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Par Carenews PRO - Publié le 14 décembre 2017 - 09:29 - Mise à jour le 28 décembre 2017 - 09:43
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[LU] La philanthropie occidentale en Afrique 

L'écrivain et sociologue Uzodinma Iweala s'est exprimé lors de la conférence sur la philanthropie organisée à Genève en novembre dernier. Lors de son discours inaugural, il a pointé du doigt les différents écueils de la philanthropie occidentale en Afrique avant d'émettre des propositions.

 

 

Le problème : des soupçons de néocolonialisme

 

L'attitude générale des philanthropes occidentaux qui veulent agir en Afrique reste empreinte des stigmates du colonialisme passé. : « telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, la philanthropie préserve les pouvoirs en place, lesquels sont à l’origine d’une grande partie des souffrances qu’elle tente de soulager », explique Uzodinma Iweala. Cet héritage colonial empêche de pratiquer pleinement ce qui se définit, à l'origine, comme l'amour de l'humanité : philos, en grec ancien, signifie aimer, et anthrôpos, l'homme. Il se manifeste de diverses façons, depuis le racisme théorique d'Emmanuel Kant jusqu'au discours d'Emmanuel Macron au G20 en passant la politique xénophobe de Léopold II. D'autre part, le néocolonialisme peut se voir également dans la façon de prendre la philanthropie pour prétexte pour considérer l'Afrique comme une « terre d'opportunités » et voler davantage que donner.

 

« Passer de la philanthropie à l'idée de justice »

 

L'idée centrale de la tribune de l'écrivain et sociologue à la double nationalité américaine et nigériane Uzodinma Iweal est donc la suivante : « mon intention n’est pas de dramatiser les atrocités perpétrées pendant le colonialisme. Je cherche plutôt à présenter clairement la situation afin de permettre aux philanthropes modernes de voir où ils peuvent avoir le plus d’impact.  Pour moi, cela signifie déplacer le débat, passer de la notion de philanthropie en Afrique à l’idée de justice. Plus précisément, quand je parle de redéfinir la philanthropie pour servir la justice, ce que j’entends très concrètement est un mot redouté : « réparations ». Là se trouverait alors le vrai acte philanthropique et humain. Se pose alors un problème de droit classique : comment indemniser financièrement un préjudice qui ne se mesure pas en termes d'argent ? Est-il réellement possible de monétiser les blessures infligées par le colonialisme ? Autre question : comment décider qui paie ? Tous ces enjeux sont de taille.

 

« Imaginer une entreprise mutuellement bénéfique »

 

« De fait, nous devons cesser de voir les réparations comme un transfert à somme nulle et imaginer à la place une entreprise mutuellement bénéfique », propose le diplômé de Harvard. En somme, c'est une philanthropie éclairée et intelligente qui doit remplacer celle qui est tâchée par le colonialisme passé. « Les philanthropes pourraient ajouter : ' oui, vous êtes humains, et je suis désolé que nous ayons pris vos vies, vos terres et votre argent. ' Un tel changement de message créerait une situation où tout le monde serait gagnant. Il permettrait à l’Occident de progresser vers la pleine reconnaissance de sa propre humanité, en demandant pardon, et de dépasser le capitalisme absolu, qui considère la vie humaine comme une matière première. Il permettrait aux Africains d’évoluer sur la scène mondiale comme des personnages pleinement égaux aux Occidentaux plutôt que comme des personnages de second ordre. »

 

Et le fils de la femme politique nigériane Ngozi Okonjo-Iweala de conclure : « il nous faut être à la hauteur de notre essence philanthropique. Les humains pour les humains. En repensant la philanthropie comme une réparation, nous ouvrons la voie à une nouvelle manière de penser ».

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