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Par Carenews PRO - Publié le 23 septembre 2015 - 17:03 - Mise à jour le 22 octobre 2015 - 10:23
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[ENTRETIEN] Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde France

Entrée au sein d’ATD Quart Monde il y a plus de vingt ans, Claire Hédon en est devenue administratrice en 2005, vice présidente en 2011 et présidente depuis le 1er septembre 2015, succédant à Pierre-Yves Madinier. Dans cet engagement bénévole pour la défense des droits des plus démunis comme dans son travail de journaliste «prendre le temps de la rencontre » est son credo.

[ENTRETIEN] Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde France

Comment votre engagement auprès des plus pauvres vous a-t-il amenée à la présidence d’ATD Quart Monde?

Mon cheminement au sein d’ATD Quart Monde ne date pas d’hier. J’ai découvert l’association il y a 23 ans dans les bidonvilles de Bangkok à travers une bibliothèque de rue. Ce qui m’ a immédiatement plu c’est de croiser des gens se battant pour le droits des pauvres, ces derniers n’ayant pas les mêmes que nous. On n’était ni dans la charité ni dans l’assistanat. De retour en France je suis entrée aux Universités Populaires ATD Quart Monde – lieu d’échanges d’égal à égal avec les familles du quart monde – pour apprendre comment les plus démunis se battent et les aider à exprimer ce qu’ils ont à dire. C’est un lieu de formation pour les militants où l’on discute avec les plus démunis de tous les sujets dont beaucoup sont liés à l’actualité et où je suis retournée pendant des années. Cette expérience a changé ma façon de travailler comme animatrice d’une émission quotidienne « Priorité santé » sur Radio France Internationale (EFI) tous les matins. Je pars du principe que les gens ont toujours quelque chose à dire et qu’en passant plus de temps avec ceux qui ont du mal à s’exprimer on arrive toujours à le leur faire dire.

 

Quels sont les grandes batailles que vous souhaitez mener ou poursuivre à la tête d’ATD Quart Monde ?

Tout d’abord la lutte contre le chômage de longue durée via le dispositif « Territoires zéro chômeurs de longue durée ». On part du principe que tous les gens sont employables. L’idée est de créer des entreprises dont le but est de créer des emplois, en démarrant l’expérience dans des petits territoires (4 000 habitants). Il y a des chômeurs de longue durée prêts à faire et à apprendre. Il y a des besoins (soutien à la lecture des enfants, entretien des chemins de randonnée, embellissement des villages, livraison du pain, services aux personnes âgées….) ce ne sont pas les emplois qui manquent. Il y a de l’argent (prestations de Pôle emploi, allocation de solidarité spécifique, revenu de solidarité active). Si l’on y ajoute le manque à gagner pour les impôts ou les cotisations sociales non perçues il s’agit de 15 000 euros par an et par personne. L’idée serait de réaffecter ces sommes via un fonds aux entreprises qui se financeraient aussi par leur propre chiffre d’affaires. En associant bien sûr l’ensemble des partenaires concernés. Le dispositif a déjà reçu le soutien d’ Emmaüs, du Secours Catholique, du Pacte Civique, du Medef sans oublier les élus. Le transfert de ces fonds d’État ne pouvant être mis en œuvre sans le vote d’une loi, un projet a été déposé dans ce sens par le député de Côte d’Or Laurent Grandguillaume. On espère un vote positif fin novembre pour lancer l’expérience dans les territoires dans la foulée.

La question de la discrimination pour cause de précarité sociale est aussi un axe d’ engagement important. Nous nous battons donc pour que ce 21ème critère de discrimination soit ajouté au code pénal. Le Sénat a déjà voté la loi, il faut qu’elle passe maintenant devant l’Assemblée nationale. Ainsi il y aura au moins des choses que l’on ne pourra plus dire.

Nous sommes également très engagés dans lutte contre la résignation en matière d’échec scolaire. Comment associer les parents à l’école alors qu’ils ont été eux-mêmes en échec scolaire ? C’est le sens du rapport remis au Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) par Marie-Aleth Grard la vice présidente d’ATD Quart Monde qui a invité les parents avec lesquels elle a travaillé à venir à la tribune exprimer leur vision des relations avec l'Ecole.

 

Quel constat faites-vous de l’évolution du mécénat ?

Clairement l’État a de moins en moins de moyens. Nous sommes donc amenés à nous tourner vers les entreprises pour trouver des financements. Mais il est important qu’elles partagent nos valeurs et qu’elles ne donnent pas seulement de l’argent et c’est compliqué. De nombreuses questions éthiques se posent et nous souhaitons davantage d’échanges sur les actions menées. Peut-être devrions-nous rencontrer davantage de grands patrons en leur posant la question : « qu’est-ce qui vous mène dans la vie ? ». Car soyons clairs, nous avons besoin des entreprises.

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