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[ENTRETIEN] Hugues Sibille, président de la Fondation Crédit Coopératif

[ENTRETIEN] Hugues Sibille, président de la Fondation Crédit Coopératif
Passé du conseil à la banque sans oublier la délégation interministérielle à l’ESS, Hugues Sibille a consacré une carrière de près de quarante ans à l’économie sociale. Il vient de passer le relais de la présidence de l’Avise qu’il a créée. Mais il reste président du Laboratoire de l’Economie Sociale et Solidaire et président de la Fondation Crédit Coopératif. 


De quand date votre engagement dans l’économie sociale ?

J’aime me définir comme un « professionnel engagé » car j’ai toujours eu à coeur de m’ impliquer dans la société. A la sortie de mes études à Sciences Po Paris je n’ai voulu ni m’engager dans une entreprise capitaliste classique ni prendre la voie qui m’était ouverte de l’Administration. Finalement j’ai choisi une troisième voie, celle de l’économie sociale, ne voulant pas seulement être cadre le jour et militant associatif le soir. J’ai donc rejoint l’agence Ten créée par Claude Neuschwander et spécialisée dans le conseil auprès de l’économie sociale et j'en suis devenu plus tard le patron. C’était en 1978, soit dix ans après les évènements de mai 68 et le courant de modernisation de la société que ceux-ci avaient engendré. Je réalise que je voulais réconcilier sens et vie professionnelle comme le font aujourd’hui beaucoup de jeunes qui choisissent de devenir entrepreneurs sociaux ou de travailler dans une ONG. L’histoire m’a montré que, dans cette troisième voie, rien n’est jamais gagné car l’on est toujours sous tension entre sens et réalité économique. C’est finalement très sain comme art de vivre car le désir de changement n’empêche pas de garder l’oeil sur le compte de résultat.

J’ai ensuite été appelé à travailler un an au cabinet de Martine Aubry en 1997 puis nommé délégué interministériel à l’économie sociale. j’ai eu un immense plaisir à conduire une politique publique en faveur de l’ESS. Puis le directeur général de la Caisse des Dépôts m’a appelé en 2001 pour me confier la création d’une nouvelle direction consacrée à l’ESS. J’ai ensuite rejoint le groupe Crédit Coopératif dont j’ai été le directeur général en 2005 et vice président en 2010. Depuis l’an dernier je prolonge mon action en restant conseiller du président et président de la Fondation Crédit Coopératif.

 

Quelles sont aujourd’hui les ambitions de la Fondation Crédit Coopératif ?

La fondation est orientée vers trois axes. D’abord faire mieux connaître et reconnaître l’économie sociale et solidaire. Ensuite lutter contre toutes les formes d’exclusion et en particulier le handicap. Enfin développer les rapports entre le développement durable et l’économie sociale.

Créée il y a trente ans elle est aujourd’hui dotée d’un budget de 1,750 000 euros qui a permis de soutenir cent huit projets en 2015 en passant des conventions avec des partenaires. Nous remettons « Prix et trophée de l’initiative en économie sociale » à des projets très décentralisés qui sont repérés par des agences du Crédit Coopératif. Dans chaque région, les candidats les plus prometteurs sont récompensés dans un premier temps par les Comités de région des sociétaires du Crédit Coopératif.  Puis parmi les lauréats régionaux, cinq sont à nouveau primés par le conseil d’administration de la Fondation Crédit Coopératif composé de personnalités expertes. Outre le soutien financier qu’il apporte, ce concours est aussi un indicateur de l’évolution des préoccupations de la société française et du dynamisme créatif de l’économie sociale.

La fondation s’engage aussi dans des actions du secteur culturel souvent proche de l’économie sociale. Elle est le premier mécène du Festival d’Avignon. Cela se comprend si l’on sait que le Crédit Coopératif est la première banque du spectacle vivant. Elle est aussi le premier mécène du Festival Orphée réservé aux troupes de personnes handicapées et soutient également le Festival de musique baroque de La Chaise-Dieu.

La fondation a aussi l’ambition d’associer de plus en plus les salariés de l’entreprise à ses activités. Elle cherche aussi à renforcer les liens avec les sociétaires (les clients détenant des parts sociales du groupe) de manière à ce qu’ils deviennent donateurs aux côtés de la banque Crédit Coopératif qui aujourd’hui est seule à financer la fondation. Une possibilité ouverte par la loi Hamon de 2014.

 

Comment voyez-vous l’évolution du mécénat ?

L’économie sociale nécessité aujourd’hui un financement allant bien au-delà de ce que le secteur public peut offrir. D’où le développement du mécénat. La Fondation Crédit Coopératif veut être un mécène-partenaire qui accompagne des projets pour qu’ils soient mieux connus. C’est dans ses gènes puisque « coopérer » c’est « faire ensemble ». 

Les cultures des différents mécènes sont souvent différentes parce que leurs histoires sont différentes mais en ligne de fond tous cherchent aujourd’hui l’efficacité de leurs actions et ne cherchent plus à faire simplement « de bonnes oeuvres ». La mesure de l’impact de l’argent investi devient un élément important car l’on veut montrer que l’argent est bien utilisé.

Enfin une autre grande tendance de fond est la tendance à l’innovation. De nombreux philanthropes essaient de financer des projets innovants pour contribuer à trouver les solutions de demain dans de nombreux domaines comme la fracture numérique.

 

Photo : Fondation Crédit Coopératif

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