Prendre soin de la santé mentale des jeunes, une mission collective
Désignée Grande cause nationale en 2025 et prolongée en 2026, la santé mentale s’impose comme un enjeu de société : les indicateurs se détériorent, particulièrement chez les adolescents et les jeunes adultes, tandis que les dispositifs d’écoute et de prise en charge se structurent sur le terrain.
La prévention face à une santé mentale dégradée
Ces dernières années, de nombreux facteurs ont fragilisé la santé mentale des jeunes depuis la crise Covid jusqu’à la crise environnementale avec le phénomène grandissant de l’éco-anxiété, en passant par l’essor des réseaux sociaux. Les jeunes sont plus particulièrement touchés par des problèmes de santé mentale, notamment des troubles anxieux et dépressifs. Déscolarisation, troubles alimentaires, isolement et anxiété sociale, troubles de l’identité… Les conséquences d’une santé mentale dégradée sur les jeunes peuvent être très lourdes et parfois même conduire à des idées suicidaires ou des passages à l’acte. Les données publiées au printemps 2024 par Santé publique France montrent qu’un élève sur sept présente un risque important de dépression : 14 % des collégiens et 15 % des lycéens. Chez les lycéens, 24 % déclarent des pensées suicidaires sur les 12 derniers mois et 13 % disent avoir déjà fait une tentative au cours de leur vie (environ 3 % avec hospitalisation).
La santé mentale des jeunes évolue dans un contexte particulier avec une génération qui a fortement été marquée par la crise Covid. Les jeunes sont exposés à une accumulation de tensions et de crises, qui pèsent sur eux et les affectent durablement. La question des modalités de prise en charge devient alors centrale en favorisant une meilleure intégration de la santé mentale dans leur parcours de vie et en s’efforçant de prendre en charge tous les déterminants qui concourent à une bonne santé mentale.
Samuel Galtié, Directeur national Santé mentale VYV 3 / MGEN
Concernant la santé mentale des jeunes, la prévention est actuellement surtout secondaire - c'est-à-dire l'ensemble des actions visant à diminuer la portée des risques lorsque ceux-ci sont avérés -, avec un repérage précoce dès les premiers signes afin d’orienter vers une structure adaptée, faciliter l’accès à une écoute neutre (lignes téléphoniques, structures de proximité) : ces leviers peuvent désamorcer de nombreuses situations et réduire le passage à l’acte. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, offre une écoute 24/7 et une orientation adaptée. D’abord, repérer le plus tôt possible les signes d’un mal-être avant que la situation ne puisse s’aggraver. Pour savoir si un jeune va mal, il faut avant tout prêter attention à des changements au niveau de son comportement, par exemple s’il connaît des problèmes d’endormissement, s’il fait des insomnies régulières, s’il s’isole ou s’il ne veut plus sortir du jour au lendemain. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé insistent sur l’importance d’évaluer rapidement le risque suicidaire et d’orienter vers une prise en charge adaptée, sans pour autant banaliser la parole des jeunes ni retarder l’intervention. Mais il est possible aussi d’aller vers une prévention primaire - soit l'ensemble des actions visant à diminuer l'apparition des risques -, comme, nommer ses émotions dès l’enfance, parler de celles-ci à l’adolescence, mais aussi développer tout au long de sa vie les compétences psychosociales (compétences psychologiques cognitives, émotionnelles et sociales).
Après cinq années d'enquête, l'agence nationale de sécurité sanitaire Anses a publié une grande étude en décembre 2025 visant à alerter sur les risques majeurs des réseaux sociaux sur la santé des adolescents, âgés de 11 à 17 ans, et plus particulièrement sur leur santé mentale. Selon cette étude, alors que 12 % des enfants qui ne passent pas de temps sur les sites de réseaux sociaux présentent des symptômes de mauvaise santé mentale, ce chiffre monte à 27 % pour ceux qui sont sur les sites pendant trois heures ou plus quotidiennement. Les réseaux sociaux numériques utilisent des stratégies de captation de l'attention et des interfaces trompeuses pour monétiser les données et le temps des utilisateurs, ce qui favorise une perte de contrôle chez les adolescents. Ces pratiques impactent gravement la santé mentale et physique, notamment en dégradant la qualité du sommeil par le retard de l'heure du coucher et l'inhibition de la mélatonine. On observe également un renforcement de l'insatisfaction corporelle dû à l'exposition à des contenus idéalisés, ainsi qu'une augmentation des risques de cyberharcèlement, particulièrement chez les filles. Les algorithmes de personnalisation peuvent créer un effet de spirale enfermant les jeunes dans des thématiques délétères comme les troubles alimentaires, le suicide ou les conduites addictives. L'accompagnement parental et l'éducation aux médias constituent des remparts essentiels, la formation des jeunes à l’usage du numérique est un des leviers pour limiter l’impact sur leur santé mentale. La question se pose aussi de la limitation par de l’accès aux réseaux sociaux en dessous d’un certain âge.
Des réponses adaptées aux besoins spécifiques des jeunes
Face à la montée des troubles psychiques chez les jeunes, la construction et la mise en place de programmes de soin et d’accompagnement personnalisés et adaptés aux besoins spécifiques de cette population apparaissent comme une réponse essentielle, complémentaire aux campagnes de sensibilisation, d’information et de prévention.
Au sein des établissements VYV 3/MGEN, sont conçus, parfois en partenariat avec d’autres acteurs publics, associatifs, sanitaires ou éducatifs, et déployés des dispositifs d’accompagnement novateurs et spécifiques pour aider les jeunes à prendre soin de leur santé mentale et à leur apprendre à aller mieux. A cette période de la vie, particulièrement délicate et éprouvante sur le plan physiologique mais aussi psychologique, les enfants, adolescents et jeunes adultes sont traversés par une multitude d’émotions, parfois débordantes et difficiles à gérer ou à maîtriser, notamment face à des situations nouvelles ou inhabituelles.
Afin de mieux répondre aux besoins spécifiques des jeunes, les 12 établissements de santé mentale de VYV 3/MGEN, répartis sur six régions et réunissant 800 professionnels de santé, proposent une palette diversifiée de modalités de prise en charge adaptées en fonction des territoires : consultations, hospitalisation de jour ou complète, suivis pluridisciplinaires…
Penser des espaces pour les jeunes
À Bordeaux, l’établissement de santé mentale MGEN, hôpital de jour psychiatrique, reçoit des patients adultes pour des soins mentaux grâce à une offre pluridisciplinaire. Le dispositif DispoPsy, à destination des jeunes de 18 à 25 ans, a été pensé afin d’offrir un accès direct aux soins ambulatoires, sans adressage médical préalable. C’est-à-dire que les jeunes peuvent se présenter spontanément lors de l’ouverture, les mercredis et vendredis après-midi, sans durée limitée dans le temps. La particularité de DispoPsy repose sur le travail de groupe et une prise en charge globale grâce à la complémentarité des professionnels issus de métiers différents, psychiatres, psychologues, infirmiers, assistants sociaux…
Lieu animé par des professionnels, l’Espace Santé Jeunes de l’établissement de santé mentale MGEN de Lyon accueille les adolescents et jeunes adultes âgés de 16 à 25 ans, ainsi que leur famille, exprimant un mal-être psychique et désirant obtenir des informations, mais également bénéficier de consultations de soutien ponctuel ou d’une prise en charge globale, sans tabou ni jugement. Sont également proposés des ateliers thérapeutiques avec les parents. Ne nécessitant pas de démarche préalable ou de contrainte administrative, cet espace est gratuit, anonyme et confidentiel.
Créer du collectif pour rompre l’isolement
Les groupe d’entraide mutuelle jeunes (GEM) de VYV 3 accueillent des personnes jeunes ou adultes vivant avec des troubles psychiques, désireuses de rompre leur isolement en se retrouvant dans un cadre bienveillant et sécurisant, et qui envisagent un parcours conduisant à une meilleure insertion dans la vie sociale. Les GEM sont fondés sur l'adhésion libre et volontaire des personnes qui demeurent actrices du projet de groupe qu'elles définissent et font vivre ensemble. Ils permettent d'offrir un lieu d'accueil et d'échanges grâce notamment à l'organisation d'activités culturelles et de loisirs. VYV 3 Bourgogne a, par exemple, accompagné la création du Di’Gem pour les 18-30 ans en souffrance psychique, visant leur rétablissement grâce au soutien par leurs pairs, à la convivialité et la création de liens sociaux, et en leur redonnant le pouvoir d’agir par la reprise de confiance en eux.
Gérée par VYV 3 Normandie, la résidence accueil Séraphine, basée à Rouen, a fait le pari du "vivre ensemble" comme facteur déterminant de rétablissement. Accueillant des personnes souffrant de troubles psychiques (34 ans en moyenne) dans un lieu de vie et d'hébergement, la résidence a pour objectif de préserver leur autonomie tout en faisant partie d'un vrai collectif. Les animatrices coordonnatrices sont chargées de faire le lien avec les équipes soignantes et sociales et propose aussi bien des activités socioculturelles que sportives.
Proposer des accompagnements ciblés
L’établissement MGEN de santé pour adolescents, situé à Chanay dans l’Ain, propose l’un des rares services de « soins études » existant au niveau régional et même national. Il prend en charge des jeunes de 10 à 18 ans dans une double logique de suivi médical et de poursuite du cursus scolaire, grâce à une structure d’enseignement intégrée (collège et lycée) dans le cadre d’une convention avec l’Éducation nationale. Les soins études permettent donc aux jeunes de continuer leur scolarité tout en étant hospitalisés
L’Institut MGEN de La Verrière a lancé l’équipe mobile Horizon, un dispositif innovant au cœur des Yvelines pour prévenir et accompagner la souffrance psychique des 16-25 ans. L’objectif ? Offrir un accès rapide, humain et coordonné aux soins grâce à une équipe pluridisciplinaire engagée et mobile. L’équipe Horizon propose une détection précoce des troubles, des interventions là où les jeunes se sentent à l’aise (domicile, établissement universitaire, café…), un suivi intensif et personnalisé de deux mois renouvelable, un accompagnement des proches grâce au programme BREF, ainsi qu'un relais vers les professionnels les plus adaptés.
Précurseur dans la prise en charge des jeunes de la région, l’établissement de santé mentale de Rouen porté par VYV 3 Normandie est intégré à un réseau structuré avec la Maison des adolescents, le CESAH (centre d’enseignement spécialisé à l’hôpital) et les structures hospitalières (CHS et CHU), et nourrit des liens étroits avec la résidence accueil Séraphine. Cela lui permet de proposer une offre étoffée et complétement personnalisable pour s’adapter au projet de vie du jeune. Nous pouvons citer par exemple le développement d’une expertise spécifique et très pointue sur les questions de transidentité, sujet sociétal émergent et peu pris en charge. Souvent révélées au moment de l’adolescence, les questions de transidentité nécessitent un accompagnement global de la personne transgenre mais aussi de son entourage. L’ESM de Rouen s’est mobilisé dans le cadre d’un collectif afin de proposer des consultations aux personnes transgenres, la création de groupes de paroles et la sensibilisation des professionnels de santé.
Ces initiatives innovantes déployées par les établissements de VYV 3, combinant à la fois accompagnement global et personnalisé, sont une vraie réponse aux besoins réels des jeunes, dans toutes leurs dimensions : scolaire, sociale, familiale, professionnelle, personnelle. Elles permettent de soigner les jeunes en situation de souffrance psychique mais aussi de les accompagner vers la réinsertion, à les aidant à retrouver le pouvoir d’agir pleinement sur leur vie, et qu’elle puisse alors devenir épanouissante.
Pour aller plus loin, retrouvez l’interview croisée de Samuel Galtié et Denis Mathieu : Santé mentale des jeunes : regards croisés - Groupe VYV