L'insertion par l'activité économique : qu’est-ce que c’est ?
À Marseille comme partout en France, des milliers de personnes se retrouvent chaque année durablement éloignées de l'emploi. Chômage de longue durée, bénéficiaires du RSA, jeunes sans qualification, travailleur·euses en situation de handicap… Face à cette réalité, un secteur discret mais puissant agit depuis des décennies : l'insertion par l'activité économique. À La Table de Cana, c'est notre raison d'être. Retour sur un modèle souvent méconnu, et pourtant profondément vertueux.
1. Aux origines : quand le chômage de masse force à inventer l’insertion
La notion d'insertion professionnelle naît dans les années 1970, au moment où les pays occidentaux sont confrontés pour la première fois à un chômage structurel et durable. Chaque nation cherche ses réponses. En France, le tournant arrive en 1988, avec la création du RMI (le Revenu Minimum d'Insertion). C'est à ce moment que les termes se précisent vraiment : la "réinsertion" est réservée au monde carcéral, tandis que l'"insertion" prend un sens plus large.
Alors lorsqu’en 1985, une circulaire encadre l'expérimentation des entreprises intermédiaires, futures entreprises d'insertion, la même année, La Table de Cana Paris s'ouvre et sera une des entreprises pionnières du secteur.
Un·e salarié·e en insertion, c'est un·e salarié·e en retour à l'emploi. Et c'est tout sauf une catégorie homogène : derrière ce mot se cachent des parcours de vie très différents : une mère isolée, un jeune de moins de 26 ans sans diplôme, une personne tout juste arrivée sur le territoire, un·e demandeur·euse d'emploi de très longue durée.
2. Un écosystème économique riche et (encore trop) méconnu
Mais l’Insertion par l’Activité Économique (IAE) ne se résume pas à une seule structure. C'est tout un écosystème, pensé pour s'adapter à la diversité des situations :
Les Ateliers et Chantiers d'Insertion (ACI) accueillent les publics les plus éloignés de l'emploi, souvent dans des activités liées à l'environnement, la rénovation ou les services à la collectivité. Les Associations Intermédiaires (AI) mettent à disposition des salarié·es en insertion auprès de particuliers, d'associations ou d'entreprises. Les Entreprises d'Insertion (EI), comme La Table de Cana, fonctionnent comme de vraies entreprises, avec un chiffre d'affaires, des clients, des marchés, mais avec une mission sociale au cœur de leur modèle. Enfin, les Entreprises de Travail Temporaire d'Insertion (ETTI) opèrent sur le principe de l'intérim solidaire.
Dans chacune de ces structures, le principe est le même : proposer un emploi d'insertion d'une durée maximale de 24 mois, tout en formant les salarié·es et en les aidant à résoudre leurs difficultés sociales et professionnelles, pour leur permettre de réintégrer durablement le marché du travail.
3. Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
Les résultats du secteur sont là, et ils parlent seuls de la réussite de ce système :
- 100 000 personnes ont bénéficié d'un parcours en entreprise d'insertion en 2023 contre près de 300 000 en 2004 (Dares). De plus, un tiers d'entre elles étaient auparavant bénéficiaires du RSA (Fédération des entreprises d'insertion).
- 64 % des sortant·es ont connu une issue positive : 47 % vers l'emploi ou la formation, 17 % en poursuite de parcours (Fédération des entreprises d'insertion, 2023). À La Table de Cana Marseille, c’est 89 % de sorties positives en 2025 !
- Les moins de 26 ans représentent 27 % des nouveaux contrats IAE signés en 2024, contre seulement 11 % en moyenne parmi l'ensemble des salarié·es (Dares, 2025).
Loin d’être des statistiques abstraites, ces chiffres montrent des parcours de personnes ayant retrouvé une place dans le monde du travail.
Pour aller plus loin :
Chiffres clés 2025 des entreprises d'insertion

Crédit photo : Julie Vandal
4. L’insertion : un investissement public qui rapporte à toute la société
Les postes d’insertion reposent en partie sur un financement de l'État, et c'est là que les questionnements peuvent émerger. Pourquoi mobiliser de l'argent public pour ces emplois ?
La réponse est simple : parce que c'est rentable pour la société dans son ensemble. Un·e salarié·e en insertion, c'est une personne qui travaille, qui se forme, qui cotise, qui regagne en autonomie. C'est une personne qui, demain, aura peut-être moins besoin d'allocations, de soins ou d'un accompagnement social intensif.
L'IAE n'est pas un filet de sécurité passif : c'est un trampoline actif. Les fonds publics ne servent pas à "occuper" ces personnes, mais à les accompagner dans une montée en compétences réelle, au sein de structures qui ont sincèrement à cœur leur avenir professionnel. En France, les 2 200 entreprises d'insertion représentent aujourd'hui un chiffre d'affaires cumulé de près de 1,75 milliard d'euros (source : Fédération des entreprises d'insertion). Ce sont de vraies entreprises, qui créent de la valeur économique tout en produisant de la valeur sociale.
5. Bien plus qu'un emploi : l’insertion aide à lever tous les freins
C'est sans doute là que réside ce qui rend l'IAE vraiment unique. Intégrer une structure d'insertion, ce n'est pas seulement décrocher un contrat. C'est être accompagné·e dans sa globalité.
Car les obstacles à l'emploi sont rarement uniquement professionnels. Problèmes de logement, difficultés administratives, questions de santé, addictions, manque de mobilité… Autant de freins invisibles qui peuvent rendre impossible le simple fait de tenir un poste. Les structures d'insertion le savent, et c'est pourquoi elles mobilisent des équipes pluridisciplinaires pour débloquer ces situations une à une.
À La Table de Cana Marseille, l'accompagnement va bien au-delà de la cuisine ou de la simple livraison de repas. Il s'agit d'aider chaque salarié·e à maîtriser les codes du monde du travail : les savoir-faire, mais aussi les savoir-être, et à reprendre confiance en soi après des mois, parfois des années, d'éloignement de l'emploi. Le simple fait d'appartenir à une équipe, de se lever le matin pour aller travailler, de produire quelque chose d'utile : c'est déjà, en soi, un acte de reconstruction.
Mais pour aller encore plus loin, nos salarié·es bénéficient par exemple, d’ateliers collectifs ayant pour but d’apprendre à se valoriser, de se préparer efficacement à la recherche d’emploi et de renforcer sa confiance en soi et sa capacité à s’exprimer pour être en mesure de développer une véritable posture professionnelle. Et en général, ce sont souvent ces petits détails qui font toute la différence.

6. L’insertion par l’activité économique : halte aux clichés
Il subsiste encore trop souvent l'idée que faire appel à une structure d'insertion, c'est choisir une prestation au rabais. Il est temps d’enterrer ce cliché.
Les salarié·es en insertion sont encadré·es, formé·es, suivi·es. Ils et elles apprennent un métier dans des conditions réelles, avec de vraies exigences. Choisir une entreprise d'insertion, c'est choisir d'allier achat responsable et impact social concret. C'est une vision plus solidaire et plus intelligente de l'économie : une économie qui ne laisse personne au bord du chemin.
Pour conclure, et si l'insertion était l'avenir du travail ?
Dans un marché du travail français en difficulté, l'IAE démontre qu'une autre façon de faire est possible : dans la solidarité, la dignité et l'accompagnement.
À La Table de Cana Marseille, comme dans des centaines d'autres structures à travers la France, des femmes et des hommes reprennent pied, retrouvent une fierté professionnelle, et réintègrent durablement le marché du travail. Ce n'est pas un miracle. C'est le résultat d'un modèle réfléchi avant tout pour l’humain.
Alors, la prochaine fois que vous entendez parler d'insertion, pensez-y : c'est peut-être l'un des meilleurs investissements que notre société fait pour elle-même.