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Par Les Bobos à la ferme - Publié le 8 septembre 2026 - 10:44 - Mise à jour le 8 septembre 2026 - 10:50
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Répit et pair-aidance professionnelle : une autre voie pour les parents aidants

À l’occasion de ses 70 ans, ASH – Actualités sociales hebdomadaires a donné la parole à celles et ceux qui pensent, vivent et transforment le travail social. Les Bobos à la ferme a contribué à ce numéro anniversaire avec un texte consacré au répit en milieu ordinaire, à la reconnaissance des savoirs expérientiels et à la pair-aidance professionnelle des parents aidants. Nous le partageons aujourd’hui dans son intégralité.

Parents, professionnelles et membres de la communauté des Bobos à la ferme : la pair-aidance se construit dans la rencontre, la confiance et l’expérience partagée.
Parents, professionnelles et membres de la communauté des Bobos à la ferme : la pair-aidance se construit dans la rencontre, la confiance et l’expérience partagée.

Une contribution au numéro anniversaire d’ASH

Créé en 1955, ASH – Actualités sociales hebdomadaires accompagne depuis sept décennies les professionnels et les acteurs du travail social dans la compréhension des politiques sociales, des pratiques et des transformations du secteur.

Pour célébrer cet anniversaire, la rédaction a publié, avec son numéro d’octobre 2025, un supplément exceptionnel d’une centaine de pages. Analyses des grandes évolutions du secteur, regards de terrain et contributions libres y dessinent les mutations du travail social, mais aussi les défis qu’il lui reste à relever.

Les Bobos à la ferme a choisi d’y porter une conviction issue de près de dix années d’expérience : les proches aidants ne doivent plus être considérés uniquement comme les bénéficiaires de dispositifs conçus pour eux. Leur expérience produit des savoirs, des compétences et une connaissance irremplaçable des réalités de l’accompagnement. Cette expertise doit désormais trouver toute sa place dans la construction des politiques publiques, des solutions de répit et des pratiques professionnelles.

Répit, reconnaissance et réinvention : une autre voie pour les parents aidants

En 2016, après l’annonce du diagnostic de notre fille Andréa, atteinte d’une maladie neurodégénérative orpheline, nous avons compris qu’aucune structure, aucun dispositif existant ne répondait vraiment à notre nouvelle réalité. Alors, nous avons créé ce qui n’existait pas : un lieu de répit en milieu ordinaire, Les Bobos à la ferme, qui allie accueil familial, soutien professionnel et valorisation des ressources de l’aidance.

Ce projet, né de l’intime, s’est vite transformé en une aventure collective. Aujourd’hui, ce tiers-lieu accueille des centaines de familles venues de toute la France. Il inspire un modèle que d’autres souhaitent essaimer, car il répond à des besoins largement documentés dans l’enquête nationale que nous avons menée en 2023 auprès de 1 747 parents aidants.

Les résultats sont alarmants : 92 % se disent épuisés, 85 % isolés et 76 % appauvris. Un parent sur deux a dû cesser son activité professionnelle à l’annonce du handicap.

Et pourtant, ces familles restent souvent invisibles dans les politiques publiques. Or, dans notre enquête, une attente forte s’est exprimée : celle de pouvoir échanger entre pairs, de sortir de l’isolement, de partager l’expérience et les repères. Pour beaucoup, ces liens informels sont devenus les premiers leviers de soutien. C’est à partir de là qu’est née notre conviction : il fallait aller plus loin.

Reconnaître l’expertise issue du vécu

Nous défendons une autre vision : celle d’une parentalité différente. D’une expertise issue du vécu, mais pas inférieure. D’une citoyenneté pleine et entière.

Les aidants ne sont pas uniquement en demande de soutien : ils ont du talent, des compétences, une intelligence du quotidien qu’il est urgent de reconnaître, de soutenir et de valoriser. Il faut en finir avec cette vision obsolète qui les considère comme des bénéficiaires passifs. Ils sont les acteurs principaux d’un système qui, sans eux, ne tiendrait pas.

C’est sur cette conviction que repose notre engagement pour la pair-aidance professionnelle. Nous avons choisi de salarier des aidants, formés et accompagnés, pour qu’ils puissent, à leur tour, soutenir d’autres aidants.

Ce n’est pas une substitution aux professionnels : c’est une alliance féconde entre savoirs expérientiels et expertises médico-sociales, une alliance réparatrice et stratégique.

Dans un secteur du lien humain en crise, où les vocations s’effondrent et les moyens se réduisent, faire confiance aux aidants, c’est aussi faire preuve de lucidité. Il est temps d’unir nos forces : parents et professionnels, côte à côte, non dans des logiques concurrentes, mais dans une coconstruction sincère.

Faire réapparaître le possible

Les pairs-aidants que nous accompagnons sont devenus des relais de confiance. Leur parole crée un espace de reconnaissance immédiate : « Moi aussi, j’ai connu ce vide après l’annonce, ce vertige de tout devoir endosser. »

Ils offrent ce que le système ne peut produire seul : l’identification, la légitimité du vécu, la compréhension immédiate. Ils complètent l’action publique, parfois même la déclenchent.

Nous le voyons chaque jour : lorsqu’un parent en errance administrative, en situation d’épuisement ou de solitude entre en lien avec un autre parent au vécu similaire, quelque chose bascule. La honte se fissure. Le courage revient. Le possible réapparaît.

Et pourtant, il n’existe toujours aucun statut, aucun financement pérenne, aucune politique nationale ambitieuse pour soutenir ces lieux de répit conçus par et pour les aidants.

Le virage domiciliaire ne peut reposer sur les seules familles

Pendant ce temps, le virage domiciliaire s’accélère, sans transfert de moyens suffisant. Les aidants prennent en charge ce que le médico-social et le sanitaire, à bout de souffle, ne peuvent plus assumer. En bout de chaîne, une fois encore, ce sont les familles qui portent.

L’étude nationale de l’Agirc-Arrco en témoigne : 74 % des aidants voient leur santé affectée, 66 % leur vie sociale dégradée et une personne aidante sur deux n’a recours à aucun service professionnel, même lorsque les soins deviennent lourds.

C’est un paradoxe cruel : jamais les besoins n’ont été aussi criants et, pourtant, les réponses continuent trop souvent de se construire dans une logique médico-sociale refermée sur elle-même, sans inclure suffisamment les personnes concernées.

Nous menons cette bataille sans illusion sur le monde qui vient, mais avec lucidité sur une réalité incontournable : la population vieillit, les parcours de soins se délitent et la société a besoin des aidants. Plus que jamais.

Faire du répit et de la reconnaissance un choix collectif

À la lumière de notre étude, 98 % des parents aidants estiment indispensable la création d’un service spécifique pour les soutenir.

Ce que nous expérimentons depuis plusieurs années le prouve : 95 % des familles accueillies déclarent que leur séjour a favorisé leur rétablissement psychologique, 70 % témoignent d’une amélioration de leurs relations familiales et 90 % identifient notre dispositif comme un rempart contre l’isolement.

C’est donc possible. C’est même urgent.

Il est temps de faire de la reconnaissance, du répit et de l’engagement des aidants une politique centrale. Non par compassion, mais par nécessité sociale, économique et humaine.

Nous sommes prêts à bâtir ce nouveau chapitre. Mais pour qu’il advienne, il faudra de la confiance. En nous. Entre nous.

Ce dont nous avons besoin, ce ne sont pas des hommages, mais des droits, des lieux et de la reconnaissance. Ce pacte, nous ne pourrons l’écrire seuls. Il suppose un choix collectif.

Découvrir Les Bobos à la ferme et ses solutions de répit en milieu ordinaire.

Vous souhaitez contribuer concrètement à rendre le répit accessible aux familles concernées par le handicap, la maladie ou la perte d’autonomie d’un proche ?

Votre don permet de soutenir les séjours de répit, le relayage et les accompagnements proposés aux familles.

À propos des Bobos à la ferme

Les Bobos à la ferme est une initiative unique en France, pensée et conçue par, pour et avec des aidants. Véritable innovation sociale, ce projet, dont le lieu pilote est situé en ruralité sur la Côte d’Opale, propose des accompagnements sur-mesure à la croisée du répit, du soin, des loisirs, de l'inclusion et du soutien à la parentalité. Les familles concernées par le handicap, la maladie ou la perte d’autonomie d’un proche, y sont accueillies et accompagnées avec des solutions simples, humaines et concrètes permettant à chacun de souffler et de respirer.  

Créé en 2017, Les Bobos à la ferme entend consacrer le milieu ordinaire comme solution de répit à part entière et contribuer à la reconnaissance officielle de la pair-aidance professionnelle des parents aidants. 

Les Bobos à la ferme est porté par l’association Le Laboratoire de répit. 

Plus d’informations : lesbobosalaferme.fr et parents-aidants.fr  

 

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