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[MÉCÉNAT CULTUREL] Rolex donne le tempo au château de Fontainebleau

[MÉCÉNAT CULTUREL] Rolex donne le tempo au château de Fontainebleau
Bernard Hasquenoph, fondateur de Louvre pour tous, signe pour carenews.com une rubrique mensuelle. À travers des chroniques étudiant quelques cas d'études de mécénat culturel, Bernard Hasquenoph retrace l'historique des relations entre de grandes marques, souvent du luxe, et les institutions culturelles françaises. Croisant les problématiques de la philanthropie, du marketing, de l'image, du financement, du parrainage... ses récits sont au coeur d'une spécificité bien française, celle du mécénat culturel traditionnel, devenu nécessaire et omniprésent, parfois sans le dire, dans les musées, établissements publics, opéras, théâtres...



« À bas le roi ! » C’est l'étonnante inscription que l’horloger Patrick Arvaud a retrouvé cachée en 2011 dans les rouages d’une pendule du château de Fontainebleau en la restaurant. On ne saura jamais quel coquin l’avait gravée là. Comme tout palais qui se respecte, Fontainebleau compte son lot d'horloges - une soixantaine - qu'il faut entretenir si l'on veut qu'elles continuent d'égrener le temps. Leurs tic-tac et leurs sonneries participent à créer cette ambiance d’intimité si appréciée du visiteur, rappelant qu’avant de devenir musée, les lieux étaient bien vivants. Fabriquées entre 1680 et 1880, aucune d’elles cependant n’était en place sous l’Ancien Régime. À la Révolution, le mobilier fut dispersé et vendu à l’encan. On peut espérer que certaines reviennent un jour, comme celle datant de Louis XV, propriété de Valéry Giscard d’Estaing, déjà prêtée pour une exposition. La plupart sont arrivées sous Napoléon qui ordonna le remeublement du château en 1804. Beaucoup sont des commandes à de grands maîtres horlogers tels les Lepaute, chefs d’oeuvre de style Empire que l’on doit, pour le décor, à des bronziers comme Thomire.

C’est vers la fin des années 1990 que le château décida de les remettre en mouvement, assumant les frais de restauration confiée déjà à la maison Arvaud, sise rue du Cherche-Midi à Paris, adresse prédestinée pour un horloger. Un savoir-faire qui a son prix. Aussi en 2008, Bernard Notari, directeur alors du domaine, eut la bonne idée de frapper à la porte de l’entreprise Rolex. La manufacture suisse mondialement célèbre fut séduite par la collection et accepta de financer la restauration de 27 pendules et horloges pour un montant de 110 000 euros. Un mécénat tellement évident pour une marque de montres qu’il en est presque atypique aujourd’hui. Et même chez Rolex qui s’attache surtout à soutenir la musique, et plus particulièrement le monde de l’opéra, et développe par ailleurs un programme original de mentorat entre artistes confirmés et jeunes talents.

Par bonheur pour Fontainebleau, le partenariat fut renouvelé en 2015 pour 50 000 euros. Outre la restauration de quatre autres pendules - dont celle qui revient aujourd’hui au musée chinois de l’Impératrice, avec une boîte à musique aux 8 airs différents ! - ce nouveau mécénat prévoit, et c'est plus rare, la maintenance durant 3 ans des 35 en fonction. Un rêve. Ces capricieuses machines demandent à être remontées très régulièrement, hebdomadairement dans l’idéal. Jusqu’à il y a peu, c’est un agent du château, tapissier de métier, qui s’en chargeait. Celui-ci parti à la retraite, elles se retrouvaient orphelines. C’est donc désormais la trentenaire Yohanna Arvaud, troisième du nom à reprendre l’affaire, qui vient tous les quinze jours, comme elle le fait dans d’autres institutions, du Louvre à l’Elysée. Le jour de fermeture, accompagnée d’un agent équipé d’un volumineux trousseau de clefs et d’un escabeau, elle déambule de pièce en pièce. Le geste précis, elle connaît les particularités de chaque pendule. L’oreille de l’horloger étant son meilleur outil, la moindre variation sonore l’alerte sur un dysfonctionnement. Si l’atmosphère relativement humide des salles du château convient à la bonne conservation des meubles, cela l’est moins pour la mécanique des pendules, dont les pièces ont tendance à s’oxyder, se rouiller puis se gripper.

Comme tout monument public, le mécénat est devenu essentiel pour Fontainebleau, tellement les besoins sont immenses dans un domaine de 130 hectares et un château aux 1500 pièces dont seulement une centaine, de plus en plus nombreuses, se visite. Afin, aussi, de pouvoir développer projets pédagogiques, expositions et autres événements comme le Festival de l’histoire de l’art. Bénéficiaire en 1925 de la générosité de l’américain John D. Rockefeller junior comme à Versailles, il fallut attendre les années 2000 et sa transformation en établissement public à caractère administratif en 2009 pour que le château de Fontainebleau se dote d’une véritable politique de mécénat, jusqu’à la création récente d’un poste dédié à cette tâche.

Parmi ses soutiens, on trouve, outre la fidèle société des Amis du Château de Fontainebleau, le Crédit Agricole, l’INSEAD, la Fondation du patrimoine ou Total mais le plus spectaculaire reste le partenariat noué en 2007 avec les Émirats arabes unis. En marge de l’accord avec la France pour la création du Louvre Abu Dhabi, son président le cheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan fit don de 10 millions d’euros pour la restauration du théâtre Impérial ! En remerciement, le ministre de la Culture de l’époque, Renaud Donnedieu de Vabres, décida de donner au théâtre « le nom du mécène qui le sauvait d’une ruine annoncée ». Un acte inédit en France que le château minimise aujourd’hui, parlant d’un titre honorifique. La marque Rolex, elle, se signale par de petits écriteaux verts placés à côté de chaque pendule restaurée.

PS. Mes remerciements aux équipes du Château de Fontainebleau, plus particulièrement à Éric Grebille, responsable du mécénat, et à Vincent Droguet directeur des collections ; à Yohanna Arvaud ainsi qu’à Rolex France.

À lire : “Vingt-quatre heures au Château de Fontainebleau” par Hélène Verlet, éd. Les Amis du Château de Fontainebleau, dossier n°12, 2016, 10 €.

 

Photo : B. Hasquenoph

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