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Par Carenews INFO - Publié le 20 novembre 2019 - 13:58 - Mise à jour le 26 novembre 2019 - 15:23
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Laurence Méhaignerie : « J’ai mis du temps à réaliser que j’intégrais des comportements genrés »

À l’occasion du Mois de l’ESS, nous avons décidé de consacrer à la question de l’égalité femmes-hommes une série d’articles. Aujourd’hui, c’est Laurence Méhaignerie, co-fondatrice et présidente de Citizen Capital, un fonds d’investissement spécialiste de l’impact investing, qui répond à nos questions.

Crédit photo : DR.

Après des études de sociologie et de communication, c’est comme journaliste que la Franco-Américaine Laurence Méhaignerie a commencé sa carrière. Elle a ensuite été chercheuse associée à l’Institut Montaigne, où a co-écrit le rapport « Les oubliés de l’égalité des chances », avant de co-rédiger et coordonner le lancement de la Charte de la diversité dans l’entreprise en 2004. En 2005-2006, Laurence Méhaignerie fut conseillère technique auprès du ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances. Avant de bifurquer dans l’impact investing, et de fonder Citizen Capital avec le spécialiste de l’investissement Pierre-Olivier Barennes en 2008.

Parmi les premiers fonds d’investissement en France qui allient recherche d’impact social et de rendement financier, Citizen Capital a notamment accompagné la plateforme de crowdfunding Ulule, l’école en ligne OpenClassrooms ou encore la startup make.org. Fin mars, il a annoncé la création de Citizen Capital Impact Initiative, un fonds d’investissement dédié aux startup de la Tech for Good à impact social et/ou environnemental en phase de lancement.

À l’occasion du Mois de l’ESS et de notre semaine spéciale égalité femmes-hommes, Laurence Méhaignerie nous a livré sa vision d’un secteur qui, bien qu’en marge de l’ESS, partage nombre de ses valeurs et problématiques.

  • L’impact investing est-il un milieu très masculin comme la finance classique ?

Quand je suis arrivée dans ce métier, il était extrêmement masculin, avec des codes très masculins. Mais depuis quelques années, il y a une prise de conscience et une volonté des acteurs d’évoluer, comme on le voit par exemple avec la charte Sista. J’ai le sentiment qu’il y a plus de femmes dans l’impact investing que dans la finance classique, notamment à la tête de fonds ou à des positions décisionnaires. Je pense par exemple à Emilie Debled, directrice exécutive du fonds I&P. Dans l’impact investing, plusieurs fonds ont de plus été créés ou sont dirigés par des femmes, comme Alter Equity, fondé par Fanny Picard. 

Je pense que ce métier attire davantage de femmes que la finance classique qui a une réputation de milieu assez dur, avec une culture de travail intense difficile à conjuguer avec la vie de famille. L’impact investing renvoie à mon sens une image plus humaine et rend compte de la variété et de la richesse du métier de l’investissement. 

  • Quelles difficultés identifiez-vous pour les femmes que vous accompagnez dans le domaine de la finance à impact ?

Les femmes qui créent leurs entreprises sont des battantes, elles ne vous disent pas qu’elles ont des problèmes. En ce qui me concerne, j’ai mis beaucoup de temps à réaliser que j’étais moins sûre de moi que les hommes qui m’entouraient. J’avais davantage tendance à penser que je me trompais, et j’ai mis du temps à réaliser que j’intégrais des comportements genrés venant de la nuit des temps. Une grosse part du sujet me semble être la reproduction de comportements inconscients. Des études montrent que les femmes lèvent moins de fonds : cela peut être lié à une discrimination des fonds, soit mais aussi au fait que les femmes considèrent que lever un million est déjà bien là où un homme osera en lever cinq. 

Il y a aussi les stéréotypes formulés par les hommes. Certaines réflexions liées à la loi Copé-Zimmermann, obligeant les grandes entreprises et ETI (entreprises de taille intermédiaire) à compter au moins 40 % de femmes dans leurs conseils d'administration, posent question. J’ai entendu certains hommes se plaindre parce qu’il n’y aurait pas suffisamment de femmes de qualité… considérant que la loi n’a pas à interférer sur le libre-arbitre des entreprises en la matière. Mais sur ces sujets de société, les transformations ne se font pas naturellement. S’il n’y avait pas eu de règles émanant de l’État en faveur de l’égalité femmes-hommes, je ne sais pas où on en serait ! Nous n’avons tout de même obtenu le droit de vote qu’en 1944. 

  • Comment rendre le secteur égalitaire ?

Chez Citizen Capital, nous sommes très attentifs à la parité. Jusqu’à il y a peu, nous étions autant de femmes que d’hommes, et nous comptons bien y revenir. Quand nous recrutons et que nous manquons de femmes, nous adoptons une démarche pro-active. Nous cherchons également une diversité sociale. Dans ce milieu comme dans beaucoup d’autres, nous recevons 80 % de candidatures masculines et autant de dossiers entrepreneuriaux dirigés par des hommes. Il faut donc faire des efforts, chercher des candidatures de femmes, et faire attention à ne pas engager uniquement des personnes sortant des mêmes grandes écoles et de milieux avantagés. 

Pour changer les choses, il faut le vouloir, se fixer des objectifs et des indicateurs. C’est pour cela que pour deux embauches, et notamment un jeune devenu directeur d’investissement, nous sommes passés par le cabinet de recrutement Mozaik RH, qui est spécialisé dans l’identification des talents issus des quartiers et de la diversité. D’ailleurs, autant le sujet des femmes progresse politiquement, autant le sujet de la mixité sociale et ethnique a été mis sous le tapis ces dernières années. Il ressortira d’une manière ou d’une autre. 

Propos recueillis par Mélissa Perraudeau 

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