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Par Chroniques philanthropiques - Publié le 20 avril 2020 - 14:56 - Mise à jour le 6 mai 2020 - 12:13
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Anticiper les prochaines crises et sortir de celle-ci

Dans ce moment très compliqué de la crise du Covid 19, il semble indispensable de prendre du recul par rapport au moulin d’informations envahissantes et anxiogènes pour se donner des outils de réflexion apportés par des universitaires ou philosophes. Ma première référence sera la philosophe Cynthia Fleury qui dans son article « Une aventure pandémique contre-intuitive » nous aide avec justesse.

Anticiper les prochaines crises et sortir de celle-ci. Crédit photo : iStock

Anticiper

Anticiper à grande échelle n'est pas évident car face à des événements rares, improbables, que notre imaginaire n'arrive pas à visualiser, il se dresse une barrière psychologique. Le confort du connu est préférable à la crainte et à l'angoisse de l'inconnu. En 2010, madame Bachelot, alors ministre de la Santé, avait acheté en grande quantité de masques et vaccins lors de l’épidémie de grippe H1N1. Faute de besoin, ils n'ont pas été utilisés. La dépense lui a été violemment reprochée car en démocratie l’attaque politique prend le dessus sans recul, ni rationalité, envenimée par l’amplification médiatique. Les stocks tant critiqués à l’époque ont été progressivement utilisés pour devenir totalement insuffisants car personne n’avait anticipé la crise suivante.

Dans la crise actuelle dont la violence, la dimension et la rapidité a surpris, la situation est inverse, nous n’étions pas assez préparés. D’autres priorités, sociales, économiques, environnementales… ont amené à la démobilisation, au relâchement et à l'engourdissement sur le risque d’une prochaine pandémie. Chaque année, les arbitrages budgétaires sont faits avec une vision à court terme, contraints par les questions de déficit public. Alors, pourquoi dépenser de l'argent pour des stocks ou pour investir plus dans des exercices de simulations de crises lorsque l’on ne discerne pas la menace ? Le coût économique engendré par cette pandémie sera infiniment plus lourd qu'il aurait été avec une anticipation et des stocks de bon niveau. Toutefois il est extrêmement difficile de calibrer ce bon niveau. 

Le professeur Olivier Sibony de HEC fait une présentation passionnante du phénomène des biais qui amènent au retard à la décision. Cette vidéo se veut être un outil utile à la réflexion au moment où chacun s’inquiète face aux informations contradictoires et surtout face à ses certitudes. Elle me semble indispensable à voir !

Sur le plan opérationnel la publication récente d’un spécialiste de l'épidémiologie dans le monde apporte aussi des éléments de réflexions sur la question fondamentale de l’anticipation.

La post-crise

Une fois cet épisode terminé, il faudra envisager que de nouvelles catastrophes interviendront, car une probabilité même faible reste une probabilité. Si elle n’est pas sanitaire elle pourra être de cause écologique, sans en savoir précisément la forme : sècheresse, restriction alimentaire, réduction de l’eau disponible, migrations massives, catastrophe naturelle ou autre. 

Il y aura aussi bien à penser pour éviter : l'oubli des errements passés, les certitudes sur les changements qui pourront advenir, « le monde d’avant et celui d’après ». Car là encore nous entrerons dans un monde inconnu et chacun aura sa bonne réponse sans qu’il soit possible d’avoir de certitudes. 

Comment vraiment tirer les enseignements de la crise que nous traversons ? Comment, collectivement, anticiper quand il est patent que cela nécessite des décisions nationales, européennes et mondiales dont les coûts sont extrêmes ? Comment trouver un consensus, indispensable dans nos démocraties, sur des mesures difficiles à prendre car impactant l’économie, les modes de production et la vie de chacun à court terme ? Sommes-nous dans un pays qui écoute, respecte la parole de l'autre, donne une chance à l’avenir ? 

Hors de la présentation d’Olivier Sibony déjà évoquée on pourra aussi lire l’interview coup de gueule du philosophe André Comte-Sponville sur l’après confinement.

Nous devons espérer qu'il restera quelque chose de cet immense mouvement de solidarité qui a uni une grande partie du pays.

Francis Charhon 

Ressources 

 

 

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