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Par Carenews INFO - Publié le 9 mars 2026 - 14:00 - Mise à jour le 9 mars 2026 - 14:00
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BONNES FEUILLES - Qu'est-ce qui compte vraiment ?

À l’occasion du 4e Sommet de la mesure d’impact, qui aura lieu le 13 avril 2026, l’Impact Tank, think-and-do-tank dédié à la mesure d’impact et aux innovations sociales, publie un livre intitulé « Ce qui compte vraiment : un autre modèle social est possible », aux éditions Le Bord de l'eau. En avant-première, Carenews vous fait découvrir l'introduction et le sommaire de cet ouvrage, coordonné par Tony Bernard et Timothée Duverger. Ils appellent à redéfinir ce qui compte vraiment dans notre modèle social.

L'ouvrage, coordonné par Tony Bernard et Timothée Duverger, sera présenté dans le cadre du Sommet de la mesure d'impact le 13 avril et disponible en librairie le 3 avril. Crédit : Le Bord de l'eau.
L'ouvrage, coordonné par Tony Bernard et Timothée Duverger, sera présenté dans le cadre du Sommet de la mesure d'impact le 13 avril et disponible en librairie le 3 avril. Crédit : Le Bord de l'eau.

 

 

À l’heure où s’imposent à l’agenda les objectifs, d’une part de réduction des déficits publics et, d’autre part de renforcement de la compétitivité de nos entreprises et de la défense, il nous a paru crucial de rappeler que c’est aussi en redéfinissant ce qui compte (vraiment) dans notre modèle social que nous pourrons affronter ces défis. Non pas selon une perspective conservatrice qui consisterait à célébrer le passé et à préserver des acquis. Mais dans une visée résolument transformatrice qui, tout en réaffirmant l’importance des politiques sociales, les projette et les confronte aux nouveaux enjeux.

 

Un besoin de supports collectifs 

 

Tout le paradoxe de notre société, qui remonte à l’avènement même de la modernité, c’est qu’alors que nous en appelons à l’émancipation des individus dans toutes les sphères de leur vie, ceux-ci ont besoin de supports collectifs toujours plus développés, pour permettre à chacun de participer à la vie sociale et économique. Il en résulte que le « social » se caractérise par un ensemble d’institutions qui visent à réduire les tensions, d’un côté entre les aspirations individuelles et les impératifs d’une communauté politique et, de l’autre, entre les logiques marchandes et les besoins sociaux [1].

Au fondement de nos sociétés démocratiques, ces institutions qui forment un continuum allant de la redistribution à l’économie sociale et solidaire (ESS) en passant par les services publics, doivent cependant sans cesse se réinventer pour venir corriger les nouveaux déséquilibres qui ne cessent d’advenir. Elles sont percutées par toutes les grandes transitions : la transition écologique, la transition démographique (vieillissement de la population, migrations), la révolution de l’intelligence artificielle ou encore la fin de l’hégémonie occidentale. Ces transitions, qui portent toutes en elles le germe de nouvelles inégalités, plongent nos instituions dans des crises qu’elles doivent surmonter, sous peine de voir s’écrouler les sociétés qu’elles supportent.

 

La nécessité de changer de méthode 

 

Or, les nouveaux modèles ne manquent pas, qu’ils soient inspirés par les comparaisons internationales ou les expérimentations locales. C’est tout l’effort de cet essai collectif d’affronter les principaux débats qui agitent notre pays à partir de données d’études et d’expérimentations, qu’il s’agisse de la marchandisation du social, de la panne de l’ascenseur social, du coût de l’immigration ou des rapports Nord-Sud et de l’impact de notre politique d’investissement solidaire à l’international, mais aussi des approches prometteuses de l’investissement social et de la transition juste.

 

Nous devons mieux compter ce que coûtent les dispositifs de solidarité pour les plus vulnérables dans la lutte contre les inégalités environnementales, la réussite scolaire de tous les jeunes, l’accès à la santé et au logement, et ce qu’ils rapportent en valeur économique – directement dans les caisses de l’Etat – mais aussi et surtout en valeur sociale : amélioration du bien-être, renforcement du lien social, consolidation du sentiment d’appartenance, estime de soi. »

 

Pour (re)définir ce qui compte vraiment, nous appelons à changer de méthode. Mieux compter justement. D’abord, ce que coûtent les dispositifs de solidarité pour les plus vulnérables dans la lutte contre les inégalités environnementales, la réussite scolaire de tous les jeunes, l’accès à la santé et au logement, et ce qu’ils rapportent en valeur économique – directement dans les caisses de l’Etat – mais aussi et surtout en valeur sociale : amélioration du bien-être, renforcement du lien social, consolidation du sentiment d’appartenance, estime de soi. Ensuite, mieux compter l’impact social des transitions qui sont en cours et à venir, pour comprendre la chaîne des inégalités qui traversent la société, afin de les prévenir, les éviter et les corriger.

 

Une exigence de redevabilité 

 

Ainsi, du côté de l’Etat et des collectivités, alors que la contraction des dépenses publiques impose plus que jamais la recherche de leur efficience, la mesure d’impact social devient une exigence de redevabilité auprès des citoyens, et un vrai défi pour notre cohésion sociale. Du côté des entreprises et du monde de l’investissement privé, dans une période de « retour de bâton » conservateur en particulier sur l’écologie, la mesure d’impact doit permettre de comprendre leur contribution sociale et environnementale à l’économie et aux territoires.

 

A fortiori dans notre époque où la désinformation et l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle peuvent brouiller la distinction entre le vrai et le faux, notre responsabilité collective est de redonner toute sa place à la démarche scientifique comme au débat contradictoire et à la parole des citoyens pour garantir la qualité de la délibération collective et de la prise de décision. »

 

Enfin, mieux compter c’est associer plus fortement les citoyens aux décisions et aux débats même les plus techniques. Car les sujets techniques sont avant tout politiques [2]. Là encore, c’est une affaire de méthode. Les experts doivent favoriser l’accès à la connaissance et éclairer le débat. Mais la décision politique, les clivages comme les compromis qui permettent d’emporter l’adhésion des citoyens, lutter contre les frustrations et les ressentiments, appartiennent au débat démocratique [3]. A fortiori dans notre époque où la désinformation et l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle peuvent brouiller la distinction entre le vrai et le faux, notre responsabilité collective est de redonner toute sa place à la démarche scientifique comme au débat contradictoire et à la parole des citoyens pour garantir la qualité de la délibération collective et de la prise de décision. Ce sont là les premières bases d’un contrat social renouvelé.

 

Par Tony Bernard, directeur général de l'Impact Tank, maître de conférences associé en science politique, Université Lyon 3, et Timothée Duverger, responsable de la chaire Territoires de l'économie sociale et solidaire (TerrESS), Sciences Po Bordeaux, chercheur au Centre Emile Durkheim

 

[1] Robert Lafore, L’action sociale en France. De l’assistance à l’inclusion, Paris, Les Presses de Sciences Po, 2024.

[2] Rapport annuel sur l’état de la France, Paris, Conseil économique, social et environnemental (CESE), 2024.

[3] Emmanuel Combet et Antonin Pottier, Un nouveau contrat écologique, Paris, Presses Universitaires de France – P.U.F., 2024.


 

Également au sommaire de cet ouvrage, qui sera présenté dans le cadre du Sommet de la mesure d'impact le 13 avril et disponible en librairie à partir du 3 avril : 

  • L’investissement social : préparer l’avenir plutôtque réparer le passé. En renforçant le capital humain, en favorisant l’égalité des chances et en soutenant la participation de tous au marché du travail, les politiques d’investissement social sont conçues comme de véritables investissements productifs. Plutôt que d’intervenir principalement a posteriori pour réparer les conséquences des risques sociaux, il s’agit d’agir en amont, afin de prévenir ces risques et de renforcer les capacités des individus tout au long de leur parcours de vie. Par Bruno Palier, directeur de recherche au CNRS au Centre d’études européennes de Sciences Po. 
  • La transition juste : œuvrer ensemble pour un nouveau projet de société. Comme souligné dans le 6e rapport du Giec, la notion de transition écologique juste renvoie à l’importance de penser conjointement enjeux sociaux et environnementaux. La question sociale est d’autant plus centrale que les personnes les plus vulnérables sont à la fois les moins responsables de la crise climatique, les plus affectées par celle-ci et les moins à même de faire face aux coûts de la transition. Par Nicolas Duvoux, professeur, Université Paris 8 Vincennes, président scientifique du Conseil national de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, et Anne Monier, docteure en sciences sociales, chercheuse au Centre en Philanthropie, Université de Genève.
  • Mixité sociale et coopération : un projet d’école pour demain. De nombreuses recherches internationales et françaises ont prouvé les effets des politiques de luttes contre la ségrégation scolaire sur la réussite des élèves de milieu populaire, la baisse de la délinquance et des comportements discriminatoires. Pourtant la France peine à mener une réelle politique de mixité sociale, impliquant l’enseignement publique et privée vers un objectif commun. Après des années de lutte contre les inégalités scolaire, inefficaces, il s’agit de mettre la mixité sociale et la coopération entre élèves au cœur d’un projet pour l’école de demain. Par Aude Kerivel, docteure en sociologie, directrice du Laboratoire d’évaluation des politiques publiques et des innovations.
  • Mieux accueillir. Les cohortes nombreuses nées en France jusqu’au début des années 1970 continueront de peser sur les comptes sociaux pendant une quarantaine d’années tandis que la chute des naissances, marquée depuis une quinzaine d’années, ne permettra pas le renouvellement de la force de travail. À rebours de ce qui est suggéré par le raisonnement simple à base d’offre et de demande, le consensus qui émerge des travaux empiriques est que l’immigration n’a globalement que peu d’impact sur le chômage et les salaires : soyons plus hospitaliers afin de bénéficier du talent et de la soif de réussite de ces millions de jeunes, car la soutenabilité de notre modèle social en dépend. Par Hippolyte d’Albis, professeur d’économie, Essec Business School, et chef économiste à l’Inspection générale des finances.
  • L’aide au développement : la promesse toujours à tenir d’un monde plus juste. En crise, l’aide au développement est sujette à de nombreuses critiques : tendances néocolonialistes, manque de responsabilisation des pays bénéficiaires ou trajectoires de développement calquées sur les pays développés et donc non-durables. L’aide au développement est amenée à se réformer, par un suivi plus poussé de son efficacité, son alignement sur les priorités stratégiques nationales et son inscription dans des stratégies de développement à long terme. Par Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté et les droits humains, professeur, UCLouvain et Sciences Po.
  • Faire du bien plutôt que du chiffre : l’ESS trace la voie. Dans ce texte, Benoît Hamon défend le rôle central de l’économie sociale et solidaire (ESS) dans la prise en charge des publics vulnérables, notamment en Ehpad et en crèche. Il dénonce les dérives structurelles du secteur lucratif, mises en lumière par les enquêtes de Victor Castanet, qui ont révélé des logiques de rentabilité nuisibles à la dignité des personnes âgées et des jeunes enfants. Face au vieillissement démographique et aux besoins croissants de financement, il plaide pour réserver progressivement ces activités au secteur public et au privé non lucratif. L’ESS, déjà fortement implantée, offrirait selon lui un modèle plus éthique, fondé sur la primauté de l’humain sur le capital. Il propose enfin des mesures concrètes pour renforcer, financer et développer ces structures de l’ESS à long terme. Par Benoît Hamon, président d’ESS France, ancien ministre.

 

4e édition du Sommet de la mesure d'impact, à Paris, le 13 avril 2026

La 4e édition du Sommet de la mesure d'impact, dont Carenews est l'un des partenaires médias, aura pour thème « Ce qui compte vraiment ».

Destiné à réunir tous les acteurs publics et privés, chercheurs et spécialistes, entreprises, associations, financeurs, évaluateurs, opérateurs sociaux, accompagnateurs du changement social (incubateurs, accélérateurs, programmes) et têtes de réseau de l’économie sociale et solidaire, le Sommet de la mesure d’impact a vu le jour en 2023 à l’initiative de l’Impact Tank, think-tank européen dédié à la mesure d’impact, créé par le Groupe SOS et quatre universités (Sciences-Po, Sorbonne Université, Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris Dauphine).

L'événement, organisé au Conseil économique, social et environnemental (Cese), à Paris, est accessible gratuitement, sur inscription obligatoire

 

4e édition du Sommet de la mesure d'impact

 

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