Aller au contenu principal
Par Carenews INFO - Publié le 15 octobre 2020 - 15:00 - Mise à jour le 15 octobre 2020 - 15:00
Recevoir les news Tous les articles de l'acteur

Flore de Rufz : « Avec LinkedOut, on essaye de changer le paradigme de l’insertion pour celui de l’inclusion »

Un an après sa première expérimentation, LinkedOut, la version solidaire de LinkedIn par l’association Entourage, lance sa deuxième promotion de personnes précaires en recherche d’emploi. Entretien avec Flore de Rufz, directrice du projet.

Flore de Rufz. Crédit photo : DR.

 

LinkedOut, la version solidaire de LinkedIn par l’association Entourage, est l'initiative sociale qui a le plus marqué les lecteurs de Carenews en 2019. La plateforme de l’association rassemble les CV de personnes en difficulté souhaitant travailler. Chaque internaute peut facilement diffuser celui ou ceux de son choix sur différents réseaux sociaux afin de booster la recherche d’emploi des candidat·e·s.  

Les CV, concis, mettent en avant la personnalité de chaque candidat·e, son parcours particulier et ses expériences, atouts et centres d’intérêts. Des binômes composés d’un·e candidat·e et d’un·e bénévole-coach sont créés pour aider chaque personne dans sa réinsertion. Flore de Rufz, directrice du projet LinkedOut, revient sur la phase pilote du dispositif, et son nouveau chapitre ouvert ce mardi 13 octobre.

 

  • Quel bilan tirez-vous de la première promotion de LinkedOut ? 

Cette première promotion était une expérimentation du projet, faite en 2019 à petite échelle avec 15 candidat·e·s accompagné·e·s par 15 coachs bénévoles, avec une première version basique de notre plateforme. Nous voulions tester le concept de LinkedOut, voir si le grand public partageait les CV de nos candidat·e·s, si on touchait les entreprises, etc. Le succès a été assez immédiat : en moins de trois mois, onze candidat·e·s sur 15 avaient trouvé un emploi. Nous avons de plus été contactés par des centaines d’entreprises, environ 300 autres emplois ont été proposés grâce à la plateforme. Le principe du partage de son réseau avec celles et ceux qui n’en ont plus, de rendre visibles toutes les personnes invisibles pour générer des opportunités d’emplois, a plu, et on a vraiment touché les entreprises, de plus en plus conscientes de l’impact social qu’elles doivent générer. 

En revanche, seul·e·s six candidat·e·s sur 15 sont toujours employé·e·s. On s’est rendu compte qu’il fallait qu’on accompagne beaucoup plus les entreprises à accueillir et intégrer durablement les candidat·e·s. C’est un challenge pour une entreprise de s’ouvrir à quelqu’un qui a un parcours complètement différent des personnes qu’elle a l’habitude de recruter. Nous voulons leur faire comprendre que cela va demander une adaptation, non seulement du candidat, mais aussi de l’entreprise. Il n’en demeure pas moins que nous avons été confortés dans l’idée que LinkedOut pouvait changer la vie des personnes précaires. La majorité des personnes sans emploi de la première promotion ont d’ailleurs intégré la deuxième, lancée en septembre.

  • Le programme change-t-il pour cette deuxième promotion ?

Nous passons des 15 candidat·e·s de la première promotion à 80 personnes, ce qui représente, forcément, un grand changement pour nous. Chacun·e de ces candidat·e·s précaires à la recherche d’un emploi est apte au travail et très motivé·e. Un·e bénévole-coach accompagnera chaque personne. Après avoir publié leurs CV sur notre site en septembre, ce mardi nous avons lancé la campagne de partage de ces CV, une étape cruciale pour générer des opportunités d’emploi. Pour ce faire, nous avons sorti un nouveau site Internet LinkedOut, développé avec l’incubateur tech for good Share It

Nous avons également consolidé plusieurs axes du projet, à commencer par la formation et l’accompagnement des bénévoles-coachs. Nous recrutons et formons ces bénévoles, qui, s’ils sont tou·te·s dans la vie active, ne sont pas forcément des professionnel·le·s du social. Nous leur avons déjà appris une grande partie de la pédagogie LinkedOut : comment créer un lien de proximité et de confiance avec une personne ayant un parcours dont ces coachs n’ont pas forcément l’habitude, et comment utiliser notre plateforme et réaliser notre format de CV.  La deuxième soirée de formation, fin octobre, concernera l'accompagnement post-reprise d’emploi, pour que les bénévoles-coachs puissent la sécuriser.  

La V1 de notre accompagnement des entreprises consiste à changer leur vision des personnes précaires. Nous avons formalisé un ensemble de conseils, toute une pédagogie, que nous allons transmettre aux entreprises. Nous allons aussi leur proposer des workshops auprès de leurs équipes, pour les préparer à accueillir les candidat·e·s. 

  • Comment construisez-vous l’avenir du dispositif, avec la crise économique et sociale qui s’annonce ? 

Les personnes précaires exclues sont effectivement les premières fragilisées par les crises. Avec LinkedOut, on essaye de changer le paradigme de l’insertion pour celui de l’inclusion. L’insertion, c’est quand une personne, accompagnée, essaye de retrouver sa place. L’inclusion, c’est quand tout le système bouge pour faire une place à la personne qui souhaite se réinsérer, ce qui change tout. 

Nous sommes lauréats de l’appel à projet 100 % inclusion, dans le cadre du Plan d’investissement dans les compétences (PIC) porté par l’État. Nous nous sommes donc engagés auprès du ministère du Travail à remettre 500 personnes en situation d’exclusion et de précarité en emploi d’ici mars 2023. Nous voulons profiter de ces trois années de soutien pour développer une marque forte, et faire de LinkedOut un réflexe pour toutes les entreprises qui veulent recruter de façon solidaire et inclusive.

  • Comment s’articule le financement de LinkedOut ?

Le PIC nous fournit 60 % de notre financement sur trois ans, et nous devons compléter avec des financements privés. Nous sommes déjà soutenus par un certain nombre de fondations : Air Liquide, Safran, Transdev… Pour financer ce qui nous manque, nous avons développé des modalités d’engagement très simples sur notre plateforme. Chaque entreprise, quelle que soit sa taille, peut faire un don pour soutenir notre projet. Mais l'engagement le plus accessible, qui ne coûte rien et peut tout changer, c’est le partage de CV. Cela a changé la vie de certain·e·s de nos candidat·e·s.   

Propos recueillis par Mélissa Perraudeau 

Fermer

Inscription à la newsletter

Cliquez pour vous inscrire à nos Newsletters

La quotidienne
L'hebdo entreprise, fondation, partenaire
L'hebdo association
L'hebdo grand public

Fermer