[#STREET] Le Carillon, un réseau de commerçants solidaires avec les sans-abris

[#STREET] Le Carillon, un réseau de commerçants solidaires avec les sans-abris
Depuis un an, l’association Le Carillon vient en aide aux personnes qui vivent dans la rue en sensibilisant les commerçants parisiens à leur sort. Désormais, 170 commerces de neuf arrondissements de la capitale offrent des services aux sans-abris avec pour but de recréer du lien social.


Trois petites cloches bleues sur un pictogramme. En cherchant si un restaurant, une boulangerie, ou encore une épicerie prenaient les tickets-restaurants ou étaient recommandés par un guide quelconque, bon nombre de Parisiens sont tombés sur ce petit symbole. Mieux qu’une recommandation, il matérialise l’engagement du commerçant dans le réseau d’aide aux sans-abris lancé il y a un an par l’association Le Carillon.

 

Depuis novembre 2015, des commerçants distribuent gratuitement des services aux personnes qui vivent dans la rue. Un verre d’eau, une boisson ou un repas chaud, utiliser les toilettes, passer un appel, obtenir des échantillons de produits d’hygiène, recharger son téléphone portable ou tout simplement discuter, autant de besoins qui sont des prétextes pour créer du lien social. « Il y avait la volonté de faire participer chaque citoyen à l’action sociale », explique Louis-Xavier Leca, à l’origine du projet. Travaillant pour une ONG et fort de nombreux voyages à l’étranger, il a fait le constat que « la solidarité locale est bien pire en France que dans des pays en développement. »

 

Pour les commerçants, l’envie de solidarité est bel et bien présente, mais ils sont dépendants de contraintes horaires ou pensent ne pas avoir le bon produit à offrir. Face à eux, les sans-abris ont ce sentiment de rejet. « Il fallait faire le pont », insiste le jeune homme de 28 ans, qui aujourd’hui cherche à répertorier de nouveaux services comme les douches ou les lavomatiques.

 

Le pictogramme bleu de l’association, et ceux dédiés à chaque type de service qui peut être offert par le commerçant, cassent la barrière de la langue. En outre, Le Carillon distribue aux sans-abris un annuaire des commerçants solidaires. Les bénéficiaires peuvent ainsi retrouver les services, mais aussi les horaires auxquels ils pourront être reçus sans essuyer de refus.  « Ça va de la petite épicerie qui ouvre tôt au bar qui ferme tard », assure le fondateur de l’association qui voit ces services « comme un prétexte » à la restauration des liens sociaux.

 

D’abord lancé dans le XIe arrondissement de la capitale avec un réseau d’une quinzaine de commerçants solidaires, après un an de fonctionnement, et plus de 2 000 services rendus, Le Carillon est aujourd’hui implanté dans neuf arrondissements de Paris (Ier , IIe , IIIe , IVe , Xe , XIe , XIIe , XIVe , et XIXe ) et rassemble170 échoppes. Pour cela, il a fallu démonter quelques clichés. « La crainte reposait sur l’idée que si un commerçant accueillait un sans-abri, il y en aurait en permanence plusieurs dans la boutique, ce qui est complètement faux, s’étonne encore Louis-Xavier Leca. Il y a également l’idée qu’un commerçant qui va accueillir un SDF va perdre des clients. C’est totalement l’inverse, les gens ont envie de donner du sens à leur consommation. »

 

Even fait partie du réseau depuis mars dernier. Il tient un magasin de chaussures rue de la Folie Méricourt, Le Chausseur Parisien. Dans son commerce, les sans-abris peuvent demander un verre d’eau, recharger leur téléphone ou discuter avec le gérant. « Tout ce que je peux offrir, je le propose », assure-t-il. Son magasin lui permet également de servie de point-relais pour des vêtements commandés par les sans-abris auprès d’une autre association. « On passe nos journées dans nos boutiques, on est un peu les petits vieux derrière nos fenêtres, c’est lié à notre métier d’aider », détaille Even, qui rapporte l’hésitation de certains sans-abris à entrer dans sa boutique.

 

Désormais, 80 bénévoles de l’association Le Carillon assurent un suivi de l’engagement des commerçants.  Des partenaires comme la Croix-Rouge, Les Restos du Cœur, Emmaüs ou encore la Protection assurent la distribution des livrets du Carillon. Une association qui vient en aide aux femmes roms et une association musulmane ont rejoint l’aventure pour effacer les barrières culturelles ou religieuses. Après Paris, les « carillonneurs » vont s’attaquer à Lyon, Nantes, Marseille, et même l’Australie.

 

Article initialement publié dans le Carenews Journal n°7, hiver 2016-2017

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