EXCLUSIF – L'Impact tank propose des indicateurs pour mesurer l’impact social des fondations
Dans un rapport dévoilé à l’occasion du Sommet de la mesure d’impact ce 13 avril et coordonné par Arthur Gautier, professeur à l’Essec, l’Impact tank propose une méthodologie et des indicateurs visant à mesurer l’impact social des fondations et fonds de dotation. Il élabore également quatre recommandations pour que cette mesure d’impact social se fasse à bon escient.
Comment mesurer l’impact des fondations et fonds de dotation ? C’est à cette question que s’est attelé, depuis un an, un groupe de travail réuni par l’Impact tank et coordonné par Arthur Gautier, professeur à l’Essec et spécialiste de la philanthropie. Y ont participé des représentants de fondations et fonds de dotation, mais aussi du CFF, d’Admical et de l’Avise, ainsi que deux représentantes de Kimso, cabinet de conseil spécialisé sur la mesure d’impact. Il rend les conclusions de son rapport, dévoilé en exclusivité par Carenews, à l’occasion du 4e Sommet de la mesure d’impact, qui se tient ce 13 avril au Conseil économique, social et environnemental (Cese) à Paris.
Pourquoi s’intéresser à la question de la mesure d’impact des fondations ? Dans la première partie de son rapport, le groupe de travail souligne d’abord le manque de « redevabilité » des fondations et fonds de dotation. Ils ont « peu d’obligations de reddition de leurs activités, de leurs résultats ou de leur impact auprès de leur nombreuses parties prenantes », est-il écrit. Cela peut alimenter des suspicions à leur égard, note le rapport.
Par ailleurs, avec le développement du mécénat – qui ne représente toutefois que 5 % des ressources de l’ensemble des associations –, celles-ci ont été contraintes d’adopter, de plus en plus, des « normes et pratiques issues de l’entreprise », et une « religion de l’efficacité », retrace le rapport. Ce qui a pu générer des tensions au sein des associations, certaines regrettant que ces exigences les éloignent de leurs missions sociales. Parmi les exigences formulées, beaucoup de financeurs demandent aux associations de mesurer leur impact social. Par « devoir d’exemplarité », et dans une logique de rééquilibrage des relations entre financeur et financé, ne sont-elles pas tenues, par conséquence, de mesurer elles aussi leur propre impact, interroge le rapport ?
Trois types d’impacts à différencier
L’impact social d’une fondation peut être de trois ordres. Celui-ci peut être direct. Il s’agira alors de mesurer les effets qu’ont les fondations sur les associations qu’elles soutiennent : effet sur les performances des associations, mais aussi sur leur légitimité.
Deuxième type d’impact : l’impact indirect, qui désigne l’effet que pourra avoir le soutien de la fondation sur les bénéficiaires finaux, c’est-à-dire sur le public accompagné par les associations. Ce type d’impact est complexe à mesurer, car d’autres facteurs peuvent jouer sur les résultats observés. Par ailleurs, les effets ne sont pas toujours chiffrables.
Enfin, les fondations, comme d’autres types d’organisations, peuvent avoir un impact systémique : cette notion désigne l’effet qu’elles peuvent avoir sur l’équilibre des systèmes sociaux dans lesquels elles interviennent. « Nous entrons ici dans une réflexion d’une grande complexité puisqu’il est non seulement difficile de percevoir ces changements, mais encore plus de les attribuer à telle ou telle intervention », souligne le rapport.
Des impacts positifs aussi bien que négatifs
Les trois types d’impacts peuvent être aussi bien positifs que négatifs, intentionnels ou non intentionnels. Toutes ces dimensions sont à prendre en compte dans l’évaluation. En effet, « il est (…) possible que, malgré de belles intentions au départ, un philanthrope ou une fondation n’ait pas les effets escomptés, voire cause des effets en cascade ou contraires à leurs objectifs initiaux », note le rapport. « Réfléchir à l’impact social d’une fondation, c’est donc s’intéresser à toutes les éventualités et analyser finement ce qui se passe quand le don a lieu. »
Le rapport souligne par ailleurs qu’il faut prendre en compte à la fois l’impact du soutien financier de la fondation, mais aussi celui de ses autres formes de soutien : mécénat de compétences, mentorat, participation aux instances de gouvernance, mise en relation, plaidoyer, etc.
Un référentiel d’indicateurs
Dans la deuxième partie du rapport, le groupe de travail propose un référentiel d’indicateurs de l’impact des fondations, en partant de huit catégories d’effets qui peuvent être attendus du soutien d’un financeur à une association :
- le développement financier et opérationnel de la structure,
- le sentiment de soutien (sentiment des équipes d’être « comprises, encouragées et plus sereines »),
- la valorisation de la structure (« évolutions dans la visibilité ou la crédibilité des projets »),
- la mise en réseau,
- la structuration des ressources humaines,
- la professionnalisation et la montée en compétences,
- la réflexion stratégique,
- et les effets indirects sur les bénéficiaires.
Pour chacune de ces catégories, le groupe de travail liste un certain nombre d’effets (positifs ou négatifs) possibles, et des indicateurs qui peuvent leur être associés. « Ce référentiel doit être vu comme un catalogue, et non comme une liste exhaustive d’indicateurs à mesurer : chaque financeur qui souhaitera s’en emparer sera amené à choisir les plus adaptés », prévient le rapport. « Ces propositions d’indicateurs pourront également être modifiées ou amendées pour s’adapter à une situation précise », note-t-il aussi.
Quatre recommandations aux différentes parties prenantes
Dans une troisième partie, les membres du groupe de travail formulent quatre recommandations, destinées « à toutes les parties prenantes qui ont vocation à utiliser ce référentiel d’impact » : les fondations, mais aussi les associations et les « dirigeants, élus et partis politiques, pour parfaire leur compréhension des fondations et fonds de dotation ».
Première recommandation : « que les fondations et fonds de dotation exigent d’eux-mêmes ce qu’ils attendent des associations en termes de transparence et redevabilité », afin de « répondre aux deux principales critiques qui mettent parfois à mal leur légitimité : l’opacité de leur fonctionnement d’une part, et, d’autre part, les contraintes qu’ils imposent parfois aux associations qu’ils financent ». « Il s’agit d’une question éthique », insiste le rapport.
Deuxième recommandation : « que les fondations et fonds de dotation soutiennent la mesure d’impact social des associations pour renforcer leur pouvoir d’agir dans la société ». La mesure d’impact doit se faire au service des missions sociales des associations, pour leur permettre de progresser dans leurs pratiques, et non pas comme une contrainte imposée aux organisations, estime le groupe de travail. « Si les financeurs intègrent un budget spécifiquement dédié à la mesure de l’impact social, et apportent un soutien méthodologique, alors ils assument pleinement leur rôle de partenaires », ajoute le groupe de travail.
Troisièmement, le rapport souhaite que la mesure d’impact social « soit l’occasion d’une interconnaissance accrue et d’un partenariat de confiance entre opérateurs et financeurs de l’intérêt général ». Le référentiel proposé doit en effet permettre aux fondations et aux associations de mieux se connaître réciproquement, et de travailler dans une logique de « confiance mutuelle » et de « transparence ».
Enfin, le groupe de travail recommande que « la mesure d’impact social soit partagée, harmonisée et devienne un patrimoine commun des fondations et fonds de dotation », en harmonisant les méthodes et partageant les résultats obtenus « au lieu de « réinventer la roue » et de forcer les associations de se plier aux exigences particulières de chaque financeur ».
Camille Dorival 