Budget 2026 : 3 500 tiers-lieux en « danger immédiat »
L’Association nationale des tiers-lieux (ANTL) alerte sur une forte réduction des financements publics prévus dans le budget 2026. Le modèle économique de ces espaces dépend pour moitié des subventions publiques.
« C’est la fin de la politique publique des tiers-lieux », se désole Olivier Ruault, directeur du plaidoyer de l’Association nationale des tiers-lieux (ANTL). En 2025, l’enveloppe votée s’élevait à 13 millions d’euros, puis a été gelée à 7,5 millions d’euros en cours d’année. Pour 2026, elle est fixée à « 1,2 million d’euros » au maximum, déplore-t-il, tout en précisant que la ventilation des crédits est « en cours d’arbitrage ». Le projet de loi de finances présenté en octobre prévoyait initialement une dépense de 0,7 million d’euros.
« Les crédits inscrits en loi de finances ne permettent pas, en l'état, d'identifier de manière suffisamment lisible le niveau d'engagement financier de l'État en faveur de cette politique publique pour l'année 2026 », écrit le député Stéphane Mazars (Ensemble pour la République) dans une question au gouvernement datée du 3 février, restée pour l’instant sans réponse. Il demande à la ministre de l’aménagement du territoire, Françoise Gatel, de préciser « les orientations budgétaires » de cette année, mais aussi « les perspectives de moyen terme » pour ces projets et si « un renforcement de ce soutien est envisagé ».
« Les tiers-lieux, c’est un sujet transpartisan : des députés de tous bords – hors Rassemblement national – soutiennent les initiatives portées », insiste Olivier Ruault. Lors des discussions budgétaires, des amendements ont été adoptés à l’Assemblée nationale et au Sénat, , pour augmenter les financements publics prévus. Mais la ministre avait exprimé un avis défavorable, et le gouvernement ne les a pas retenus dans le texte finalement adopté par 49.3. Cette situation met, selon l’ANTL, les 3 500 tiers-lieux du territoire en « danger immédiat ».
Partout où les services publics sont défaillants, les tiers-lieux ont émergé »
Olivier Ruault, directeur du plaidoyer de l'Association nationale des tiers-lieux
Un soutien « transpartisan »
Le terme « tiers-lieux » désigne des espaces souvent portés par des acteurs de l’économie sociale et solidaire, notamment des associations. Des activités variées y ont lieu. Accompagnement à la prise en main d’outils numériques, jardins partagés et bricolage, ateliers d’artisans et d’artistes, espaces de travail communs, formation de personnes éloignées de l’emploi, débats, événements culturels... « Ce sont des lieux de proximité, qui facilitent les échanges et l’innovation sociale », soutient Olivier Ruault. Plus de trois tiers-lieux sur dix se trouvent dans des milieux ruraux, d’autres dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), fait-il valoir.
En outre, ces structures emploient plus de 30 000 personnes et hébergent près de 48 000 structures, comme des entreprises, des associations et des artisans, met en avant l’ANTL, en s’appuyant sur les données de 2023 de l’Observatoire national des tiers-lieux.
Elles répondent à « des besoins qui ne sont pas couverts par un modèle économique. Partout où les services publics sont défaillants, les tiers-lieux ont émergé », explique encore Olivier Ruault. C’est pour cela, estime le directeur du plaidoyer de l’ANTL, que leur modèle repose pour moitié sur des subventions publiques, provenant de l’État et des collectivités. « Une grande partie de leurs activités sont du ressort de la politique nationale », précise-t-il. Le reste de leurs ressources dépend notamment d’activités payantes : des ateliers, de la vente de boissons ou de la restauration, de la formation professionnelle, par exemple.
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Un appel aux mairies et aux préfectures
Pour que les tiers-lieux puissent continuer à remplir ces missions de « cohésion sociale », l’ANTL fait appel aux maires. « Il ne s’agit pas de leur dire de compenser les financements de l’État, mais de peser dans le débat public », avance Olivier Ruault.
Pour compenser la perte de ressource, en revanche, les préfectures jouent d’après lui un rôle important. Elles « ont besoin des tiers-lieux pour mettre en œuvre certaines politiques publiques, par exemple celle liée aux QPV », justifie-t-il. Elles peuvent donc les financer par le biais de ces politiques.
Si le mécénat peut être utile, Olivier Ruault ne compte pas vraiment sur les ressources privées. « Tout le monde se retourne vers les fondations. Il y a un effet de masse. Elles vont rapidement dire qu’elles ne peuvent pas compenser ».
Célia Szymczak 