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Par Carenews INFO - Publié le 9 février 2016 - 12:55 - Mise à jour le 16 février 2016 - 13:48
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[ENTENDU] Et si les nouveaux philanthropes remplaçaient les politiques publiques

Au mois de décembre dernier, Mark Zuckerberg faisait don de 99% de ses actions Facebook. Ce don est à destination de sa Fondation créée avec son épouse : la Chan Zuckerberg Initiative, une organisation pour l'enfance et l'éducation. Ce geste généreux, estimé à plus de 42 milliards de dollars, lui fait intégrer le cercle des grands philanthropes, au sein duquel nous comptons Bill Gates et autres Warren Buffet. Toutefois, aux vues des sommes investies et des champs d’action visés, on ne peut qu’être amené à réfléchir sur le positionnement de ces puissantes fondations. Constituent-elles un palliatif des manquements de l’État ou bien représentent-elles une concurrence, voire un danger pour les politiques publiques en place ? En décembre, l’émission Du grain à moudre de France Culture a permis de débattre sur ces questions.

[ENTENDU] Et si les nouveaux philanthropes remplaçaient les politiques publiques

L’engagement de Mark Zuckerberg est loin d’être anodin. Depuis une vingtaine d’année, les self made men, notamment américains, sont de plus en plus nombreux à léguer leur fortune à des œuvres de charité : foundations, initiatives... Le fondateur de Microsoft compte parmi les premiers à avoir impulsé ce mouvement avec, en 2000, la création de sa « Bill & Melinda Gates Foundation ». En 2010, Bill Gates lance avec Warren Buffet une large campagne d’appel aux dons, « The Giving Pledge », encourageant les grandes fortunes américaines à (s’)investir pour l’intérêt général. En juin 2015, près de 137 milliardaires issus de 14 pays différents avaient rejoint la campagne et le mouvement d’une « nouvelle philanthropie ».

 

Des montants sans précédents sont mobilisés

Premier point notable de cette nouvelle philanthropie : les montants mobilisés sont colossaux. À titre d’illustration, la Fondation Bill & Melinda Gates a un budget annuel plus conséquent que celui de l’Organisation Mondiale pour la Santé. D’après Virginie Seghers, les fonds de la philanthropie américaine devraient représenter près de 6 000 milliards de dollars en 2050. La loi américaine contraignant les fondations à dépenser au moins 5% de leur capital par an, les sommes investies pourraient alors être inédites. Le champ d’action privilégié de ces nouveaux philanthropes reste l’éducation, priorité des fondations américaines depuis toujours, à laquelle s’ajoutent la lutte contre la pauvreté et la recherche médicale. Des domaines qui sont généralement l’apanage des états.

 

Un souci d’évaluation de l’impact social du don

Le mode de gestion de ces fonds philanthropiques et fondations a également beaucoup évolué. Les nouveaux philanthropes portent autant d’attention à bien donner leur argent qu’ils en ont mis à en gagner. La manière de donner est similaire à celle avec laquelle on investit ; il y a une attente de retour accompagnée d’un souci d’évaluation de l’impact social du don. Ces nouveaux philanthropes sont et demeurent des entrepreneurs, qui souhaitent intervenir dans la gestion des questions sociales et influencer les politiques publiques.

                            

Une problématique démocratique 

Pour cette raison, la philanthropie peut en premier lieu apparaître comme concurrençant les politiques publiques. Concentrées sur des thématiques principalement sociales, ces organismes contribuent à offrir des alternatives aux systèmes en place, et par là, remettent en cause l’efficacité des mesures étatiques. D’autant qu’elles en ont les moyens : la Fondation Bill & Melinda Gates a investi 2 milliards de dollars entre 2000 et 2008 pour restructurer le réseau des écoles américaines…

D’aucun dirait, il s’agit là d’un renforcement de la logique démocratique. Suivant les idées de Tocqueville, les fondations constitueraient un corps intermédiaire dans la société, entre l’État et la population. Le pouvoir de l’État serait alors contrebalancé par ces organisations, qui questionnent son mode de fonctionnement et proposent de nouvelles alternatives. Elles agissent en effet souvent là où les politiques publiques sont insuffisantes ou inexistantes, prenant ainsi la relève d’un État social en voie de disparition. D’autre part, cette expertise de la philanthropie peut être reconnue et acceptée par les pouvoirs publics. Le président américain Barak Obama a par exemple nommé un Secrétaire au département de l’éducation qui a pour chef de cabinet un haut dirigeant de la Fondation des Gates. Cette reconnaissance se traduit également par l’arsenal de mesures fiscalement avantageuses institué par les Etats afin d’encourager le don.

Cependant, une telle influence et les sommes engagées peuvent représenter un danger, autant pour la légitimité de l’État que pour la démocratie en elle-même. En remettant parfois en cause les politiques publiques, la philanthropie questionne l’action de gouvernements pourtant élus au suffrage universel. Il ne faut donc pas oublier que si la démocratie a besoin de contrepouvoirs, il ne faut pas que ces derniers en aient trop ! En effet, si la philanthropie prend de plus en plus le relai des politiques publiques, dans le domaine de l’éducation notamment, il n’existe pas les mêmes dispositifs de contrôle de leur action que pour un État. La question de la gouvernance de ces organismes se pose alors, d’autant plus qu’ils seront amenés selon toute vraisemblance à occuper une place de plus en plus significative dans l’espace public à l’avenir.

 

Sujet à retrouver dans l’émission Du grain à moudre du 16/12/15

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