63 % des associations employeuses ont été contraintes d'annuler ou réduire leurs activités
Selon le troisième volet de l’enquête sur la santé financière des associations, dévoilé le 15 octobre, 54 % des associations employeuses ont vu leurs financements publics baisser et 63 % ont dû annuler ou diminuer leurs activités. Un tiers envisage même de réduire ses effectifs.
71 % des associations employeuses ont des fonds propres fragiles ou nuls et 30 % ont une trésorerie qui couvre moins de trois mois d’exploitation, selon le troisième volet de l’enquête sur la santé financière des associations, dévoilé lors du Forum national des associations et des fondations (Fnaf), le 15 octobre. L’enquête est réalisée par plusieurs acteurs associatifs, notamment le Mouvement associatif. Le premier volet avait été réalisé en mars 2025, le deuxième en septembre 2025. Le troisième volet s’appuie sur des questionnaires remplis par 3 575 associations, employeuses ou non, en septembre 2026.
les associations face à de grandes difficultés
« Rappelons que cette enquête a été initiée dans un contexte de grandes difficultés des associations », souligne David Ratinaud, chargé de plaidoyer au Mouvement associatif, lors de la présentation de l’enquête au Fnaf. « Ces difficultés sont liées notamment aux restrictions du budget de l’État à partir de 2024, ajoute-t-il. Elles sont également liées aux retards de versement des subventions, à la suite des lois spéciales en 2025 et 2026. »
« Aujourd’hui, certaines associations n’ont même pas encore reçu leur solde de subvention pour 2025 ou leur avance pour 2026 », ajoute Antoine Trédez, conseiller en charge du plaidoyer et des relations institutionnelles d’Hexopée, syndicat d’employeurs des branches animation et sport, associé à l’enquête.
« Trois mois de trésorerie ou moins, c’est très peu pour faire face aux imprévus », abonde Manuela Pinto, déléguée générale d’Elisfa, syndicat employeur des acteurs du lien social et familial, également associé à cette étude. « D’autant que la loi de finances pour 2026 a assujetti les associations à la taxe d’apprentissage, ce qui a présenté des coûts très importants pour certaines structures », rappelle-t-elle.
Des financements publics en baisse
Autre enseignement de l’enquête : 54 % des associations employeuses et 20 % de celles qui n’ont pas de salariés ont vu leurs financements publics diminuer. Les baisses concernent principalement les subventions de l’État, des régions et des départements, tandis que les financements européens et le mécénat privé, s’ils baissent respectivement pour 24 % et 30 % des associations interrogées, augmentent pour 27 % et 31 % d’entre elles.
« Mais attention à la martingale des fonds européens et du mécénat », prévient Antoine Trédez, d’Hexopée. « Les fonds européens sont plafonnés », souligne-t-il. Quant au mécénat, « la philanthropie joue largement le jeu mais l'assiette n’est pas extensible à l’infini et ne pourra jamais se substituer aux pouvoirs publics », estime David Ratinaud.
« On ne cesse de nous dire de diversifier nos sources de financement, ajoute-t-il. Mais en réalité, sur les 120 milliards de budget cumulé des associations, les deux tiers sont déjà issus de nos activités économiques. Nous avons donc déjà des modèles économiques largement hybridés. »
Un impact sur les activités des associations
« Quand les financements publics baissent, nous avons trois possibilités : augmenter nos tarifs, au risque de ne plus être accessibles aux plus fragiles, arrêter nos activités ou réduire nos effectifs, et donc ne plus pouvoir assurer nos missions », ajoute Antoine Tredez. Ce qui a des conséquences importantes sur les territoires, avec par exemple « des crèches associatives qui doivent fermer des sections, ou des centres sociaux qui doivent fermer l’été », alerte Manuela Pinto.
De fait, 66 % des associations employeuses interrogées et 32 % des structures sans salariés estiment que la baisse des financements publics a eu un impact sur leur activité. 63 % des associations employeuses indiquent ainsi avoir dû annuler ou diminuer leurs activités. 20 % disent avoir dû augmenter la cotisation ou la participation des usagers. 34 % déclarent envisager de réduire leurs effectifs, par le non-remplacement de départs définitifs ou temporaires, par l’annulation ou le report de recrutements, ou par des licenciements.
Un manque d’écoute par les responsables politiques
Face à cette situation, « les associations ont l’impression d’être peu ou pas écoutées par les responsables politiques à l’approche des échéances électorales », note Sylvain Rigaud, délégué général du Réseau national des maisons des associations (RMNA), également associé à l’étude. Ainsi 76 % des associations disent avoir ce sentiment.
Lorsqu’on les interroge sur les mesures qui pourraient leur permettre de renforcer leur structure, les associations employeuses évoquent le renforcement de leurs financements et de leur modèle économique (78 %), le soutien à l’emploi associatif (60 %) et la simplification administrative (50 %). Less associations sans salariés, elles, réclament une reconnaissance du bénévolat et de l’engagement (57 %), une simplification administrative (43 %) et des aides en natures (36 %).
Camille Dorival 