QUAND LES INÉGALITES DE GENRE NOURRISSENT LA FAIM : QUEL RÔLE POUR LE SECTEUR PRIVÉ ?
Saviez-vous qu’aujourd’hui, la faim touche environ 64 millions de femmes de plus que d’hommes dans le monde ? Derrière ce chiffre se cache une réalité persistante : être une femme accroît le risque de souffrir d'insécurité alimentaire. Ce phénomène ne relève pas de différences biologiques, mais d'inégalités sociales, économiques et culturelles profondément enracinées. Chez Action contre la Faim, lutter durablement contre la faim signifie donc aussi lutter contre les inégalités de genre, car ces inégalités structurent l'accès à la nourriture, aux ressources et au pouvoir de décision. Pour amplifier l'impact de nos actions, le secteur privé peut jouer un rôle clé.
QUEL LIEN ENTRE GENRE ET FAIM ?
Les femmes et les enfants sont aujourd'hui les plus vulnérables face à la sous-nutrition. Selon les Nations Unies, parmi les 318 millions de personnes qui souffrent actuellement de la faim dans le monde, près de 60 % sont des femmes et des filles. Cette surreprésentation n'est pas le fruit du hasard : les femmes présentent un risque d'insécurité alimentaire environ 10 % plus élevé que les hommes, comme le souligne la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) dans son rapport sur l'état de l'insécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde.
Les inégalités de genre sont ainsi à la fois une cause et une conséquence de la faim, alimentant un cercle vicieux dont les femmes sont les premières touchées. Briser ce cercle constitue un levier majeur pour faire reculer durablement la faim dans le monde.
Le lien entre le genre et la faim s'explique par une combinaison de facteurs sociaux, économiques et culturels profondément enracinés.
Les normes sociales de genre influencent fortement les dynamiques alimentaires au sein des ménages. Dans de nombreux contextes, les femmes mangent en dernier et en plus petite quantité. Cette inégalité se traduit par des carences nutritionnelles persistantes : 35 % des femmes âgées de 15 à 49 ans n'atteignent pas le niveau minimum de diversité alimentaire, et en période de crise, ce sont elles qui se privent en priorité pour nourrir leurs enfants.
Ces mêmes normes assignent aux femmes la responsabilité quasi exclusive des tâches domestiques et de soins. Elles passent de longues heures à collecter de l’eau, à préparer les repas, à s’occuper des enfants et des personnes âgées, sans reconnaissance sociale ni rémunération. En moyenne, les femmes consacrent 2,8 heures de plus par jour que les hommes au travail domestique non rémunéré. Ce travail invisible constitue la première cause d’inactivité économique chez les femmes : 45 % des femmes en âge de travailler ne participent pas au marché du travail en raison de responsabilités familiales non rémunérées, contre seulement 5 % chez les hommes. Cette surcharge limite leur capacité à développer des activités génératrices de revenus ou à participer aux instances de décision au sein des communautés. Les recherches opérationnelles menées par Action contre la Faim dans 27 pays sur trois continents confirment que la surcharge de travail des femmes, liée à une répartition genrée des rôles, compte parmi les facteurs d’inégalités les plus susceptibles de conduire à la sous-nutrition.
À ces contraintes s’ajoutent des exclusions structurelles à l’accès aux ressources productives. Dans certaines communautés, les règles sociales et juridiques rendent difficile, voire impossible, aux femmes de posséder des terres ou des biens. Cette exclusion entretient leur dépendance économique vis‑à‑vis des hommes de leur entourage et limite leurs possibilités de se former, d’accéder aux crédits agricoles ou de contrôler les revenus issus de leur propre production. Par exemple, en Afrique, les femmes représentent jusqu’à 80 % de la main-d’œuvre agricole, mais ne détiennent que 5 à 30 % des terres agricoles.
Les violences basées sur le genre constituent un autre facteur clé reliant les inégalités et l’insécurité alimentaire. En 2025, plus de 840 millions de femmes (une sur trois) dans le monde ont subi des violences de la part d’un partenaire intime.
Ces inégalités structurelles s’aggravent encore en situation de crise — qu’elle soit climatique, économique ou liée à un conflit armé. Dans ces contextes, les femmes figurent parmi les premières exposées aux violences basées sur le genre, en particulier aux violences sexuelles. Les chiffres sont alarmants : 95 % des survivant·e·s de violences sexuelles sont des femmes et des filles, et selon les données récentes des Nations Unies, le nombre de ces violences a augmenté de 87 % en seulement deux ans. Ces agressions ont des conséquences profondes sur la santé physique et mentale des survivantes et accentuent leur vulnérabilité face à la faim et à la sous-nutrition.
Les chocs climatiques ou économiques renforcent également certaines stratégies d’adaptation négatives, telles que le mariage précoce. Au Bangladesh, par exemple, les catastrophes naturelles ont entraîné une hausse de 30 % des mariages de filles de moins de 15 ans. Le mariage précoce contraint souvent les jeunes filles à abandonner leurs études et à intégrer des rôles traditionnels assignés aux femmes, compromettant durablement leur autonomisation et leur sécurité alimentaire.
Agir pour l’égalité n’est pas seulement une question de justice sociale : c’est aussi un impératif pour éradiquer la faim. Selon la FAO, garantir aux femmes le même accès qu’aux hommes aux ressources productives permettrait de réduire d’environ 17 % le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde.
COMMENT ACTION CONTRE LA FAIM AGIT SUR LE TERRAIN ?
L’intégration du genre est transversale à l’ensemble de nos actions. Tous les programmes visent à réduire les inégalités de genre, afin de renforcer durablement la sécurité alimentaire. Les projets ci-dessous illustrent concrètement cette approche dans divers contextes.
En Côte d’Ivoire, les femmes font face à de nombreuses barrières sociales les empêchant d’accéder à des droits et services fondamentaux. Le projet ACT-FEMMES, lancé en 2021 par Action contre la Faim en collaboration avec des organisations locales féminines, vise à promouvoir l’accès des femmes aux services de santé et de protection, à élargir leurs compétences et à renforcer leur pouvoir d’agir. Ce projet, qui s’étale sur six ans dans la région du Tchologo au nord du pays, mise sur l’éducation, le leadership et l’autonomie économique. Le programme combine plusieurs types d’actions concrètes : autour de l’éducation en santé sexuelle et reproductive, de l’accès aux services ainsi que de la prise en charge de personnes en détresse et survivant·e·s de violences. ACF appuie l’organisation associative de groupements de femmes qui mutualisent leurs ressources et sont formés à des outils de management, de comptabilité et d’informatique. Le lancement d’un espace de vente en ligne pour développer leurs revenus agricoles leur a ainsi permis de doubler la production en un an. Ce sont ainsi 164 000 femmes et 66 000 adolescentes ivoiriennes qui sont soutenues par Action contre la Faim par ce programme.
En Irak aussi, Action contre la Faim se mobilise depuis plusieurs années pour protéger et soutenir les communautés agricoles et en particulier les femmes dont les opportunités économiques sont très restreintes. En s’attaquant aux inégalités de genre qui freinent l’adaptation climatique, le projet FEMIN-ACT, mis en œuvre dans quatre gouvernorats irakiens, avec des organisations de défense des droits des femmes, fait de l’autonomisation économique des femmes un objectif central. Les activités mises en place incluent les plus vulnérables, notamment les femmes vivant avec un handicap, les veuves et les ménages dirigés par des femmes, afin qu’elles puissent accéder aux ressources nécessaires. Le projet valorise leurs compétences, soutient financièrement les productrices agricoles, améliore la visibilité des entrepreneures et leur pouvoir de décision.
Au Tchad, au Cameroun et au Nigéria, le projet RESILAC permet d’assurer l’autonomisation économique inclusive des populations habitant autour du lac Tchad. Le projet a pour but de renforcer la capacité des familles à faire face aux aléas climatiques ou économiques sans perdre leurs moyens de subsistance. Mis en œuvre par Action contre la Faim et ses partenaires locaux, le projet soutient l’emploi, l’économie et le développement de systèmes de production variés (transformation de produits agricoles, élevage, artisanat, services locaux). RESILAC encourage la mise en place d’Associations Villageoises d’Epargne et de Crédit (AVEC), qui facilitent l’épargne commune et l’accès simple et sûr au crédit. Le projet accompagne aussi les municipalités pour que leur budgétisation prenne réellement en compte les besoins différents des femmes et des hommes. Cette démarche permet de renforcer l’égalité des genres à travers les politiques locales pour permettre à des milliers de familles de retrouver de la stabilité en continuant leurs activités malgré les difficultés.
Action contre la Faim place les femmes au cœur de la lutte contre la faim, parce que promouvoir l’égalité de genre, c’est défendre les droits humains et renforcer durablement la sécurité alimentaire.
POURQUOI ET COMMENT S’ENGAGER EN TANT QU’ORGANISATION ?
Parce qu’aucune réponse durable à la faim n’est possible tant que la moitié de l’humanité reste privée de ses droits fondamentaux, la mobilisation de toutes et tous est essentielle. Les entreprises ou fondations ont un rôle à jouer et peuvent, via un partenariat avec Action contre la Faim adapté à leur profil, avoir un impact concret sur le terrain.
Pour les petites organisations comme pour les grandes, pour celles en France ou celles à l’international, les modes d’action sont variés. De nombreux projets sont en besoin de financements complémentaires pour pouvoir changer d’échelle ou simplement être renouvelés d’année en année. Les manières de les financer s’adaptent aux organisations. Certaines vont souhaiter financer directement un projet précis ou apporter leurs expertises métier. D’autres vont souhaiter impliquer leurs collaborateurs.rices dans leur stratégie RSE et dans ce cas de nombreuses options sont possibles, en France, à l’international pour financer directement ou indirectement les actions menées sur le terrain via l’engagement des salarié.e.s. Enfin, de nombreuses entreprises vont aussi souhaiter engager leurs clients dans leur démarche solidaire. Un mode d’action adapté au secteur d’activité et aux caractéristiques de l’entreprises peut alors être mis en place.
Les solutions existent et les manières de les soutenir aussi. Pour échanger avec les équipes du service Partenariats d’Action contre la Faim et réfléchir ensemble au mode de coopération adapté à votre organisation, rendez-vous sur https://www.actioncontrelafaim.org/s-engager/partenaires/ ou contactez-nous à partenariats@actioncontrelafaim.org.