILLEURS] Afghanistan : le cyclisme au féminin

[D'AILLEURS] Afghanistan : le cyclisme au féminin
En cette semaine consacrée au sport, Carenews a choisi de vous raconter l’histoire d’un groupe de sportives exceptionnelles : Maryam et son équipe de jeunes femmes passionnées de cyclisme, qui défient chaque jour l’ordre établi dans un pays martyrisé par plus de trente ans de guerre pour faire vivre leur rêve : participer aux jeux olympiques de Rio en 2016.


« Encore cinq kilomètres. Allez, les filles ! » En tête du peloton, Maryam donne de la voix. Le petit groupe de cyclistes s’apprête à attaquer la côte menant au palais de Darulaman, l’ancien palais des rois afghans, détruit à coups d’obus de mortier et de rafales de kalachnikov durant la guerre civile, entre 1992 et 1996. La montée est ardue, des gouttes de sueur perlent sous les voiles des cyclistes.

« C’est très dur, souffle Maryam. Il n’y a pas de routes plates dans le coin, ça monte et ça descend tout le temps ! »

Il est cinq heures du matin. La nuit blanchit à peine, et Kaboul, la capitale afghane, nichée entre les imposants sommets de l’Hindou Koush, ne s’éveille pas encore. Les cyclistes sont pourtant déjà sur les routes.

« Nous mesurons chaque matin notre chance de pouvoir pratiquer ce sport, raconte Maryam. Alors ce n’est ni le froid, ni les réveils matinaux, ni le mauvais état des routes qui vont nous empêcher de faire ce que nous aimons. Même la guerre n’a pas réussi à nous arrêter ! »

Voir une jeune femme à vélo dans les rues de Kaboul n’est pourtant pas commun. Dans un pays constamment secoué par des attentats talibans et que viennent de quitter les forces militaires de la coalition internationale, présentes depuis 2001, le sport ne se conjugue pas au féminin sans risque. « C’est pourtant à ce prix-là que l’on peut exister, et vivre notre passion, explique Maryam. L’insécurité, nous devons faire avec. Nous sommes afghanes, après tout ! »

C’est là toute la difficulté pour le jeune groupe de cyclistes : changer les mentalités et se faire accepter dans l’un des pays les plus conservateurs au monde. L’Afghanistan se passionne pourtant pour le sport, et excelle d’ailleurs dans des disciplines telles que le taekwondo, le football et le cricket. Mais s’enflammer pour une équipe féminine de vélo, c’est autre chose…

« Souvent, on nous jette des pierres, on nous insulte, on nous crache dessus. Les hommes ne comprennent pas que des femmes puissent être libres de pratiquer un sport. Pourtant, nous n’avons d’autre choix que de continuer. Nos familles nous soutiennent, et c’est le plus important. Nous avons un rêve. Le reste ne compte pas. »

Enfin, la silhouette squelettique du palais détruit se détache au sommet d’une colline recouverte de la poussière grise et gluante, caractéristique de la capitale afghane. C’est la ligne d’arrivée pour l’entraînement du jour. Les filles n’en peuvent plus. Pourtant, elles trouvent encore la force de se donner l’accolade. L’une d’elles entonne maladroitement l’hymne afghan, et ses camarades éclatent de rire.

« Dans un pays en proie aux guerres de religion, ces filles brisent un tabou majeur, explique Shannon Galpin, la présidente de Moutain2Mountain, une ONG de défense des droits des femmes en Afghanistan, et dont l’un des programmes principaux vise à financer et former cette héroïque équipe nationale de cyclisme féminin. Outre l’aspect sportif, c’est le symbole qui est important : le vélo offre la possibilité pour ces femmes de se déplacer librement, indépendamment des hommes. C’est aussi un moyen simple et rapide d’accéder à l’école, à l’hôpital. Et parfois de s’échapper, quand elles sont attaquées… »

Et c’est un homme au destin bien particulier qui dirige l’équipe, composée de 15 jeunes filles : Abdul Sadiq, qui est entré dans le monde du cyclisme avec un rêve un peu fou, celui de rejoindre l’Inde en pédalant depuis Kaboul. Faute de visas, son rêve n’est jamais devenu réalité.

« C’est peut-être un mal pour un bien, dit Sadiq en riant. Je n’ai pas vu Delhi, peut-être verrais-je Rio ! »

Car c’est là le plus grand rêve de l’équipe : les jeux olympiques, au Brésil, en 2016. Ont-elles leur chance ?

« Ce sera difficile, répond Shannon Galpin. Certaines d’entre elles ont commencé le cyclisme il y a deux ans à peine. Elles ne parviennent pas toujours à finir les parcours. Mais chaque fois qu’elles prennent le départ d’une course internationale, c’est déjà un immense succès pour elles, et pour l’Afghanistan. »

 

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