[ENTRETIEN] Stéphanie Goujon, directrice générale de l’Agence du Don en Nature

[ENTRETIEN] Stéphanie Goujon, directrice générale de l’Agence du Don en Nature
Stéphanie Goujon appartient à cette génération pour laquelle donner du sens à son travail dans une société par essence injuste est un critère important de réussite. Et comme elle sait sans nul doute que l’énergie investie saura porter ses fruits. Pour faire diminuer le chiffre scandaleux des 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté en France.


Comment êtes-vous arrivée à la direction de l’Agence du Don en Nature ?

À la sortie d’HEC j’ai commencé par travailler dans un groupe de conseil puis dans une agence de publicité. Je suis donc à la base publicitaire, mais après la naissance de mon premier enfant et la trentaine arrivant j’ai ressenti le besoin de devenir plus directement utile à la société. Et aussi de donner plus de sens à la réussite professionnelle.

À cette époque Jacques-Etienne de T’Serclaes qui avait été mon maître de stage souhaitait lancer en France le concept d’agence du don en nature qu’il avait découvert aux États-Unis. J’ai été très attirée par ce projet et suis entrée dans l’association comme bénévole dans l’équipe de lancement. L’année suivante en 2009 j’ai quitté mon emploi dans la publicité et suis devenue directrice générale de l’Agence du Don en Nature. C’était à la fois un élan fort vers une belle aventure et aussi un challenge entrepreneurial. Nous sommes aujourd’hui une équipe d’une douzaine de permanents et une trentaine de bénévoles directs sur toute la France. Mais nous travaillons avec 700 associations et tous leurs bénévoles.

Autour de moi pas mal de personnes s’interrogent sur l’opportunité d’une reconversion comme celle que j’ai faite. Je leur dis toujours qu’il faut « partir pour » et non « partir contre » une déception professionnelle par exemple. C’est un facteur très important de réussite. À la fois pour la personne qui s’engage et pour l’action entreprise.

Quelle est l’actualité de l’Agence du Don en Nature, son fonctionnement, et ses projets ?

Nous sommes en pleine opération « Noël pour tous » qui permet de distribuer aux enfants défavorisés de France 330 000 jeux et jouets. Une opération rendue possible grâce à Activa Capital, l’entreprise partenaire de cette opération depuis 9 ans maintenant, et bien sûr grâce aux entreprises qui offrent les produits.  

Nous disposons en effet de trois types de donateurs: au coeur de l’action les entreprises qui offrent des fins de série, des queues de promotion pour faire de la place dans leurs entrepôts. Il s’agit de produits non périssables comme des jouets, des produits d’hygiène, des fournitures scolaires…Nous avons dans ce premier socle une centaine de donateurs. Nous avons également des donateurs financiers nous permettant d’assurer les frais logistiques, mais aussi les investissements dans les systèmes d’information par exemple. Sans cet appel à des fonds privés nous ne pourrions pas fonctionner.

Enfin, nous bénéficions aussi de mécénat de compétences aussi bien dans le domaine juridique, que comptable ou fiscal. Price Waterhouse Cooper par exemple nous épaule depuis le lancement.

Au-delà de l’actualité de fin d’année, nous préparons déjà la semaine du Don en Nature prévue pour le mois de mars prochain de manière à avoir encore davantage de produits à récupérer. 

Nous voulons aussi élargir notre action auprès du grand public en lançant des opérations avec l’e-commerce. Par exemple je commande un shampoing, j’en achète un autre pour les plus démunis. Nous sommes en train de tester la faisabilité avec Greenweez, la filiale bio en ligne de Carrefour.

Actuellement nous redistribuons 600 000 euros en équivalent valeur marchande par semaine sur toute la France, mais nous voulons aller bien au-delà.

Comment voyez-vous l’évolution du mécénat ?

D’abord les entreprises sont bien plus motivées à s’engager dans des opérations de mécénat avec leurs collaborateurs qui en tirent une fierté en interne très importante. Au départ il pouvait y avoir un intérêt économique (économie des coûts de stockage, crédit d’impôt), mais en huit ans grâce à l’ implication des collaborateurs c’est l’engagement social qui devient l’enjeu premier.

Le mécénat est aussi devenu plus fidèle, car les entreprises souhaitent être associées à des projets tout en demandant des comptes et des mesures d’impact ce qui ne me choque pas. Nous avons besoin d’entreprises fidèles comme Activa Capital. 

Si tout n’est pas rose, le mécénat a pris de la maturité et c’est heureux, car il y a en France 9 millions de personnes, dont 3 millions d’enfants sous le seuil de pauvreté. Raison pour laquelle nous restons très mobilisés pour croître de 15 à 20% chaque année en souhaitant redistribuer bientôt en équivalent valeur marchande de 1 million d’euros par jour dans toute la France.

 

Photo : ADN

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