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Par Carenews INFO - Publié le 5 décembre 2019 - 10:07 - Mise à jour le 5 décembre 2019 - 12:01
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[Portrait] Pour Agathe, bénévole à la Cimade, « il y a une grande force à être bénévole »

À l’occasion de la journée mondiale du bénévolat, Agathe Legrain nous a parlé de son engagement à la Cimade. Consultante en RSE et développement durable, elle donne des conseils juridiques à des personnes migrantes ne pouvant pas obtenir de droit d’asile. 

Crédit photo : DR.

Selon l’enquête annuelle réalisée par le réseau Recherches & Solidarités avec le soutien de la Macif, neuf associations sur dix fonctionnent uniquement avec des bénévoles. IIs sont au total plus de 12,5 millions en France à s’engager, dont plus de cinq millions agissant chaque semaine. En 2018, les effectifs salariés des associations ont cependant diminué, de près de 1%, pour la première fois depuis 2011. À l’occasion de la journée mondiale du bénévolat, nous avons interrogé Agathe Legrain, consultante en RSE/développement durable et bénévole à la Cimade. 

« Le suivi dépend de la personne, du besoin et du feeling »

Jointe par téléphone, elle nous a expliqué avoir « toujours voulu être bénévole dans une association ». Alors quand elle a quitté Paris pour étudier dans une école d’avocats à Lyon où elle ne connaissait personne, Agathe Legrain a contacté des associations comme Amnesty International. En vain : ces dernières n’avaient pas de place vacante lui correspondant. Mais quand elle est revenue vivre à Paris il y a trois ans, son mémoire sur le droit d’asile en poche, l’avocate en droit du travail a trouvé une mission lui correspondant.

« J’avais déjà vu circuler des courriers de la Cimade, et on m’a reparlé de l’association. Je suis rapidement tombée sur une personne y travaillant, qui avait besoin d’un profil comme le mien. »

La Cimade est une association de solidarité active et de soutien politique aux migrants, aux réfugiés et aux déplacés, aux demandeurs d'asile ainsi qu’aux étrangers en situation irrégulière. Elle conseille, accompagne et/ou héberge 100 000 personnes par an, notamment grâce à 115 permanences. C’est dans l’une d’entre elles que chaque mardi soir, après sa journée de (désormais) consultante en RSE/développement durable, Agathe Legrain donne des conseils juridiques à des personnes migrantes ne pouvant pas obtenir de droit d’asile, « celles que l’on appelle à tort les migrants économiques ». 

Beaucoup viennent pour la première fois, d’autres revoient un·e bénévole consulté·e précédemment. « Le suivi dépend de la personne, du besoin et du feeling : certain·e·s se confient et ont besoin de conseils plus précis. Dans ce cas, je donne mon adresse e-mail car beaucoup travaillent et habitent loin. » Mais Agathe Legrain précise qu’elle ne consacre pas vraiment plus que ses trois heures hebdomadaire de permanence à son activité de bénévole :  « ils ne m’envoient des messages que quand il y a une urgence, et sont souvent gênés de le faire parce qu’ils savent que nous ne sommes pas payés pour les aider. » Souvent, face à des personnes migrantes cherchant à être régularisées pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions, elle appelle leurs employeurs « pour les rassurer ». 

Des avantages du bénévolat sur le salariat

Le plus difficile dans son engagement bénévole ? Quand elle n’a pas de solution à donner aux personnes qui viennent d’arriver et n’ont « pas fait les choses comme il fallait », ou « qui sont là depuis cinq ans et travaillent de façon clandestine ». Agathe Legrain évoque également les cas de personnes maltraitées ou réduites à l’esclavage par leurs employeurs. Des situations d’autant plus difficiles que les bénévoles ne sont pas des professionnels formés à accueillir des victimes de violences.

Ces cas ne font toutefois que renforcer Agathe Legrain dans sa conviction qu’« il y a une grande force à être bénévole ». Habituée à lire des études et témoignages sur les difficultés des structures associatives, elle regrette que leurs salariés doivent consacrer du temps et de l’énergie aux problématiques de subventions ou de gestion des fonds, un temps qu’ils ne peuvent donc pas passer à accompagner les personnes. « Dans le bénévolat, on a le temps d’approfondir et de vraiment accompagner les gens puisqu’il s’agit de notre temps de vie personnelle », appuie-t-elle. 

Et ce bénévolat enrichit précisément sa vie personnelle. « C’est un cliché, mais c’est vrai que cela fait relativiser ses petits soucis du quotidien », explique Agathe Legrain, pour qui « il n’y a pas tant de moments que ça que l’on dévoue aux autres personnes, en dehors de sa famille ou de ses proches ». L’expérience des permanences lui donne aussi du crédit et des arguments pour lutter contre les clichés autour des migrants qu’elle entend dans son entourage personnel, professionnel, ou dans les médias. Dernière énormité à l’avoir choquée, les propos de Stanislas Guerini, délégué général de La République en Marche, sur les soi-disants « abus de l’utilisation de l’Aide médicale d’État, par exemple pour financer des prothèses mammaires ». 

Agathe Legrain milite également au quotidien pour le bénévolat : 

« J’en parle beaucoup, et j’explique qu’il y a une multitude de façons d’être bénévole. Les gens pensent qu’il y a une grosse pression, alors qu’il suffit d’essayer de trouver le rythme qui nous convient. Chacun·e peut aider à son niveau. »

Mélissa Perraudeau 

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