Après la démission de la présidente du WWF France, des questions sur la position des ONG environnementales face au racisme
Alexandra Palt a annoncé sa démission de la présidence du WWF France le 28 mai, mettant en cause un désaccord avec des administrateurs de l’ONG environnementale sur sa participation à un événement contre le racisme. Le WWF France, lui, insiste sur des « dysfonctionnements » au sein du conseil d’administration. Des représentants d’associations environnementales ont insisté sur l’importance de la lutte antiraciste.
Alexandra Palt a annoncé sa démission de la présidence du WWF France, ONG environnementale, le 28 mai, dans un post publié sur le réseau social Linkedin. « Il est apparu clairement que nous n’étions plus alignés sur des questions essentielles de valeurs et de conception du rôle d’une organisation comme le WWF dans la société contemporaine », a affirmé celle qui occupait cette fonction à titre bénévole. Elle met en cause un mail signé par Isabelle Autissier, présidente d’honneur du WWF France, et Antoine Housset, membre du conseil d’administration, à la suite de sa participation « à titre strictement personnel, à un rassemblement transpartisan contre le racisme à Saint-Denis ». Participation qu’elle avait rendue publique, là encore sur son compte Linkedin.
Le WWF « se bat depuis sa création pour qu’il n’y ait pas de doute sur son apolitisme. Son objet social n’intègre pas la lutte contre le racisme », auraient écrit à Alexandra Palt Isabelle Autissier et Antoine Housset, dans un mail consulté par le journal Le Monde. Le rassemblement en question, « contre le racisme, les discriminations et la haine de l’autre », a été organisé le 4 avril par Bally Bagayoko, nouveau maire La France insoumise de Saint-Denis, en réaction aux propos racistes tenus après son élection. « Encore faudrait-il, en l’occurrence, que cette manifestation n’ait pas été organisée par un parti souvent critiqué pour son attitude à l’égard des Juifs qui, tu l’imagines, font partie de nos donateurs », auraient poursuivi Isabelle Autissier et Antoine Housset.
Des « dysfonctionnement au sein du conseil d’administration »
« Je considère que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme touche aux fondements mêmes de notre pacte républicain et ne devrait jamais être réduite à un clivage partisan », a commenté Alexandra Palt dans son post. « Nos concitoyens juifs, comme tous nos concitoyens, ne sauraient être réduits à des catégories de donateurs ou d’intérêts. La lutte contre l’antisémitisme mérite infiniment mieux ».
Dans son post, l’ancienne directrice de la responsabilité sociétale de l’entreprise L’Oréal annonçait qu’une procédure de révocation la visant allait être déclenchée. « Engagée et approuvée à l’unanimité par les membres du conseil d’administration », cette procédure « faisait suite à des dysfonctionnements managériaux d’Alexandra Palt au sein de l’organisation, ainsi qu’à des prises de position personnelles contraires au principe d’apolitisme de l’organisation », répond la fondation dans un premier communiqué, le 28 mai. « Ce qui lui est vraiment reproché de la part du conseil d'administration (CA), pour enclencher cette procédure, c'est vraiment un double dysfonctionnement dans l'animation du CA et vis-à-vis des salariés », a certifié « une source au sein du WWF France » à l'Agence France-presse.
Le lendemain de cette publication, l’antenne française du WWF a publié un nouveau communiqué, affirmant « son engagement en faveur des droits humains et des valeurs républicaines. » Elle s’est déclarée « profondément engagé[e] contre toutes les formes de discriminations, de racisme, d’antisémitisme, de haine et d’exclusion », ajoutant que « défendre la nature ne peut se faire qu’en défendant également le respect des êtres humains, l’inclusion, le dialogue et l’intérêt général. »
« Chacune et chacun demeure naturellement libre de ses engagements, opinions et convictions personnelles en dehors du cadre de ses fonctions et responsabilités au sein de la fondation », peut-on également lire dans le communiqué.
Un soutien de plusieurs représentants d’ONG
Bally Bagayoko a quant à lui posté une déclaration de soutien à Alexandra Palt sur ses réseaux sociaux, le 30 mai. « Par d’abjectes accusations d’antisémitisme portées contre mon mouvement politique, WWF essentialise en réalité ses donateurs par les pires préjugés existants contre la communauté juive », a-t-il avancé. Il a appelé à un nouveau rassemblement contre le racisme le 21 juin. « L’écologie est antiraciste. Nous rejoindrons les manifestations du 21 juin contre toutes les formes de racisme, de haine et de division, pour la paix, la justice et la solidarité. Ces valeurs sont au cœur de l'écologie et de notre engagement », a déclaré Greenpeace France.
Dans les commentaires du post d’Alexandra Palt, plusieurs figures des organisations environnementales font également part de leur soutien. « On choisit son camp dans la vie : les valeurs matérielles ou immatérielles. Le WWF a choisi. Honte à eux, force à vous », a dénoncé Claire Nouvian, fondatrice de l’ONG de protection des océans Bloom. « Rester indépendant des partis politiques et de la démocratie représentative est une chose, combattre l'illibéralisme, les discours racistes et de haine, et lutter pour l'égalité est un devoir qui accompagne évidemment nos luttes pour un monde vivable », a pointé pour sa part Antoine Gatet, président de France nature environnement (FNE).
Le racisme environnemental et l’écologie décoloniale doivent devenir des concepts aussi familiers que ceux du changement climatique et de l’extinction des espèces »
Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France
Monter en compétences sur le racisme environnemental
« Oui, le monde associatif environnemental doit se transformer sur la question du racisme et des luttes contre toutes les formes de discrimination » a de son côté souligné le directeur général de cette fédération d’associations, Jean-François Julliard. « Se déclarer “antiraciste” ne suffit pas », a-t-il précisé dans un post également publié sur LinkedIn, jugeant la formation des équipes salariées et bénévoles à l’antiracisme comme un « prérequis dans toutes les structures ». « Nous devons monter en compétences et savoir expliquer pourquoi, dans beaucoup de villes, les quartiers les plus pollués sont aussi ceux habités par une proportion plus importante de personnes racisées », a-t-il également estimé. « Le racisme environnemental et l’écologie décoloniale doivent devenir des concepts aussi familiers que ceux du changement climatique et de l’extinction des espèces ».
Le Réseau action climat, qui représente 27 organisations de protection de l’environnement – dont le WWF France et FNE – s’est lui aussi exprimé sur le réseau social. « Bien que le cœur de notre activité soit la lutte contre les dégradations environnementales, notre engagement et nos travaux ne peuvent faire abstraction des autres enjeux qui menacent la cohésion sociale et le vivre ensemble. Nous militons pour une transition écologique qui fasse toute sa place à chaque citoyen et citoyenne, et permette de réduire les trop nombreuses fractures sociales et les discriminations existantes dont le racisme fait intégralement et bien évidemment partie », a appuyé l’organisation.
Célia Szymczak 