Le réseau historique des auberges de jeunesse en France repris par des acteurs du logement étudiant
La liquidation de la Fédération unie des auberges de jeunesse, créé en 1956 a été prononcée début mars. Fin mai, le tribunal a validé une offre de reprise de la quasi-intégralité des activités de ce réseau par un groupe mutualiste et associatif. Le nouveau projet conserva les valeurs du tourisme social, assure Samuel Collaudin, directeur de l’Office national des auberges de jeunesse (Onaj) nouvellement créé.
C’est un soulagement pour de nombreuses auberges de jeunesse françaises. Mercredi 27 mai, après avoir examiné plusieurs offres dont celle d’investisseurs privés et de VVF-UCPA, le tribunal des affaires économiques de Paris a validé le plan de reprise d’un groupement, impliquant l’association ONLE–Fac Habitat et le réseau Logifac, fédérés par le groupe mutualiste Smerra et actifs dans le logement étudiant. Début mars, la liquidation judiciaire de la Fédération unie des auberges de jeunesse (Fuaj) avait été prononcée, avec une prolongation d’activité autorisée jusqu’en juin.
« Nous ne pouvions pas laisser se déliter 70 ans d’histoire des auberges de jeunesse et du tourisme social », a réagi sur LinkedIn Lionel Lérissel, président directeur général de la mutuelle étudiante Smerra. Le groupement repreneur a décidé de créer l’Office national des auberges de jeunesse (Onaj), chargée d’animer le réseau HI France. Ce dernier était jusqu’alors animé par la Fuaj et comprenait 80 auberges de jeunesse dont une trentaine exploitée par la Fuaj. Ces établissements sont presque tous repris, à l’exception de ceux de Beaugency et de Beaulieu-sur-Dordogne. 12 salariés sur 317 ne sont pas gardés, indique David Le Carré, délégué général de la Fuaj jusqu’à la reprise.
« Un projet de continuité »
« Ce jugement garantit l’essentiel : la poursuite du réseau, la continuité de ses missions et la sauvegarde de l’emploi », partage-t-il dans un post LinkedIn. Créé en 1956, la Fuaj faisait face depuis plusieurs années à des difficultés économiques, ayant conduit au redressement judiciaire de ce réseau historique des auberges de jeunesse en France en 2018 et en 2023 puis à sa liquidation.
« Nous avons un projet de continuité », assure de son côté Samuel Collaudin, nouveau directeur général de l’Onaj, interrogé par Carenews. « Le projet est de garder cet esprit d’accessibilité dans des lieux de rencontre et d’éducation populaire, sans chercher à monter en gamme », détaille-t-il. 34 auberges de jeunesse sont reprises par le nouvel office, soit environ 4 000 lits. Deux établissement, situé sur l’île de Groix (56) et au Mont-Doré (63), font l’objet d’une reprise à part par des directeurs d’auberge pour « des projets spécifiques ».
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Faire face à la concurrence
Parmi les facteurs qui ont entraîné la liquidation judiciaire de la Fuaj, la difficulté de la fédération à faire face aux coûts d’entretien des bâtiments, dont un certain nombre appartiennent à des collectivités territoriales. « Nous avons la capacité de faire des investissements et de remettre le parc immobilier en état », assure Samuel Collaudin.
Le directeur général de l’Onaj met de plus en avant les « synergies et mutualisations » à venir entre les auberges de jeunesse et les établissements étudiants déjà gérés par les repreneurs. « La présence dans le groupe offre une capacité à renégocier les prix et à mutualiser les achats », argumente-t-il. Si le positionnement de certaines collectivités est encore incertain, le nouveau directeur de l’Onaj est confiant. « Nous allons travailler en bonne intelligence pour que cela se passe bien », promet-il.
De l’autre côté du paysage, la concurrence des « hostels » – des établissements dont le fonctionnement est inspiré de celui des auberges de jeunesse mais porté par des entreprises privées lucratives et souvent plus hauts en gamme – est un autre facteur régulièrement invoqué pour expliquer les difficultés rencontrées par la Fuaj. Leur nombre a doublé en France depuis 2020. Cet aspect n’inquiète cependant pas non plus Samuel Collaudin. « Il y a certes une concurrence, mais il est possible de la gérer. Nous pensons qu’un positionnement le plus clair possible, en gardant les valeurs humaines des auberges de jeunesse, permet de s’adresser à un public différent », soutient-il.
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Des nouvelles auberges hybrides
Ce public, composé à la fois de touristes de tous âges, familles, groupes scolaires et sportifs mais aussi d’entreprises en séminaire ou de personnes en situation de précarité accueillies en partenariat avec des associations « font l’ADN d’une auberge de jeunesse », estime Samuel Collaudin. « Les auberges répondent à des besoins exprimés par l’ensemble de ces populations », défend-t-il.
L’Onaj envisage d’ailleurs de continuer à diversifier les modèles d’auberge comme le faisait déjà la Fuaj. « De nouveaux lieux comprennent notamment des hébergements d’urgence pour accueillir des femmes victimes de violence », pointe-t-il en exemple. La reprise par des acteurs du logement étudiants permet également d’imaginer des lieux hybrides entre ces deux activités. « D’autres annonces viendront dans quelques mois », lance Samuel Collaudin. Pour l’instant, la reprise « est déjà un certain challenge », résume-t-il.
Élisabeth Crépin-Leblond 