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Par Le RAMEAU - Publié le 20 mars 2020 - 13:21 - Mise à jour le 20 mars 2020 - 13:37
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L’urgence de (ré)apprendre à co-construire le LIEN commun

La crise du Covid 19 nous offre l’opportunité de nous questionner collectivement sur notre capacité à « faire société ». D’un côté, le consensus national derrière le Gouvernement et l’esprit de solidarité semblent être à la hauteur d’une situation inédite, et c’est une bonne nouvelle. De l’autre, faute de savoir comment « faire alliance », nous touchons les limites de notre modèle actuel.

Dans le contexte actuel, il est heureux de voir la réaction des Français, des organisations et de la classe politique.

Une réaction à la hauteur des enjeux…

A quelques rares exceptions près, les Français d’abord ont parfaitement répondu à l’exigence de confinement que leur a demandé le Président de la République. Conscients des enjeux, ils sont très majoritairement solidaires des décisions et respectueux de leur application.

Les organisations publiques et privées ensuite. Elles se sont organisées en priorité pour mettre en sécurité leurs parties prenantes (salariés, fonctionnaires, bénévoles, clients, partenaires et bénéficiaires …). Après cette première étape, émerge actuellement une série d’initiatives pour répondre à l’urgence, notamment en partageant les outils numériques et les moyens de permettre une continuité d’activités pour les structures qui le peuvent.

Les élus, enfin, qui évitent toute polémique inutile à un moment où l’unité nationale est plus que jamais d’actualité. Soulignons que même les plus radicaux d’entre eux ont su dès le déclenchement du plan de crise tenir des propos très différents de ceux qu’ils expriment habituellement. C’est tout à leur honneur !

… et pourtant, dans les faits, nous assistons à la limite de notre mode de fonctionnement cloisonné !

Face à cette volonté générale qui incarne la capacité des Français à mettre l’intérêt général au cœur de leur « vivre ensemble » lorsque la situation l’exige, la réalité de terrain montre clairement que le « vouloir et pouvoir d’agir » ne suffisent pas si nous n’avons pas les réflexes et les infrastructures adaptées à une action collective fondée sur le « jouer collectif ».

La preuve la plus flagrante de cette réalité est la gestion sanitaire de la crise. L’incapacité à articuler médecine de ville et hôpitaux publics, mais aussi acteurs publics, établissements privés et structures d’intérêt général, rend difficile l’action efficace et coordonnée. Pire, elle fait prendre des décisions qui semblent délirantes. Un exemple dans le Grand Est : alors que 70 lits d’urgence pourraient être armés (autrement dit ouverts) dans les cliniques privées, c’est un avion de l’armée qui déplace 6 malades dans une autre région… parce qu’aucun kit sanitaire ne peut être envoyé aux cliniques privées.

Nos élus sont-ils fous ? Notre Administration est-elle incapable ? Bien sûr que non ! C’est malheureusement beaucoup plus simple : les liens entre les solutions n’existent pas, aucun processus ne les prévoit, et même avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de les activer … car ils ne sont tout simplement pas vus ! Les processus et la régulation ont progressivement pris la place du bon sens, et ce qui est « sous les radars » ne peut pas être activé.

Il faut comprendre ce paradoxe. La raison en est simple : d’un zodiac, on voit la mer et on peut s’adapter en permanence ; d’un porte-avion on ne voit pas l’eau et on est obligé de faire confiance à la chaîne de commandement qui va du poste de pilotage au pont. Il serait donc trop facile de juger les incohérences d’actions au seul regard de la responsabilité de ceux qui sont à la manœuvre. C’est l’ensemble de notre écosystème qu’il faudra évaluer à la sortie de crise. Depuis la fin des années 70, nous avons privilégié la gestion régulatrice à l’action collective transformatrice. Autrement dit, les règles et les normes ont pris plus de place que la réalité de l’action effective. Pour améliorer les processus et leur productivité, nous avons progressivement confié la responsabilité de structurer l’action (la finance pour l’économie, le droit pour la justice et les systèmes d’information pour les liens sociaux). Alors que ces outils sont censés être au service de finalité collective, ils sont devenus des « canards sans tête ».

Dans cette période de confinement où il est paradoxal de devoir s’isoler pour « jouer collectif », c’est sans doute le moment de prendre le recul suffisant pour observer les incohérences de notre modèle et commencer à anticiper la sortie de crise : allons-nous reprendre comme avant … ou allons-nous comprendre la réelle nécessité de co-construire le bien commun ?

Pour sortir grandis de cette crise, (ré)inventons nos modèles en nous appuyant sur la co-construction territoriale !

Dans cette période d’incertitude, Le RAMEAU porte une bonne nouvelle : nous avons le choix ! 14 ans de recherche empirique sur les territoires prouvent que le « Collective Impact » à la Française existe déjà. Sans en prendre conscience, il est incarné sur nos territoires. Certes, il est trop souvent sous les radars des élites et des élus, mais il n’existe pas moins pour autant.

Dès la sortie de crise, sachons-le (re)connaître et le valoriser pour nous éclairer sur les solutions à mettre en place pour l’avenir. Loin de toute forme d’arrogance, il ne s’agira pas de vouloir mettre en exergue tel ou tel profil d’acteur, car aucun d’entre eux n’est en mesure d’assumer seul l’ampleur de nos enjeux collectifs. Il s’agira au contraire d’écouter, d’analyser et de capitaliser les fruits des démarches collectives apprenantes qui mobilisent des acteurs riches de leurs différences.

En ce qui concerne Le RAMEAU, nous nous mobilisons actuellement pour préparer un plan de sauvegarde des structures d’intérêt général qui sont doublement affectées par la crise : dans la continuité de leurs activités, mais aussi dans leur modèle économique par essence plus fragile que les autres acteurs publics et privés. Plus que jamais nous aurons besoin des associations et des fondations, et plus que jamais les alliances stratégiques avec leurs partenaires publics et privés seront nécessaires pour inventer ensemble des solutions qui répondent aux spécificités de chaque territoire. La co-construction territoriale sera un moyen concret de répondre ensemble aux défis locaux, et de sortir par le haut de la crise.

C’est en nous mobilisant autour des plus fragiles que nous saurons (ré)inventer le modèle systémique de demain où chacun aura sa « juste place ». C’est ensemble : associations, entreprises, fondations collectivités territoriales, service de l’Etat, acteurs académiques … et « pouvoir d’agir » des personnes que nous pourrons dépasser nos freins actuels.

N’ayons pas peur ! Si nous le voulons, nous sortirons grandis de cette crise. D’ici là que chacun prenne bien soin de lui, de ses proches… et en profite pour se projeter dans l’avenir qu’il souhaite pour lui, pour ses enfants et pour les enfants de ses enfants. Bonne réflexion …

 

Charles-Benoît HEIDSIECK, Président – Fondateur du RAMEAU

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