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Par Chroniques philanthropiques - Publié le 31 mars 2020 - 14:06 - Mise à jour le 31 mars 2020 - 14:06
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Coronavirus et philanthropie : anticiper, réagir, adapter

La crise sanitaire que nous traversons m’amène à une réflexion sur la façon dont la philanthropie doit faire face à une situation aussi extraordinaire. L’article met aussi en perspective les diverses mesures à envisager soit pour les organisations, soit de la part du Gouvernement pour garder au secteur sa capacité d’action.

Coronavirus et philanthropie : article de Francis Charhon pour le blog Chroniques philanthropiques. Crédit photo : jozefculak

Faire face avec détermination et engagement

L'heure n'est pas de savoir qui a fait quoi ou ne l'a pas fait, c’est probablement un processus d’évitement collectif. Maintenant il faut faire face tous ensemble. L’État a décrété l’état d’urgence sanitaire avec une forte détermination en s’adaptant en permanence à l’évolution des connaissances de l'épidémie du Covid-19. La mobilisation du pays est massive, généreuse et engagée qu’il s’agisse des personnels de la santé, de l’éducation, du monde agricole, de l’armée, des forces de sécurité mais aussi d’entreprises, d’associations et de fondations… La liste est longue. La numérisation permet la mise à disposition de nombreuses plateformes d’aide, de conseil, d’accompagnement et bien sûr facilite le travail à domicile. 

La solidarité est le moteur qui permettra de mener la grande bataille des semaines à venir. Les besoins immenses s’amplifient avec le temps et les ressources humaines subissent une forte pression. Il en est de même pour le matériel que le monde entier veut en abondance.

La contribution de la philanthropie dans la crise

Depuis des années le monde de la philanthropie apporte des réponses pratiques, innovantes aux besoins de la population. Certaines caractéristiques lui sont spécifiques : capacité d’agir du niveau macro au niveau le plus local,  engagement autour de valeurs de partage et de solidarité. Elles sont les acteurs les plus générateurs de lien social et de cohésion. Au-delà des salariés, ses ressources humaines sont immenses grâce au bénévolat. 

Le professionnalisme de ces organisations leur donne la capacité de faire face avec flexibilité et adaptabilité. Par exemple, les ONG d'urgence sont réactives, elles savent que les batailles se gagnent avec une logistique éprouvée et des stocks disponibles pour différents types de crises. Garder opérationnels des entrepôts fournis en matériel coûte très cher mais moins que le coût humain et économique d’une catastrophe. Pour la première fois, à l’échelle d’une pandémie planétaire, elles doivent assurer un  réapprovisionnement exceptionnellement complexe car la demande pour les mêmes produits explose partout. 

Traverser la crise avec l’apport des associations et fondations

Dans la mobilisation générale les associations et fondations ont un rôle majeur à jouer pour des populations fragiles dont l’accès est un problème. Ces organisations assurent une action de proximité indispensable que l'État ne peut prendre en charge. Le gouvernement fait d’ailleurs appel à elles de façon pressante.

Mais comme toutes les entités économiques dans le confinement elles font face à des problèmes de fonctionnement, de trésorerie et de personnel. Elles ont à : 

  • assurer une continuité de service auprès de leurs publics, complexifiée par le confinement
  • organiser le travail à distance, tout en disposant de personnels d’intervention qui doivent tenir dans la durée
  • garantir le financement de leur activité.

Alors que les besoins croissent, les petites et moyennes structures de proximité, sans trésorerie, vont être à la peine et s’arrêter. 

Le soutien des particuliers et des entreprises risque de se réduire soit par réallocation des fonds sur des causes directement médicales, soit simplement par l’effet de sidération due à la situation actuelle.

L’urgence d’obtenir le soutien de l’État

Le décret soutenant l’activité économique qui vient de sortir a été élargi aux structures associatives mais cette décision concerne uniquement celles qui ont une activité économique. L’immense majorité de ces structures n’a pas d’activité économique donc en l’état actuel, ne peut attendre les mêmes facilités de trésorerie ou d’emprunt dans les banques. 

Envisager le soutien économique par la seule lecture commerciale aura des conséquences gravissimes entraînant la disparition d’acteurs qui ne pourront plus poursuivre leurs actions. Un fonds structurel de soutien est nécessaire. Les subventions en attente doivent être versées le plus rapidement possible. Attention à ne pas oublier les fondations et fonds de dotation dans les textes.

En ce qui concerne la collecte  des avis pertinents ont été émis par deux spécialistes du fundraising,  Antoine Vaccaro et Eric Dutertre. Tous deux convergent pour préconiser, dans cette  période qui s’annonce difficile, de ne pas couper les budgets de collecte mais de les contextualiser. L’important est de ne pas rompre le lien avec les donateurs fidèles. 

Face à l’urgence  de cette crise, exceptionnellement tous les dons ne devraient-ils pas bénéficier du dispositif Coluche pour cette année ? 

Cela serait une façon de répondre aux besoins de trésorerie et donnerait une bouffée d’air aux organisations mais aussi aux donateurs. 

Dans le même ordre d’idée, l’application de la restriction du mécénat d’entreprise votée dans le PLF 2021 pourrait être reportée jusqu’à la fin 2021. Gardons à l’esprit qu’à la sortie de la crise, le mécénat, ne sera pas la préoccupation première des entreprises et peut-être pas non plus des donateurs.

Un appel à la rupture dans les pratiques des dirigeants

Traverser la crise sera long et difficile, la sortie, pendant la durée de la convalescence économique, le sera certainement encore plus. 

Les conseils d’administration et les directions des organisations doivent se mobiliser rapidement pour revoir les projections de l’année et les priorités avec des choix radicaux alliant : la préservation de l’activité, de l’organisation, la conservation de réserves qui garantissent l’avenir, et un nouveau plan de collecte. Il ne sera pas simplement question d’ajustements mais de stratégies nouvelles à envisager sur les modes de fonctionnement, sur l’agilité et la flexibilité pour faire face aux crises, sur les alliances à mettre en place pour mutualiser des actions, sur l’optimisation des activités programmatiques.

Soutenir le fonctionnement autant que les projets

Les fondations devront envisager des aides structurelles aux associations qu’elles soutiennent. C’est une bonne occasion de considérer que ces dernières  ne sont pas des sous-traitants mais des partenaires et qu’aider au fonctionnement est partie intégrante des projets. Quitter le dogme du « on ne soutient que les projets », en faisant fi des frais de fonctionnement, permettra leur survie. Une telle crise montrera qu’il est nécessaire de laisser la possibilité aux associations d’avoir un fonds de réserve pour assurer leur pérennité, comme c’est le cas dans les entreprises, plutôt que de considérer, comme le font l’État et les corps de contrôles, que d’avoir de la trésorerie est une rétention des dons. 

Changer demain

J’ai parlé du rôle des acteurs de la philanthropie pour montrer combien ils étaient utiles mais aussi fragiles. Le Gouvernement vante sans arrêt les vertus de ce secteur et incite à sa mobilisation alors que ce secteur est aussi victime du manque d’anticipation comme cela a été le cas pour la santé. 

Depuis des années les représentants de ces organisations réclament que leur secteur soit reconnu comme aussi vital que ceux de l’agriculture, du commerce, de l’industrie.  Il représente 3,3 % du PIB et 7 % de l ‘emploi. Pourtant rien de cela. 

La loi Aillagon avait ouvert un espace pour la philanthropie complété par les dispositions ISF et la loi sur les fonds de dotation mais depuis quelques années cela n’a été que restrictions budgétaires, soit par la diminution des subventions, par la diminution des mesures fiscales en faveur des dons ou l’arrêt des emplois aidés… 

Attention en post-crise, l'oubli est notre pire ennemi. Il faudra pourtant remettre sur la table la discussion  sur la relation État–acteurs philanthropiques. La restriction des moyens entraînera inéluctablement la réduction d’un secteur dont la société a un besoin essentiel et qui ne sera plus opérationnel pour faire face aux grands enjeux sociétaux.

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